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« Nous créons notre propre obsolescence à cause de la technologie »

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Par Iris Maignan - 14 juin 2018 / 19H13

La première journée de conférences du Web2Day aura vu Sandrine Roudaut, auteure, conférencière et cofondatrice d'Alternité, mettre tout le monde d'accord dans une salle principale comble. Dans une conférence intitulée "L’utopie numérique : transhumanisne ou hyper humanisme", elle revient sur la nécessité de l'utopie dans l'innovation, mais surtout de l'émergence d'un numérique conscient.

« L’utopie, c’est le futur qui s’efforce de naître, la routine c’est le passé qui s’obstine à vivre. » Si cette citation de Victor Hugo aura permis à Sandrine Roudaut d’ouvrir le bal de cette dixième édition du Web2Day, à Nantes, elle aura également eu le mérite d’interpeler le public, venu en masse pour cette intervention qui promettait d’être aussi captivante que déroutante. 

Et pour cause : l’utopie est un sujet à la mode. Les médias en font leurs Unes, les politiques s’en emparent pour faire passer leurs messages… L’utopie fait couler de l’encre. Mais cette utopie-là, c’est la version divertissante de ce que représente vraiment le sujet : « Il y a tromperie sur la marchandise« , s’en amuse Sandrine Roudaut. « L’utopie, la vraie, c’est le futur de l’Histoire, le germe de toutes les grandes innovations. Vos utopies sont ancrées sur qui vous êtes, donc renoncer à ses utopies c’est renoncer à soi », explique-t-elle.

Selon l’auteure, l’Homme a traduit l’irréalisé par l’irréalisable, comme si quelque chose qui n’existait pas ne pouvait jamais exister. Nous sommes donc incapables de penser l’inconnu, alors même que l’utopie ne serait pas une façon de fuir la réalité, mais plutôt le moyen de la changer.

« Mais qu’est ce qui nous fait peur ? Rêver trop grand ? Espérer ? au pire, ça marche »

Sandrine Roudaut

L’utopie, une arme subversive ?

Mais alors pourquoi les utopistes dérangent, amusent, voire… font peur ? Car les utopistes pensent par-delà leur époque, et la contestent : « Et dans notre grande majorité, nous n’aimons pas qu’on conteste notre époque. On préfère penser qu’on a le meilleur super-modèle ou que rien d’autre n’est possible« , explique Sandrine Roudaut, avant de préciser : « si vous pensez aux premières personnes qui ont voulu la fin de la ségrégation, à ceux qui voulaient donner le droit de vote aux femmes, ceux qui voulaient voler dans le ciel avec un avion, ceux qui ont imaginé Internet…C’étaient des utopistes ! ».

Toutes ces choses qui font aujourd’hui partie de notre quotidien, nous paraissent légitimes, étaient ainsi des utopies, et ont dû être défendues face à la majorité. Mais alors quel est le problème ? Une fois réalisée, l’utopie perd le droit de s’appeler utopie : « Et tout le monde croit que les utopies ne se réalisent pas. C’est le péril étymologique », s’insurge Sandrine Roudaut, pour qui il est nécessaire de s’intéresser aux utopies face aux enjeux économiques, climatiques et philosophiques auxquels nous sommes aujourd’hui confrontés.

Aller jusqu’à la tragédie pour réagir ?

Dans les enjeux auxquels nous devons aujourd’hui faire face, le numérique n’est pas en reste. Certes, cela a changé nos vies, mais à quel prix ? « Quand vous envoyez un mail avec une pièce jointe, c’est l’équivalent d’une ampoule allumée pendant 24 heures. Combien de mails envoie-t-on par jour ? Une heure de vidéo sur votre smartphone, c’est l’équivalent d’un frigo allumé pendant un an. C’est pas du tout virtuel, le numérique, c’est très réel« , s’alarme Sandrine Roudaut.

