De nouveaux acteurs bousculent le secteur du transfert d’argent et oblige le leader historique Western Union à élargir son offre. Devenu un réflexe pour le grand public lorsque l'envoi d'argent à l'étranger était évoqué, Western Union voit aujourd'hui sa domination remise en cause par des startups FinTech. Ce mastodonte, qui réalise un chiffre d’affaires de 5,7 milliards de dollars (en 2012), contrôle avec MoneyGram 50% du marché des transferts d'argent du continent africain avec des commissions les plus élevées du secteur (12% environ).


Leader historique du marché, Western Union a augmenté depuis 2009 ses partenariats et a élargi son offre multicanale, notamment via la possibilité de transférer de l’argent en ligne et vers des comptes mobiles.

Ce qui a influencé Western Union à se repositionner

Depuis 2009, il n’est plus nécessaire de disposer d’une licence bancaire dans l’exercice de cette activité. Cela a donc favorisé dans un premier temps, l’entrée de nouveaux acteurs comme TransfertWise et WorldRemit bousculant le secteur jusqu'alors emblématique, grâce à la technologie et avec une promesse simple : le rendre plus efficace, rapide et moins coûteux.


WorldRemit a finalisé une levée de 100M$ aux Etats-Unis il y a quelques mois (Cf. article FinTech de mars 2015). Pour en savoir plus à propos de ce marché et des évolutions à venir, la rédaction de Maddyness est allée à la rencontre de son fondateur et CEO Ismail Ahmed.

Quels sont les chiffres clés de WorldRemit à ce jour ?

Aujourd'hui, WorldRemit réalise un quart de millions de transactions par mois. En 2013, nous avons enregistré un CA de 9.3 millions de dollars. Suite à une très forte croissance, nous avons eu le plaisir d’annoncer un CA de 25 millions de dollars en 2014.

Vous avez levé récemment 100 millions de dollars : à quoi l’argent va-t-il servir ?

L’investissement que l’on a reçu de Technology Crossover Ventures (TCV) va nous aider à devenir d’une part le leader mondial des transferts d’argent en ligne et d’autre part un challenger dans le secteur des versements d’argent, au beau milieu de Western Union et de MoneyGram.

Nous voulons multiplier nos partenariats avec les banques et les opérateurs mobiles dans le monde. Nous souhaitons couvrir davantage de pays et développer d’autres façons de transférer de l’argent. Par ailleurs, notre base de données s’agrandit de plus en plus. Nous mettons un point d'honneur à renforcer nos équipes de relations clients dans tous nos bureaux internationaux.

Quelle est votre vision du marché du transfert d'argent à long terme?

Avec l’évolution grandissante du transfert d’argent, c’est encore plus surprenant qu’uniquement une petite parcelle de transferts a été envoyée par internet.

Selon la banque mondiale en 2014, l'ensemble des transactions réalisé par des personnes depuis leur domicile représente l'équivalent de la moitié d’un trillion de dollars dans le monde entier.

Seulement 5% des transactions ont été réalisées sur internet. C’est donc pour nous une énorme opportunité de business. Notre vision à long terme serait de prendre le marché online et devenir le leader international des versements d’argents entre particuliers.

Quelle est votre « Secret Sauce » ?

Dès le départ, nous avons vu dans WorldRemit une réelle opportunité. Je pense que notre secret est que l’on a toujours considéré WorldRemit comme une « one-world solution » de transferts d’argent plutôt comme une entreprise globale divisée en différents départements.

Nous nous sommes aperçus que le transfert d’argent en Afrique était peu ou mal considéré par la concurrence et qu’il y a avait pour nous une grande opportunité de ce côté-là.

Mais nous ne sommes pas arrêtés là. Nous avons prouvé que nous pouvions nous internationaliser notamment avec le bureau que nous avons ouvert aux Etats-Unis l'année dernière.

Où voyez-vous votre secteur d’activité dans 5 ans?

Le futur du secteur du transfert d’argent est inéluctablement en ligne, par conséquent sur nos mobiles. WorldRemit aura un tour d’avance dans 5 ans car nous permettons déjà de transférer de l’argent de mobile à mobile. La moitié de nos transactions se réalisent d’ores et déjà via nos applications IOS ou Android et via le net sur notre version mobile. Par ailleurs, nous continuerons de développer des services de paiement sur mobiles et rendre le transfert d’argent plus pratique pour les clients.

Selon vous, quelle sera la tendance sur les moyens de transactions et les systèmes de paiements dans le futur et quel en sera l'impact pour WorldRemit ?

Avant, envoyer de l'argent était peu pratique, obligeant de déposer l'argent chez des agences et d’attendre longtemps. En plus, le service clients était quasi inexistant. Mais tout ne doit pas être comme ça.

Chez WorldRemit, nous réalisons des transferts d’argent en ligne. Cela signifie que nous offrons un service plus rapide, avec un grand nombre de transactions qui arrivent instantanément sur les comptes bancaires et les comptes sur mobiles.

Etre en ligne signifie également que l’on a une meilleure couverture des préventions des fraudes que des agents traditionnels de transfert d’argent. Il est également plus facile de faire des contrôles en ligne qu’avec des espèces.

Vous êtes en train d’innover la façon dont on transfère de l’argent qui est déjà très compétitif et est un secteur saturé, quelle est votre point de vue sur la tendance autour de la politique de prix?

