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Temps de lecture : 04'40''
13 juin 2021

Marie Comacle dynamite les clichés autour de la masturbation féminine

Puissante se décrit comme une "marque française engagée de vibromasseurs". Avec le sextoy Coco, Marie Comacle, sa créatrice, appelle les femmes à se ré-approprier leur plaisir, mais aussi la société à briser le tabou autour de leur jouissance.

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Mise à jour et republication d’un article du 1er février 2021

Seules 14% de femmes se masturbent au moins une fois par semaine, selon une étude Ifop de 2017, contre 50% d’hommes. C’est une statistique qu’aimerait bien faire exploser Marie Comacle, créatrice de Puissante. Après un an et demi de recherche, elle a développé Coco, un vibromasseur à double fonction – stimulation clitoridienne et pénétration, pliable et waterproof. 

« La France est un des pays qui consomme le moins de sextoys en Europe » , se désole Marie Comacle, soulignant que l’Hexagone est « à la masse » sur les sujets liés à la sexualité. « Quand je parle à des personnes d’autres pays, elles sont souvent étonnées d’apprendre qu’ici, notre éducation sexuelle se limite au préservatif et au fait qu’on va tomber malade si on ne fait pas attention » . Une aberration pour celle qui définit la sexualité comme « le truc le plus normal et partagé dans le monde, puisque tout le monde vient de là » , plaisante-t-elle. 

Entreprendre en surmontant les regards interloqués

Mais alors comment cette ingénieure de 27 ans en est arrivée à la création de Puissante? Alors qu’elle avait 17 ans, en regardant la série Sex and the City, Marie Comacle a été intriguée par l’évocation des vibromasseurs. « Je me suis dit que ça avait l’air sympa et suis donc allée au sex-shop de Vannes – ce n’était pas une super boutique (rires) -, j’ai donc acheté un rabbit (un sextoy à double stimulation, NDLR) rose translucide très moche, et ça a été une révélation » , explique la jeune entrepreneuse. Depuis ce jour, elle n’a pas lâché l’idée de créer son propre sextoy et montrer que « se masturber n’est pas une pratique réservée aux outsiders de la sexualité » . 

Le problème : la perception qu’avait son entourage de ce projet. « Quand j’en ai parlé autour de moi, surtout dans un milieu assez classique, les retours n’étaient pas fameux » . Marie Comacle a croisé de nombreux regards de travers quand elle parlait de vibromasseur, même de la part de ses amies à l’époque… « Les gens se disent que tu es une obsédée » , regrette-t-elle. 

Après une école d’ingénieur, un master à Audencia, un stage en conseil et une expérience en startup chez Jobteaser, la fondatrice de Puissante décide de surmonter sa peur et de réaliser ce projet qui lui trotte dans la tête. « Je suis allée voir pleins d’expertes et une communauté de femmes pour savoir ce qu’elles aimaient, j’ai lancé la R&D et cherché des fournisseurs » , poursuit-elle. Un an et demi après, en début d’année 2021, Coco, le sextoy en silicone de Puissante, voit le jour. 

Celle dont les livres de chevet sont King Kong Théorie de Virginie Despentes, et Sexpowerment, de Camille Emmanuelle, ne considère pas Puissante comme une « simple » marque de vibromasseurs. D’ailleurs, Marie Comacle a d’abord lancé un podcast – du même nom – qui donne la parole à des femmes et raconte des épisodes marquants et expériences de leur vie. « L’une nous raconte l’histoire de son cancer du sein, une autre le fait qu’elle ait subi de l’inceste, et d’autres encore ne racontent pas forcément des histoires dramatiques d’ailleurs… Le but est de donner la parole aux femmes » , résume-t-elle, en concédant que cela était aussi un moyen de faire grossir la communauté de Puissante alors qu’elle travaillait sur les prototypes de Coco. 

« On ne blâme pas la masturbation masculine, pourquoi le ferait-on pour les femmes? » , se questionne Marie Comacle. « Mon projet cherche à supprimer le tabou de la masturbation féminine pour réinstaurer une égalité face au plaisir » . L’entrepreneuse recommande aussi d’aller se promener sur les comptes Instagram « Gang du clito » , « Jouissance Club » et « Orgasmez-moi » qui, selon elle, contribuent à décortiquer ces sujets. 

Elsa Wolinski, journaliste de 47 ans et fille du dessinateur Georges Wolinski, est ambassadrice de la marque. « Je fais partie de ces femmes qui ont loupé des choses, étant élevée de manière patriarcale où c’est le plaisir de l’homme qui prime, explique-t-elle dans une vidéo pour Puissante. En testant Coco, je sais maintenant, même si ça peut paraître naïf, que je n’ai besoin de personne. Passé 45 ans, c’est même perturbant de se dire qu’on n’a jamais connu de plaisir seule, et cette pratique rend vraiment puissante » .

« C’est tellement important de te rendre compte que ton plaisir ne passe pas forcément par une tierce personne, que tu peux le contrôler, renchérie Marie Comacle. Cela aide chaque personne à savoir ce qui lui fait de bien et permet aussi ensuite de le communiquer à son ou sa partenaire ensuite » . 

Un crowdfunding réussi

Et, au-delà d’être un outil d’empowerment, l’entrepreneuse insiste : c’est aussi une question de santé. « Le sextoy n’est pas qu’un jouet érotique, c’est un outil de bien-être dans sa tête et dans son corps » , affirme cette dernière. « Aujourd’hui on parle beaucoup de yoga, de méditation etc. Mais je pense que la masturbation et la sexualité en général sont des éléments à prendre en compte » , raconte-t-elle, exemple à l’appui. « Dans une émission sur France Culture, j’ai entendu le récit d’une femme, bloquée du dos. Sous les conseils de son kinésithérapeute, elle s’est rendu au Passage du Désir pour acheter un sextoy. Elle est revenue quelques jours plus tard, guérie. Pour elle, c’était magique : la masturbation lui avait permis de régler un problème contre lequel rien d’autre n’avait fonctionné en cinq ans ! » , s’enthousiasme Marie Comacle

Incubée à Station F, la startup Puissante a explosé l’objectif de sa campagne de crowdfunding, lancée en début d’année, de plus de 2500%. Parmi les ambitions de l’entrepreneuse : élargir sa gamme de produits, continuer à faire de la pédagogie sur ces sujets encore tabous, collaborer avec des marques pour sortir les vibromasseurs de l’image actuelle dont ils souffrent, être distribuée en grande distribution et en pharmacie et rapatrier la production – actuellement en Chine – en France. Et, à terme, Marie Comacle, l’espère, contribuer avec ce projet à un changement de mentalité pour « sortir d’une sexualité hyper standardisée où on désigne ce qui est normal et ce qui ne l’est pas » . 

Article écrit par Heloïse Pons
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