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#MaddyWorld La frénésie pour l’e-commerce passée, les startups indiennes s’attaquent aux vrais problèmes

#MaddyWorld : La frénésie pour l’e-commerce passée, les startups indiennes s’attaquent aux vrais problèmes
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Un temps centrées sur l’e-commerce, les startups indiennes s’en détournent désormais et cherchent à régler des problèmes cruciaux pour le pays : l’accès à des services financiers, aux soins ou l’amélioration du système éducatif. Focus sur ces startups indiennes qui réinventent les règles du jeu.

Avec 4750 startups, l’Inde est le troisième écosystème de startups au monde, derrière la Silicon Valley et le Royaume-Uni. Si la majorité d’entre elles ont orienté leurs efforts ces dernières années vers le développement de solutions e-commerce, le pays fait face à des défis bien plus urgents, porteurs de nombreuses opportunités également. Que ce soient des sujets énergétiques, des problématiques autour du transport, de la santé, du manque d’infrastructures ou encore le manque d’enseignants et de professeurs, la liste de “vrais” enjeux est longue.

Heureusement, 2016 a marqué un tournant. L’engouement pour le secteur e-commerce a commencé à montrer des signes de ralentissement fin 2015 lorsque des startups comme Zomato et FoodPanda ont réduit leur masse salariale dans un souci de diminution des coûts. On a alors pu observer une croissance des investissements dans des industries telles que la FinTech, l’EdTech (technologies pour l’éducation) et la HealthTech (technologies pour la santé), illustrant un désir de se concentrer sur la résolution des problèmes de fond que connaît l’Inde. Aujourd’hui, les startups mettent au point des solutions dont le but est de résoudre des problèmes pertinents localement“, expliquait CP Gurnani, président de Nasscom, l’organisme indien pour l’industrie informatique, lors du Nasscom Product Conclave en octobre dernier.

La Fintech indienne, entre inclusion financière et réduction des frais de transferts internationaux

Le potentiel du marché indien pour l’industrie de la FinTech n’est pas négligeable. Plus de 233 millions d’Indiens n’ont jamais mis les pieds dans une banque et nombreux sont les comptes bancaires dont le solde est de zéro, d’après  PwC. Malgré ce constat, les banques n’adaptent pas leurs offres pour répondre aux besoins des clients aux revenus les plus faibles, limitant leur accès aux services financiers.

Une opportunité pour les startups indiennes. En 2016, l’industrie de la FinTech a attiré plus de 512 millions de dollars d’investissements d’après la plateforme d’analyse de startups Tracxn, dont 40% destinés au financement de nouveaux modèles de prêts. Une des avancées majeures est en effet l’exploitation du Big Data et, plus particulièrement, des données collectées sur les réseaux sociaux afin de générer des “scores de solvabilité”, permettant aux 800 millions d’Indiens qui n’atteignent pas le score de solvabilité traditionnel d’accéder au crédit.

Parmi les exemples phares, on retrouve la startup LendingKart qui assiste les petites entreprises et levait 42 millions de dollars en 2016, Finnomena qui cible les étudiants et millennials, ou encore CreditVidya qui a réussit à lever 2 millions de dollars. La mission de CreditVidya’s est de donner accès aux 800 millions d’Indiens qui n’ont pas de score de solvabilité à un système de crédit juste et transparent.

CreditVidya

La startup Coinsecure, qui repose sur la technologie Bitcoin, a effectué une levée de fonds en série A cette année. Il est vrai que le potentiel de l’Inde pour cette technologie est important. Cette monnaie numérique peut diminuer le coût des transferts internationaux.  Dans un pays qui recevait, en 2015, plus de 72 milliards de transferts envoyés par les travailleurs indiens émigrés à leur famille restée au pays, ce n’est pas une opportunité négligeable. En guise de référence, cette somme représente plusieurs fois le montant de l’aide internationale reçue par le pays.  Dès lors, toute startup capable de diminuer les frais de transferts depuis l’international vers l’Inde, ne serait-ce que de quelques centimes, pourrait permettre à l’Inde de recevoir des millions de plus chaque année.

HealthTech : permettre l’accès aux soins dans les zones isolées

70% de la population indienne vit encore en zone rurale et, de ce fait, a un accès limité aux infrastructures médicales telles que les hôpitaux et cliniques. D’ici 2020, l’industrie healthtech indienne devrait connaître une croissance de 16%, atteignant une valeur de 280 milliards de dollars.