Depuis des années, des entreprises implantées dans le secteur telles que Western Union ou MoneyGram ont imposé des commissions excessives et ont passé des accords avec les agents.L’année dernière,  L’Africa Progress Panel - dirigé par Kofi Annan - a dénoncé ces pratiques en Afrique.

Depuis avec l’appui du G8 et du G20, ils ont l'intention de réduire les coûts des transactions. Notre mission chez WorldRemit est d’insister sur le transfert d’argent duopole et d’offrir des prix intéressants à nos clients.

Quels sont vos business modèles sur le long terme?

WorldRemit a en commun avec de nombreux services innovants, l’utilisation existante de la technologie mise à sa disposition dans le monde. Dans notre cas, on a cherché des milliers de systèmes financiers et nous les avons articulé ensemble de façon à ce qu’ils forment une seule et même plateforme.

Quel est votre positionnement face à des nouveaux acteurs comme Transferwise?

On est souvent cité à leur côté, mais nous ciblons 2 types de clients totalement différents. Transferwise est sur l’environnement du FX* (Forex ou marché des changes) et nous sur le transfert d’argent international. Il y a peu de similitudes.

*FX: Le forex est le marché des changes ou devises. "Le marché sur lequel des devises du monde entier sont échangées l’une contre l’autre, à des taux de change qui varient sans cesse. Sur ce marché mondial, toutes les monnaies sont vendues et achetées en temps réel". Définition infinance.fr 

Quel est votre argument commercial?

En tant que business en ligne, on a été très actif dans l’acquisition de nouveaux clients en ligne partout dans le monde. De notre expérience, nous comptons aussi sur nos clients pour faire le relais : Plus de 70% de nos clients reviennent utiliser nos services et nombreux d’entre eux recommandent WorldRemit à leur entourage familiale et amicale basée sur l’expérience satisfaisante qu’ils ont eu avec nos services. Nous avons également investi davantage de temps et d’énergie sur le transfert via mobile (d’un smartphone vers un compte Mobile Money) que d’autres sociétés.

Avez-vous une stratégie spécifique de segmentation pour les pays comme l’Inde, la Chine ou les Philippines?

WorldRemit est un service global et différent de nos concurrents. On permet de transférer de l’argent et d’apporter de la valeur ajoutée dans des endroits mal desservis. Nous développons continuellement notre empreinte dans le secteur du versement d’argent.

Quelle est votre cible dans les pays émergents (ouvriers, personne n’ayant pas de comptes bancaires…) ?

Les gens envoient de l’argent de chez eux pour plusieurs raisons?: aussi bien pour payer leurs factures que leur voyage, leur loyer ou payer des frais hospitaliers ou pour des écoles et leurs études. Dans de nombreux cas nous n’avons pas de «?cibles?» spécifiques. Si vous avez besoin d’envoyer de l’argent à vos amis ou à votre famille, l’équipe de WorldRemit est disponible pour vous accompagner dans vos démarches. Le fait que nous réalisons des transactions dans des pays émergents est l’une de nos plus grandes satisfactions dans notre business.

Il y a plus de 2.5 milliards de personnes dans le monde qui n’ont pas accès à des services financiers dont 1 milliard qui possède un téléphone portable. C’est un champ de possibilités très important pour nous. 

Comment évaluez-vous le blanchiment d’argent en termes de risque pour votre métier sur le long terme?

WorldRemit a été créé sur une grosse plateforme pour veiller aux aspects de conformité et de déontologie.

En tant qu’ancien conseiller auprès des Nations Unies, je sais que les problèmes liés au blanchiment d’argent et la régulation liée au financement du terrorisme peuvent être très contraignantes pour les sociétés de transfert d’argent. Nous avons une équipe d’experts dédiée afin de répondre aux exigences des systèmes de régulations financières dans tous les pays dans lesquels nous opérons.

Comment gérez-vous le problème du blanchiment d’argent en particulier aux Etats-Unis, en France et au Royaume-Uni ?

Notre groupe de directeurs qui veillent à ses problématiques est basé à Denver afin de superviser les entretiens avec le système de régulation et de toutes les problématiques dans tous les Etats-Unis. Avec les directeurs internationaux et les managers de «?conformité?» nous avons toute l’expertise nécessaire afin de répondre à n’importe quelle demande du régulateur. Nous avons été approuvés par le régulateur financier du Royaume-Uni (FCA) et sommes soumis aux mêmes restrictions que n’importe quel opérateur financier.

Quelle stratégie avez-vous mis en place autour du conflit d’intérêt sur vos clients/utilisateurs?

WorldRemit est soumis aux lois de "connaître son client - Know Your Client" (KYC) afin de prévenir d’attaques frauduleuses de notre plateforme. Nous vérifions l’identité de nos clients et enregistrons toutes nos transactions. En tant que "digital service", nous avons construit un algorithme puissant et complexe qui permet de détecter les fraudes. Nous sommes mieux informés pour les régulations et conflit d’intérêt que n’importe quelle entreprise de transfert d’argent.

Vous êtes un grand admirateur de Steve Jobs? Qu’avez-vous appris de lui qui vous aide dans votre business?

Steve Jobs était un entrepreneur extraordinaire. Il avait cette capacité à savoir ce que les gens comme vous et moi voulaient avant que l’on ne le sache nous-même. Il pouvait savoir ce qu’il se passait de l'autre côté de la montagne et surprendre les autres avec une extrême attention aux détails. Sa vision s’alliait aux tendances du comportement humain et de la technologie comme personne, ce qui lui a permis d’avoir une stature unique pour conduire son entreprise vers le succès.