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La MenstruTech française peine à trouver sa voie

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Par Geraldine Russell - 24 septembre 2020 / 09H00

Face à la concurrence de poids lourds étrangers, les applications françaises de suivi des menstruations doivent doublement faire leurs preuves : auprès des utilisatrices et auprès de l'écosystème tech.

C’est un petit événement qui n’a pourtant rien d’anodin. L’arrivée sur le marché d’une application française de suivi des menstruations, Moonly, met en lumière le peu d’offre tricolore en la matière. « J’avais dressé un état des lieux il y a deux ans : à cette époque, 250 applis étaient disponibles sur le PlayStore de Google, dont certaines comptaient plusieurs millions d’utilisatrices » , se rappelle Marion Coville, maîtresse de conférences à l’IAE Poitiers et membre de l’Observatoire des Mondes Numériques en Sciences Humaines (OMNSH). Les poids lourds s’appellent Clue, Glow ou Maya et sont allemande, américaine et britannique. Le lancement d’une app française sur ce sujet est-elle donc une bonne chose ?

Une étude menée par Marion Coville et sa collègue Inès Giffrain a montré que « l’usage le plus courant de ces applications, c’est d’être notifiée de l’arrivée de ses prochaines règles » . Plus pratiques qu’un carnet, plus discrètes que des alarmes programmées, ces applications ont d’abord un rôle pédagogique. « Cela permet aux femmes, notamment les plus jeunes, de mieux connaître leur corps, leurs cycles, c’est une bonne chose » , appuie Marie de Crécy, gynécologue et membre de la Fédération nationale des collègues de gynécologie médicale (FNCGM). Dans une société encore réticente à parler des règles et un secteur qui reste très masculin, on ne peut que se réjouir que la tech française se saisisse enfin du sujet.

Un marché de niche ?

Mais la Menstrutech à la française, comme l’a baptisée la journaliste Lucie Ronfaut, a-t-elle un avenir ? « De manière générale, on accuse un retard important dans les innovations liées à la santé des femmes, regrette Marion Coville. C’est un domaine qui, malgré le nombre de personnes qu’il concerne dans la population mondiale, reste considéré comme une niche. » La Menstrutech cumule en effet les difficultés. « Le domaine des sciences et techniques n’est pas un domaine particulièrement ouvert aux femmes. Il y a donc un double écueil de représentations qui ne jouent pas en faveur des technologies dédiées aux femmes mais aussi un secteur loin d’être paritaire qui contribue à présenter ce marché comme moins important qu’une technologie perçue comme neutre.« 

Malgré ces difficultés et la concurrence féroce des poids lourds du secteur, « il y a de la place pour de nouvelles applications » , estime Lucie Ronfaut, journaliste tech indépendante. D’abord parce que certaines d’entre elles, peu nombreuses, qui se présentent comme des aides à la contraception, se développent en exploitant la crise de confiance actuelle à l’encontre des moyens classiques de contraception, notamment la pilule. « Les jeunes femmes qui veulent arrêter la pilule après l’avoir prise pendant plusieurs années sont face à un phénomène qui n’est pas inconnu mais qu’elles n’ont pas expérimenté depuis longtemps. Elles utilisent donc les applis pour comprendre ce qui se passe dans leur corps et reprendre le contrôle » , analyse Marion Coville. La tendance au naturel, sur laquelle surfe également Moonly, devrait donc voir fleurir nombre d’applications sur ce créneau.

Des modèles économiques fragiles

Mais pas seulement. Notamment parce qu’en se reposant sur des algorithmes, les applications déjà sur le marché « produisent une norme » , rappelle Lucie Ronfaut, et écartent de fait tout un panel d’utilisatrices potentielles qui n’entrent pas dans cette norme. « Les femmes qui n’ont pas ou plus leurs règles, sont en phase de ménopause, souffrent d’endométriose ou doivent faire de la rééducation du périnée, par exemple, sont très peu prises en compte par ces applis qui se concentrent sur l’aide à la grossesse, l’aide à la contraception ou ont une vocation pédagogique avec une démarche scientifique. »

Reste la question qui fâche : comment ces applications peuvent-elles être financièrement viables ? « Les modèles économiques du secteur sont assez compliqués » , reconnaît la journaliste, qui a identifié deux principaux leviers de rémunération : « la publicité et la recherche médicale grâce à la revente des données de façon anonymisée à des universités » . Les modèles par abonnement sont plus rares et la stratégie qui consiste à faire payer l’abonnement par les entreprises pour ensuite leur proposer des services basés sur les données anonymisées de leurs employées n’est pas légal en France. Des organismes publics ou associatifs ont bien tenté de se positionner sur le créneau, à l’instar du Planning Familial qui a lancé il y a deux ans son application dédiée au suivi de prise de la pilule. Mais, malgré des modèles économiques encore fragiles, c’est bien le secteur privé qui reste à la pointe de l’innovation en la matière, porté par la tendance du quantified self — la pratique de la « mesure de soi » qui régit désormais tous les aspects de nos vies numérisées.

Par

Geraldine Russell

24 septembre 2020 / 09H00
mis à jour le 24 septembre 2020
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