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2 — Collectivité vs individualité : comment atteindre le bonheur ?
3 — Lifestyle numérique : sommes-nous les artisans de notre malheur ?
Innovation

Les nouvelles technologies : obstacle à notre bonheur ?

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Par Anais Richardin - 30 juillet 2018 / 10H00

Thibaut de Saint Maurice est essayiste, professeur de philosophie dans un lycée parisien et chroniqueur de “La petite philo” sur France Inter. Pour Maddyness, il revient sur la notion de bonheur ("bon heurt") et livre quelques clés sur notre relation aux nouvelles technologies.

Hédonisme vs hygiénisme : est-on vraiment heureux ?

(MDN) De nouveaux régimes alimentaires arrivent par vague et le sport semble être devenu une nouvelle religion, est-ce que l’hédonisme est en train de laisser place à l’hygiénisme ?

(TdSM) L’impératif ou l’assignation au bien-être tue le plaisir. Et aujourd’hui, force est de constater qu’il ne suffit plus d’avoir une alimentation équilibrée, il faut qu’elle soit éco-responsable, anti-pesticides et qu’elle nous soigne ! On nous invite à “manger, bouger” et si tu ne cours pas, tu deviens même suspect. Se poser la question du bien-être est quelque chose de très ancien, “l’art” des régimes remonte à l’Antiquité, mais ce qui change c’est qu’on est dans une perspective de construction, de mise en scène de soi alors qu’auparavant on était dans des soucis d’équilibre et de santé de la communauté. Ce qui est symptomatique, c’est la façon dont cet impératif s’applique à achever la construction d’une individualité idéale : on mesure chaque donnée de notre activité physique, on a des courbes, des progressions et on peut les partager. Il y a une façon d’objectiver un rapport à soi, un rapport de construction de soi, que l’on présente ensuite aux autres. J’atteste moralement, aux yeux de nos communautés modernes, mon droit à être heureux.

Mais l’est-on vraiment, heureux ?

Il me semble qu’on en est au dernier stade du bonheur individuel. Pendant très longtemps, le bonheur d’un individu a été dépendant de son appartenance à un clan, à une famille, à une nation, la question du bonheur ne se posait pas à l’échelle individuelle. Aux 19ème et 20ème siècles, on a observé la montée de l’individualisme et aujourd’hui, nous en sommes au dernier stade : celui de l’individu idéal et heureux. Aujourd’hui, je suis l’entrepreneur de moi-même affectivement (le business de la rencontre en a découlé), professionnellement et physiologiquement (notamment avec les outils de mesure).

Qu’y-a-t-il après ce dernier stade ?

Il y a des mouvements de balancier, de besoin de ré-appartenance et de communauté qui s’expriment. On voit, par exemple, de quelle manière on remet en avant les arts de vivre par pays : hygge (ou le bonheur à la danoise) etc. Les gens sont fatigués de courir avec Runtastic et de draguer avec Tinder. La performance isole, parce que je suis au centre de mon intérêt, je suis très égocentré, d’où le besoin d’appartenance.

Collectivité vs individualité : comment atteindre le bonheur ?

Est-on encore capable d’appartenir à un groupe alors qu’on revendique tant notre individualité ?

Les individualités sont parfois tellement prononcées que les individus ne sont plus capables d’être des convives. Autour d’une table par exemple, il peut y avoir quelqu’un qui ne mange pas de viande, quelqu’un qui ne mange pas de gluten, quelqu’un qui ne boit que du vin bio, etc. on se retrouve à partager un repas mais ce repas devient un challenge.

S’insérer dans la société ce n’est pas seulement adopter des codes communautaires. Les codes, aujourd’hui, sont la mise en scène de soi, la promotion de soi, etc. Montrer qu’on est intégré c’est montrer qu’on joue le jeu de la promotion de soi. Sans être caricatural, je suis surpris de voir comment parfois la question du bien-être vient remplir une sorte de vide de représentation du monde, une sorte de vide des idéologies. Il y a, par exemple, un effet de cohérence qui est séduisant dans le mouvement zéro déchet : il faut que je réduise mes déchets, mais aussi ma consommation d’énergie, de vêtements, etc. Il y a un côté cohérent et rassurant parce que la dispersion de nos vies prend un nouveau sens à travers un principe recteur.