Parmi les acteurs principaux, on retrouve la plateforme Practo qui facilite la prise de rendez-vous, la pharmacie en ligne NetMeds, et  Portea qui propose des services médicaux à domicile. Toutes trois ont bouclé d’importants tours de table l’année dernière. Un autre cas intéressant de startup dans le domaine de la santé est Forus Health. Partie du constat que 15 millions d’Indiens souffrent de cécité, en raison d’un accès limité aux soins oculaires, d’un coût élevé de traitement et d’un manque de sensibilisation, la jeune pousse a mis au point une solution abordable pour démocratiser et faciliter l’accès aux soins. Avec sa technologie, Forus Health vient en aide à plus de 2 millions de personnes dans 26 pays du monde.

La nature compacte de son produit 3nethra permet de transporter le dispositif sur des motos pour atteindre les bidonvilles ruraux et urbains et pratiquer des examens oculaires réguliers. (Photo prise par Forus Health)

La nature compacte de son produit 3nethra permet de transporter le dispositif sur des motos pour atteindre les bidonvilles ruraux et urbains et pratiquer des examens oculaires réguliers. (Photo prise par Forus Health)

Forus Health n’est pas la seule startup qui rencontre un succès fulgurant dans le domaine de la santé en Inde, Tricog Health Services a développé des machines à électrocardiogrammes connectées au cloud et a effectué une levée de fonds en série A cette année. Cette startup indienne installe ses machines directement dans des centres médicaux afin de réduire le temps entre la détection des symptômes et le traitement suite à une crise cardiaque. Responsable du décès d’un Indien sur quatre, les crises cardiaques sont une préoccupation majeure pour le pays.

Enfin, les rendez-vous médicaux via vidéo conférence se développent de plus en plus.  Parmi les startups indiennes qui se distinguent pour cette technologie, on retrouve DocsApp, SeeDoc ou encore MUrgency. Elles affirment que 72% des problèmes de santé peuvent être traités en ligne, et démocratisent ainsi l’accès aux soins dans les zones isolées.

DocsApp propose des consultations réalisées par des professionnels de la santé sous 30 minutes  (Photo de DocsApp)

DocsApp propose des consultations réalisées par des professionnels de la santé sous 30 minutes
(Photo de DocsApp)


EdTech : des plateformes d’apprentissage numériques pour les zones rurales et semi-urbaines

Cette année, on observe un attrait grandissant pour les startups qui innovent dans le secteur de l’éducation. En septembre, la startup Byju’s a levé 50 millions de dollars en Série D, principalement auprès de Sequoia Capital et l’Initiative Chan-Zuckerberg. C’est la levée de fonds la plus importante de l’année passée pour le pays. Créée en 2015, la startup a un taux de croissance de 15%, son application a été téléchargée plus de 5,5 millions de fois et on dénombre 250 000 souscriptions à l’abonnement payant valable un an. La jeune pousse crée des programmes d’accompagnement pour les étudiants et la préparation aux examens principaux.

Byju’s aide les étudiants avec des vidéos stimulantes des meilleurs professeurs. (Photo de Byju’s)

Byju’s aide les étudiants avec des vidéos stimulantes des meilleurs professeurs. (Photo de Byju’s)

D’après le District Information System pour l’Education du Ministère du Développement des Ressources Humaines, durant l’année académique 2014-2015, 41% des écoles primaires ne comptaient que deux professeurs, 12% n’en avaient qu’un seul et 0,84% n’en avaient… pas du tout. Ces chiffres illustrent le fait que le manque de professeurs en Inde est une triste réalité et représente un défi considérable pour le pays.

D’autres startups indiennes ont fait leurs preuves dans le secteur de l’éducation. Par exemple, English Dost est une application mobile qui aide les Indiens à améliorer leurs compétences linguistiques et ainsi augmenter leurs chances sur le marché du travail. Une autre startup intéressante est ConveGenius qui travaille en partenariat avec le gouvernement pour pouvoir étendre ses services aux populations rurales.

En parallèle, on observe une amélioration constante des infrastructures fournissant un accès à Internet et une diminution des prix des téléphones portables et des forfaits mobiles, si bien qu’on peut désormais acheter un Smartphone pour 50 à 60 dollars en Inde. En 2017, un tiers des utilisateurs de téléphones mobiles auront un Smartphone et donc accès à internet depuis leur appareil.

De nouveaux modèles d’affaires doivent émerger pour continuer à faciliter l’accès à Internet et augmenter le pourcentage de la population indienne présente en ligne. Jana, une startup indienne qui offre aux annonceurs la possibilité d’interagir plus largement avec les consommateurs, fonctionne sur un modèle remarquablement innovant : l’annonceur paie les factures des consommateurs en échange de feedbacks sur son application. Cette startup indienne est actuellement le plus grand fournisseur d’Internet gratuit dans le monde.

Mots clés : EdTech, Fintech, HealthTech, Inde