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#Portrait Martine Liautaud, mentor de femmes entrepreneures

#Portrait : Martine Liautaud, mentor de femmes entrepreneures
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Martine Liautaud est de ces personnalités dont le parcours ne laisse pas indifférent. Banquière d’affaires, business angel et entrepreneure, elle offre également depuis 2010 un soutien sans failles aux femmes qui se décident à se lancer dans l’aventure entrepreneuriale. Portrait d’une femme aux 1000 facettes.


Toute ma vie j’ai eu des opportunités intéressantes, du fait que j’ai été dans des situations où je prenais des responsabilités que les gens ne voulaient pas parce qu’elles étaient à leur yeux trop risquées. Evidemment,quand cela réussissait, j’avais l’effet “Kiss Cool”, les gens trouvaient ce résultat très impressionnant, explique Martine Liautaud.

Après des études de droit et de Sciences Politiques, elle est la première femme banquière d’affaires à intégrer le groupe Suez en 1974. Une étrangeté pour les hommes en place, qui ne lui “faisaient pas de cadeaux”, mais qui a permis à la jeune femme d’ouvrir beaucoup de comptes de sociétés japonaises à Paris, et de se créer son propre fonds de commerce, plutôt original.

Je ne veux pas minimiser les difficultés, j’étais dans un milieu d’hommes d’un métier très difficile, et si je n’avais pas eu le caractère que j’avais et cette vision optimiste de la vie, j’aurais été écartée du coeur du système “.

De la banque d’affaires à l’entrepreneuriat

Dans les années qui suivent, Martine Liautaud continue son ascension : elle dirige de grandes opérations, devient conseillère de grands présidents d’entreprises, joue un rôle de premier plan dans la privatisation de certaines entreprises, puis s’envole pour Stanford en 1989 pour participer à un programme universitaire. Une expérience qui agit comme un déclic, et lui donne envie de lancer sa propre société.

Vous savez, on devient entrepreneur parce qu’on a envie d’inscrire son propre sillon. Moi je suis très indépendante, et j’avais l’impression que je ferais encore mieux mon métier si je créais mon entreprise. Je pense vraiment que cela a été le cas “.

Après 16 ans dans le groupe Indosuez, elle prend ainsi le risque de démissionner en 1990 pour créer sa première société indépendante de conseil et d’investissement, la compagnie financière de Serbie, holding regroupant la société Meccano, dont elle est vice-présidente et actionnaire majoritaire, et la Financière Sully. Parallèlement, elle aide au lancement des éditions de La Martinière et en devient vice-présidente et actionnaire. Elle en sort en 2000 en vendant sa part à la famille Wertheimer, avant de créer Liautaud & Cie, spécialisée dans les fusions-acquisitions, l’ingénierie financière et le conseil aux grands groupes français.

L’accompagnement des femmes entrepreneures en ligne de mire

Mais c’est en 2010, alors qu’elle est interviewée dans le cadre des lois sur les quotas dans les conseils d’administration, que Martine Liautaud prend conscience de l’inégalité entre les hommes et les femmes dans les entreprises. Elle se décide alors a créer la Women Business Mentoring Initiative à l’aide d’anciens de Stanford, pour accompagner les femmes entrepreneures à passer le cap des trois ans d’existence.

En cinq promotions, le programme a ainsi accompagné une centaine de femmes entrepreneures, et a été suivi par la mise en place d’outils, parmi lesquels deux ouvrages intitulés « Entreprendre au féminin : Mode d’emploi », paru en mars 2014 aux éditions Eyrolles, et « Culture Mentoring ». Plus récemment, Martine Liautaud décide de créer un fonds de dotation pour soutenir les initiatives en faveur de l’égalité entre les hommes et les femmes dans le monde des affaires, qui peut recevoir des donations dans le cadre de la loi : Women Initiative Foundation.

Une véritable conscience des difficultés rencontrées

Lors de ces années d’accompagnement auprès des femmes entrepreneures, Martine Liautaud constate que les difficultés auxquelles doivent faire face ces créatrices d’entreprises sont finalement plus souvent internes qu’externes. Parmi celles-ci, une habitude à se dévaloriser, à envoyer un signal de faiblesse, avant de mettre en avant leurs qualités.

Quelques fois dans notre programme de mentoring, on a des femmes qui nous disent ” vous êtes trop bien pour nous “. Je leur explique que d’une part, nous ne sommes pas trop bien pour elles, et que d’autre part, il est toujours bon de se confronter à des personnes plus expérimentées et plus talentueuses dans certains domaines car c’est la meilleure manière de grandir et d’apprendre ! Plus les gens sont brillants, plus ils peuvent vous apporter des idées et une aide utiles surtout s’ils sont bienveillants “.

Un manque de confiance en elles qui est souvent accompagné par l’absence de “role model”, explique Martine Liautaud. Les femmes voient en effet moins d’exemples de réussite féminins, et se projettent moins sur leur propre réussite. Des blocages qui se croisent avec les difficultés extérieures rencontrées, notamment au niveau du financement où les institutions sont plus réticentes à les accompagner dans leurs projets.

C’est sur ces différents points de blocage que travaillent les femmes du programme de mentoring. Et si l’on en croit le nombre d’entrepreneures accompagnées depuis 2010, le modèle semble fonctionner. La réussite n’a pas de secret, “il faut beaucoup travailler, être très exigeant, toujours oser, aller le plus loin possible et voir grand”, conclut Martine Liautaud.