Et ce bien-être, permet-il d’atteindre le bonheur ?

Nous avons tout pour être heureux aujourd’hui. Le bien-être c’est des conditions matérielles qui nous apportent du confort et qui nous offrent un cadre de sensations agréables mais le bonheur ne se réduit pas à ça. Le bonheur ce n’est pas un ensemble de conditions, le bonheur c’est d’abord une surprise, un événement inattendu, une rencontre, quelque chose qui change mon rapport à la vie, à mon quotidien. Dans bonheur il y a “heurt”, c’est donc le “bon heurt”, ca veut dire une ouverture au possible et à l’inattendu.

Lifestyle numérique : sommes-nous les artisans de notre malheur ?

Pourtant, avec les nouvelles technologies, l’inattendu l’est de moins en moins. Avant de rencontrer une personne on la “Googlise” pour tout savoir d’elle. Ne crée-t-on pas nous-même des barrières à ce bonheur ?

Nous ajoutons quelques obstacles au bonheur. Il y a notamment une confusion entre le profil et la personne. On regarde trois informations et on pense tout connaître. Mais quand je consulte des profils, je ne vois pas la personne en entier. La caractéristique du profil c’est bien d’être partiel.

Nous sommes tous à peu près complices de ce jeu de la présentation de soi. Mais n’oublions pas que nous sommes des enfants dans l’utilisation de ces nouvelles technologies. L’iPhone n’a que 10 ans ! Et ces 10 dernières années n’ont été qu’innovation permanente. C’est très réduit comme phase d’apprentissage par rapport au bouleversement anthropologique que ça induit.

Nos pratiques vont donc se réguler, s’organiser, s’inventorier, les moeurs vont évoluer. On se pose cette question de l’hyperconnexion parce qu’on ne se pose pas la question de codifier ses usages. Il faut un manuel de savoir-vivre avec son portable.

Créer une sorte de lifestyle numérique ?

On n’a pas encore réfléchi à la façon d’être poli avec son téléphone. Aujourd’hui on est connectés. La forme grammaticale est bonne, ça renvoie à une forme passive. C’est la machine qui nous connecte, pas nous qui nous connectons à la machine. L’enjeu est de renverser le rapport, de retravailler son attention et de réinstaller de la hiérarchie dans son attention. Le smartphone stimule, présente et propose. Il faut apprendre à le gérer. De la même façon, la sécurité routière commence à l’école primaire ; je ne serai pas surpris que dans la tête de quelqu’un germe l’idée de développer une sensibilisation aux règles de la vie numérique.

Comment voyez-vous l’avenir, serons-nous à la solde de la technologie ?

Le progrès technologique est toujours neutre, les problèmes qui en découlent sont des problèmes d’utilisation. Il faut initier une sorte de maturité ou une responsabilité numérique. Ca passe par une chose essentielle, qui n’existe pas suffisamment : la connaissance des outils que nous employons. Qui connait, sur le milliard d’utilisateurs de Facebook, le fonctionnement des posts, des algorithmes ? Nous sommes des utilisateurs très naïfs, or la connaissance est une condition de la maîtrise.

Pour conclure, je dirais que je n’arrive pas à être pessimiste. L’humanité se challenge elle-même, elle joue à inventer des nouvelles technologies qui la propulsent dans une nouvelle étape de son évolution. Nous serons bien évidemment capables d’intégrer ce nouveau monde du numérique. Mais il faut que l’art de vie numérique devienne une question quotidienne et politique, que le débat existe et que les pratiques matures et responsables soient décrites et encouragées.

Par

Anais Richardin

30 juillet 2018 / 10H00
mis à jour le 01 août 2018
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