Retour en haut
Entrepreneurs

#MaddyREX Entreprendre autour d’une application mobile : deux ans après

#MaddyREX : Entreprendre autour d’une application mobile : deux ans après Photo by Rodion Kutsaev on Unsplash

Qu’apprend-t-on en deux ans d’entrepreneuriat ? Entre petits échecs et grandes réussites, ultra performance et maxi fatigue, Philippe Boisney, fondateur de l’application CookMinute revient sur deux années d’aventure.

Article initialement publié sur la page Medium de Philippe Boisney

Que le temps passe vite ! Déjà deux années se sont écoulées depuis le moment où j’ai commencé cette aventure entrepreneuriale autour de CookMinute.

J’ai relu hier, le résumé que j’avais écrit il y a environ un an, sur cette première année d’entrepreneuriat. Je me suis surpris à relire des pensées qui ont bien changé et évolué en l’espace d’une année seulement. Le temps passe, on mûrit, on apprend et forcément nos envies et attentes évoluent. Que de choses se sont passées en une année : 

 

Entreprendre seul

Après l’euphorie de ma première année d’entreprenariat et sa douce berceuse mélodieuse de l’univers startup et ses success-stories à répétitions trop cools et tellement inspirantes, j’ai soudainement pris une grosse gifle : Il fallait gagner de l’argent.

Quand tu entreprends seul, tout est compliqué. Tu dois exceller à tous les niveaux, sinon quelqu’un d’autre le fera à ta place. Tout ça est dur et demande beaucoup de temps. Si à ça tu rajoutes la pression permanente de réussir l’exécution de ton business model, ça devient vite compliqué.

Sur un projet comme CookMinute, qui semble relativement simple de premier abord, le travail exigé est juste titanesque :

  • Développement des applications natives iOS et Android (300k lignes de code par app)
  • Développement du backend, des APIs et du dashboard d’administration (200K lignes de code)
  • Création du contenu : Elaboration des recettes au format CookMinute (3 étapes max de moins de 140 caractères) + prise de photos (Actuellement + de 500 recettes en BDD) + essais et vérification de la simplicité, etc…
  • Validation du contenu : Analyse des recettes proposées par les utilisateurs, création de nouveaux ingrédients (valeurs nutritionnelles, empreinte carbone, etc…)
  • Support utilisateurs via le chat de l’application
  • Design, tests, réseaux sociaux, promotions, etc…

Bref, des journées à rallonges qui commencent à 8h le matin, et qui se terminent à 20h le soir. Le week-end également.

Apprendre à gérer son temps

Cette deuxième année a été particulièrement fourbe, puisque je ne me suis pas rendu compte que je me dirigeais vers la catastrophe. Une tâche après l’autre, ainsi de suite, jusqu’à la fin de ma todo-List, qui elle, se trouve être un trou noir sans fin.

Et puis un jour, je décide de prendre une semaine de “vacances” avec ma copine, qui subit au jour le jour ma “super aventure entrepreneuriale trop fun et pleine de lols”. Mais c’était sans compter mon corps le petit farceur, qui aime faire descendre la pression emmagasinée depuis plusieurs mois juste avant les vacances…

Résultat : fatigue excessive, vertiges et maux de tête à répétition, perte de l’appétit, etc… Une sorte de déprime s’était installée. Je ne l’avais jamais rencontrée en 26 ans d’existence. Enchanté. Cela m’a permis de comprendre où étaient les limites à ne pas dépasser et repenser complètement mon emploi du temps: Pas de taf le weekend (sauf cas exceptionnel) et pas plus de 10h de code par jour.

Un marché complexe

Revenons-en à nos moutons. Quand vous entreprenez autour d’une application mobile, vous êtes face à un marché un peu spécial. En effet, vos clients finaux n’ont pas l’habitude de payer, mais alors PAS DU TOUT. Encore moins pour une application de cuisine. C’est comme ça. À vous de créer assez de valeur pour que l’utilisateur soit prêt à envisager une action d’achat.

De plus, le niveau d’exigence d’une application est très haut : on vous compare inconsciemment et immédiatement à des projets titanesques comme Facebook, Snapchat, etc. La qualité visuelle et fonctionnelle doit donc être au rendez-vous, aucune excuse ni aucun bug tolérés !

