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1 — Libérés du travail, mais pour quoi faire ?
2 — Ce film si prévisible
3 — Où sont passés les trains qui n’arrivent pas à l’heure ?
4 — Le partenaire (trop) idéal
Technologies

Comment l’intelligence artificielle va rendre notre vie terriblement ennuyeuse

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Par Celine Deluzarche - 04 juin 2018 / 09H00

Elle s’occupe de tout : réserver nos vacances idéales, écrire le scénario du film que nous allons adorer, trouver le partenaire parfaitement raccord avec nos goûts, définir ce que nous allons manger pour rester en bonne santé… Un monde certes plus sûr et plus efficace, mais tellement insipide.

L’intelligence artificielle (IA) s’immisce partout : elle effectue des diagnostics médicaux, écrit des articles de journaux, crée des oeuvres d’art, rend tous nos objets «intelligents», répond à nos questions les plus difficiles. Tout cela avec une efficacité redoutable. La voiture autonome éviterait ainsi 90% des accidents de la route. Les algorithmes détectent les cancers plus tôt et plus précisément qu’un médecin. L’IA serait aussi plus impartiale, évitant par exemple les préjugés de genre ou de race lors des décisions de justice. Elle nous délivrera des tâches fastidieuses et chronophages. Elle évitera les bulles financières et les recrutements ratés. Elle mettra au points des produits parfaits, rendra simple ce qui était autrefois complexe. Un rêve.

Libérés du travail, mais pour quoi faire ?

Sauf qu’à force de rêvasser en permanence, on va peut-être finir par avoir envie de se réveiller. Prenez le travail par exemple. La robotisation et l’automatisation devraient supprimer entre 14% et 47% des emplois selon les différentes études. Une très bonne nouvelle pour ceux qui ont un job ennuyeux et pénible, mais les avocats, les chirurgiens, les artistes et les commentateurs sportifs ont-ils vraiment envie d’être «libérés» de leur travail ? Et que va-t-on faire de nos journées «débarrassées» de toutes nos tâches habituelles ? Les courses et le ménage ? Les robots s’en seront chargé avant. Réserver nos prochaines vacances ? Une application s’en sera déjà occupé. Aller faire du shopping ? Amazon nous aura déjà trouvé des vêtements adéquats. Écrire un livre d’histoire ou de comptines pour enfants ? Aucune chance de rivaliser avec les «algorithmes écrivains». La journée meublée par l’IA va finalement peut-être paraître bien longue.

Ce film si prévisible

Car le divertissement risque lui aussi de s’affadir. Plusieurs startups proposent déjà d’assister les producteurs de Hollywood. Vault prétend ainsi pouvoir prédire à 75% le succès d’un film à la seule lecture de son scénario, en analysant des centaines de milliers de paramètres. D’autres startups démarchent les studios en leur expliquant quel type de super-héros, quelle intrigue et quelle chute ont le plus de chances de séduire les spectateurs.

La télé aussi s’y met. Pour sa série «Orange is the New Black», Netflix a analysé précisément ses données pour en tirer les bases d’un futur succès : la thématique des prisons et du crime, les comédies noires et la présence d’un premier rôle féminin charismatique. De quoi renforcer le «formatage» des productions. «C’est mon pire cauchemar», s’affole déjà le scénariste Ol Parker. «C’est l’ennemi de la créativité, ça ne sert qu’à répliquer ce qui a déjà marché et ne peut conduire qu’à un affadissement ou une homogénéisation des films». Un bon navet comme Shark Attack ou Les Bronzés, c’est pourtant parfois aussi rigolo qu’une comédie peaufinée par un algorithme.

Où sont passés les trains qui n’arrivent pas à l’heure ?

Le défaut humain, c’est justement ce qui manque à l’IA. Aurons-nous par exemple envie de regarder un match de football arbitré par la seule vidéo ? «Les règles le permettent, mais […] ce qui nous intéresse aussi, c’est de pouvoir dire que l’arbitre est nul, que tel joueur a fauté. Un monde complètement rationnel serait d’un ennui total», prophétise Pierre-Henri Tavoillot, président du Collège de philosophie et professeur à la Sorbonne. Mais de quoi va-t-on bien pouvoir parler à la machine à café, si l’on ne peut plus pester contre les trains qui arrivent en retard ou râler contre la DRH qui s’est trompée sur notre fiche de paye ?

En 2016, c’est en se trompant de route qu’un Australien a découvert un site préhistorique exceptionnel. Guidé par GPS, il serait certainement passé à côté. En 1928, c’est un «accident» qui a permis au chercheur écossais Alexander Fleming de découvrir la pénicilline, lorsqu’à son retour de ses vacances, il constate que ses boîtes de Petri à l’abandon ont été colonisées par des moisissures. Nul doute qu’à l’heure de l’automatisation, une alerte serait venue lui rappeler de nettoyer son matériel avant de partir. Velcro, corn flakes, tarte tatin, post-it… Bon nombre d’inventions sont ainsi dues à une «maladresse» ou au hasard. Des concepts totalement exclus du vocabulaire de l’intelligence artificielle. L’innovation elle-même risque d’en pâtir. Ferrero aurait-il lancé son Nutella s’il avait tenu compte de tous les critères de nutrition, du risque de régulation ou du prix des ingrédients (le prix des noisettes est très fluctuant) ? Lorsque nos frigos commanderont nos courses automatiquement selon nos achats précédents et nos goûts prédéfinis, quelle sera la marge de manoeuvre des fabricants pour lancer un nouveau produit ?

Le partenaire (trop) idéal

Dans une journée imaginaire de 2030, le consultant américain Dan Clay décrit sa vie saturée d’applications et de services. Fini par exemple les rencards ratés et les heures à faire défiler les profils sur les sites de rencontre. L’intelligence artificielle lui trouve immédiatement son alter ego totalement compatible. «J’élimine les prétendant(e) s pour les moindres détails signalant une possible incompatibilité (“Est-ce que je pourrais épouser quelqu’un qui porte du orange ?)», décrit-il. Au final, les rencontres auxquelles il se rend s’avèrent terriblement ennuyeuses. «Nous avions tellement de choses en commun que nous n’avions plus rien à nous dire». Notre alter ego ressemblera plus à un robot idéal qu’à un(e) partenaire susceptible de se mettre en colère, de discuter nos choix, de saper notre soirée avec son match de foot ou de piquer une crise de fou rire en voyant nos chaussettes dépareillées. Tout juste si nous n’aurons pas plutôt envie de converser avec notre enceinte connectée.

Sur le papier, l’IA un monde sans anicroche, sans imprévu et sans aspérités. Mais que signifie le bonheur si l’on n’a pas connu le malheur ? Que représente la réussite si l’on n’a pas connu l’échec ? De quoi peut-on bien se réjouir si nos envies sont déjà toutes réalisées ? Au-delà d’être ennuyeux, un avenir totalement prévisible est aussi effrayant : la startup américaine 23andMe propose d’estimer le risque de cancer du sein, d’Alzheimer ou de maladie de Parkinson en fonction de son profil génétique. Aspire Health a mis au point un algorithme qui prévoit la date probable de votre mort, officiellement pour déterminer les patients qui doivent en priorité bénéficier de soins palliatifs. Mais a-t-on vraiment envie de savoir comment et quand nous allons mourir ?

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Celine Deluzarche

04 juin 2018 / 09H00
mis à jour le 05 juin 2018
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