« Si Internet était un pays, ce serait déjà le 6e pays le plus pollueur du monde, il est en train de dépasser l’aéronautique »

Et cela ne va pas en s’arrangeant : nos données stockées, le fameux « cloud » ? Elles doublent tous les 18 mois. Le cuivre des câbles qui relient les USA à la France ? Disparu d’ici 2038. Le recyclage ? Les meilleures usines récupèrent au mieux 15 métaux sur 60  contenus dans nos smartphones. Comme l’explique la conférencière, le recyclage, tout comme l’extraction, représente des pillages, des populations qu’on intoxique, des conditions d’exploitation terribles : « quand on met 2 euros dans le prix des métaux pour produire un smartphone, ça se fait forcément sur le dos de quelqu’un, et au détriment des équilibres écologiques« , insiste-t-elle. Selon elle, le numérique va se faire rattraper par la réalité, « et c’est tragique ».

Et c’est là que l’utopie apparait comme une formidable force d’innovation. Celle-ci, qui consiste en une conception totalement inversée du futur, une autre idée du progrès, va faire grandir l’humanité : « L’idée n’est pas de s’auto-flageller, mais d’avoir de grandes ambitions et de prendre ses responsabilités. Il faut regarder ce qui est humainement souhaitable, se fixer cet objectif et partir de là pour innover », explique Sandrine Roudaut. En somme, l’utopie est la logique inverse de ce qui se fait aujourd’hui : essayer de faire moins pire. Une logique tétanisante et inconfortable, donc contre-productive. 

« Quand on est sur l’utopie on voit tout ce que l’on peut gagner, quand on est sur la transition on voit tout ce que l’on peut perdre » – Sandrine Roudaut

Sortir du cadre

Et cette transition, pour être entière, a besoin d’être radicale pour fonctionner : « Souvenez-vous l’esclavage : c’était la norme, le système économique. Et pourtant les abolitionnistes ont demandé l’abolition radicale de l’esclavage, ils ont pas demandé une petite transition esclavagiste, ou un esclavage responsable en donnant leur mercredi aux esclaves », souligne Sandrine Roudaut. Pourquoi ? Parce que la dignité et le respect appellent forcément le radicalisme.

L’idée, donc, de l’utopie, serait de rester déterminé sur un objectif radical et de ne pas écouter tous les fatalistes. L’utopie est pragmatique : il n’y a pas une seule façon, une seule recette. Il faut expérimenter, et garder à l’esprit qu’un jour on arrivera à l’objectif mais accepter les échecs intermédiaires qui permettent d’innover : « Si on se dit qu’on va réduire de 25% l’énergie, on ne va pas réduire le système, on va rogner sur des choses mais le processus sera le même, alors que si on se donne comme utopie zéro déperdition d’énergie dans un datacenter, il faudra tout remettre à plat », explique Sandrine Roudaut.

Une décision urgente

Et cette « remise à plat » devient urgente, selon la conférencière : « Notre cerveau est comme une pâte à modeler et se transforme. Le numérique à déjà transformé notre cerveau : les gens sont passés en pilotage automatique, ils se déresponsabilisent, les applis décident de la route, des restaurants, … on ne prend plus de risques. C’est dangereux, car le jour ou on a besoin de notre jugement rationnel pour faire des choix, on n’est pas préparé », alerte Sandrine Roudaut. 

En somme : « nous créons notre propre obsolescence à cause de la technologie ». La fascination actuelle pour le transhumanisme démontre à quel point nous fuyons notre humanité, et celle pour le voyage sur mars montre à quel point nous souhaitons fuir notre planète. La fascination est une diversion pour ne pas affronter la réalité. Nous désertons nos responsabilités, en nous projetant dans le futur plutôt que de nous occuper de la réalité. 

Mais alors comment éviter le pire ? « Je pense qu’on est dans un monde ou on a besoin de gens qui arrivent à être affranchis, actifs, des gens se prennent en main », indique Sandrine Roudaut, avant d’ajouter « il faut faire attention à ce que l’on achète en tant que consommateur, ne pas donner son talent à des boites qui n’en valent pas le coup, se mettre en lien avec d’autres qui ont les mêmes convictions, et surtout…agir ».

Par

Iris Maignan

14 juin 2018 / 19H13
mis à jour le 19 juin 2018
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