Enfin, ton travail est noté et commenté. Cela influe énormément sur ton référencement, ta visibilité et donc le nombre de personne qui téléchargeront ton app… Le petit hic c’est que des fois, tu tombes sur des cas sociaux. Vraiment. À toi de gérer tel un moine bouddhiste ce type de personne irrespectueuse (j’ai encore des progrès à faire).

 

À cela s’ajoute la belle commission de Google et Apple, sur tous les abonnements ou achats in-app effectués sur ton application. J’ai d’ailleurs écrit un article à ce sujet. Pour faire simple, ils te prennent 50% (30% de commissions + 20% TVA). Je suis auto-entrepreneur, et donc pas assujetti à la TVA… Mais bon, difficile de faire le poids face à ces géants.

Je n’avais pas vraiment perçu ce marché ainsi durant la première année d’entrepreneuriat, voyant plus l’aspect “tout est possible” et “tout est rose” du monde mobile plutôt que la réalité. L’insouciance des débutants !

 

J’ai vite compris qu’il fallait se soumettre aux règles déjà établies de ce marché pour survivre.

Des principes à défendre

J’ai toujours été attiré par l’idée de créer quelque chose qui ait du sens, un produit unique qui délivre une expérience inoubliable à ses utilisateurs et pas forcément faire uniquement de l’argent à n’importe quel prix. Cela est très paradoxal pour un entrepreneur, j’en conviens.

Placements de produits, publicités natives, partenariats glauques ou recettes sponsorisées… Non désolé, ces business models ne me font absolument pas bander les gars. CookMinute est censé aider les gens à mieux manger. Mon but n’est donc pas de créer un panneau publicitaire ambulant, mais un produit qui répond à un besoin et à une attente spécifique.

Ainsi, après une longue période de réflexion, et en parlant quotidiennement avec mes utilisateurs afin d’avoir leur avis sur cette épineuse question du financement (+ de 1000 conversations Smooch), j’ai fait le choix de développer une partie premium dans CookMinute à 9,99€ par an. J’ai vraiment été étonné par la réaction des gens et de leurs soutiens dans cette action. Les retours ont vraiment été très bons.

 
 
 

Le fait que des gens soient prêts à payer pour utiliser ton application et par extension ton travail, t’apporte une satisfaction assez énorme et indescriptible, surtout dans un domaine où 90% de tes concurrents proposent des produits gratuits. Je crois que cette étape a été la plus belle récompense de ces deux années.

Pour le moment, CookMinute totalise un peu plus de 700 utilisateurs premium depuis la mise en place de l’abonnement en avril 2017 pour 25 000 utilisateurs inscrits. Cependant, avec 500 utilisateurs non premium par jour utilisant l’application, et un peu plus d’un million de repas planifiés, la marge de progression est encore haute.

Une technologie mature

Presque deux ans de développements et d’itérations ont été nécessaires pour créer CookMinute. Forcément quand tu es seul à coder, tout prend plus de temps. J’ai cependant eu la chance d’être conseillé par les bonnes personnes. Une des forces de l’application réside en sa capacité à être totalement utilisable hors-ligne. Cela semble anodin dit comme ça, mais représente une économie de plus 2000 euros par mois en ressources serveurs (et croît de manière linéaire en fonction du nombre d’utilisateurs).

Cela représente aussi beaucoup de travail en amont, avec des technos assez avancées qu’il faut apprendre à maitriser comme ReactiveX, le Multithread ou encore Realm. Tellement avancées que Facebook a repéré mon profil sur Github pour me proposer un poste à Londres… Dur de refuser quand à l’époque, mes revenus étaient d’à peine 200 euros par mois.

La puissance du cloud

Aujourd’hui nous avons la chance dans le monde du mobile, d’avoir une ressource ultra performante gratuite à disposition : le device de chaque utilisateur. Mon téléphone (Samsung S7) par exemple, est quasiment aussi puissant que mon Macbook Pro… Ainsi, au lieu d’effectuer des requêtes directement sur mes serveurs (ce qui représente un coût et une latence importante), je les effectue sur le téléphone de chaque utilisateur.

Toutes les recettes sont stockées cryptées sur le téléphone de chaque utilisateur, et mises à jour automatiquement si besoin. En somme, vous avez une copie de la base de données de recettes sur le device de chaque utilisateur. Sachant que Realm peut stocker plus d’un million d’enregistrements par device, je crois que j’ai encore un peu de marge avant de m’affoler.

Aujourd’hui, l’infrastructure cloud de CookMinute est hébergée chez Google Cloud Platform (APIs, Base de données NoSQL, Dashboard, etc…) qui fait tourner d’autres startups comme Snapchat ou Spotify. Cette infrastructure me revient à 5 euros par mois pour 25 000 utilisateurs. Magique !

Un business autonome

Depuis quelques semaines, CookMinute est 100% autonome: il n’a quasiment pas besoin de moi pour exister et continuer à fonctionner normalement. Quand tu entreprends seul sur ce type de projet, il est vital de créer un service qui “s’auto-gère”, pour ainsi éviter d’être complètement dépendant de ce dernier. Le but étant de se dégager du temps sur d’autres tâches, activités ou même projets. Ainsi, il a fallu identifier les actions qui me prenaient le plus de temps, et les automatiser petit à petit, ou tout du moins, transférer cette charge de travail.

Une des plus importantes étant la création d’un contenu de qualité (les recettes). C’est ainsi que j’ai laissé la possibilité aux utilisateurs d’ajouter leurs propres recettes dans CookMinute, le tout étant pré-contrôlé et géré par un ensemble d’algorithmes qui vérifient en temps réel sur l’application si la recette peut être ajoutée ou non en mode public. Une fois tous ces “tests” passés, une notification m’est envoyée pour valider manuellement la recette ou non via le dashboard que je me suis créé.

 
Dashboard d’administration CookMinute

Aujourd’hui, la seule action que je dois réaliser sur CookMinute est la validation des recettes publiques. C’est tout. L’ensemble tourne maintenant sans moi.

Une vision à long terme

CookMinute réalise aujourd’hui un CA d’environ 1000 euros par mois. Cela fluctue énormément, selon les périodes et la promotion de l’application. Par exemple, le mois dernier, grâce aux retombées médiatiques d’un article du Monde dédié à CookMinute, le CA a été multiplié par deux.

Cependant, je ne vais pas vous le cacher, vivre avec 1000 euros par mois, c’est compliqué. Surtout quand tu as une vie personnelle à côté. J’ai vu tellement d’entrepreneurs réussir professionnellement et complètement foirer leur vie personnelle que j’aimerais éviter de reproduire le même schéma. Vraiment.

Vers l’abandon de CookMinute ?

Bien sûr que non ! L’application vit maintenant toute seule, sans intervention de ma part et surtout sans frais. Elle ne fait que rapporter. Pourquoi donc la shutdown ? Je continuerai à la maintenir sur mon temps personnel, en ajoutant des nouvelles fonctionnalités les plus demandées et quelques recettes régulièrement. That’s it.

Le petit bonus : Une grosse partie de l’argent récolté sera réinvesti afin de promouvoir l’application. Actuellement, faute de budget, je suis limité à environ 50 euros par mois pour promouvoir CookMinute. Par la suite, je passerai à 500 euros par mois.

La fin de l’entrepreneuriat ?

Nullement ! Je prends trop de plaisir à faire ce que je fais pour arrêter maintenant. Cette deuxième année d’entrepreneuriat m’a ouvert les yeux sur ce que j’aimais par dessus tout : créer un produit unique qui ait du sens.

Toutes les étapes du développement d’un produit sont vraiment géniales et exceptionnelles. Les métiers qui gravitent autour sont tous aussi créatifs les uns que les autres ! Le développement est un art somptueux, que l’on peut comparer à l’artisanat dans le monde physique : quel plaisir de lire du code propre et bien écrit.

Je vais donc me lancer dans le freelancing, et continuer à développer des projets mobiles performants et scalables. J’ai hâte de pouvoir collaborer avec d’autres porteurs de projets et créer ensemble des produits innovants au top du top.

 

Au final, ces deux premières années d’entreprenariat ont été ultra formatrices pour moi, à un point que je ne pouvais imaginer. J’ai appris énormément de choses sur le monde qui m’entoure, parfois dans la souffrance et le doute, mais toujours dans le but d’avancer et de me remettre en question.

Je suis vraiment heureux d’avoir pu créer un produit utilisé et adopté par autant de monde. Le simple fait de me dire que des familles entières utilisent CookMinute pour mieux manger représente à mes yeux, la plus belle des réussites.

Mots clés : cookminute, MaddyREX