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Innovation

[Dossier] Ce que la France de l’innovation peut apprendre de la Design School de Stanford

[Dossier] Ce que la France de l’innovation peut apprendre de la Design School de Stanford
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“Comment créer les conditions pour innover en France?” Voici une question que Pierre Tambourin, co-auteur d’un rapport sur l’innovation et PDG du Genopole, et moi-même avons évoqué au cours d’une récente discussion sur les enjeux de l’innovation, dans le cadre de mes fonctions chez 7Circles. Naturellement, il y a beaucoup à dire. Et dans mon esprit se sont formées mille idées. Mais, comme je ne peux pas parler de mille idées dans un seul article, je m’astreindrai à n’en choisir qu’une seule: le rôle de la formation dans l’innovation.

En effet, l’une des préconisations de Pierre Tambourin est de “réviser les méthodes pédagogiques de l’enseignement primaire et secondaire pour développer les initiatives innovantes” (L’innovation, un enjeu majeur pour la France, page 7) 

L’enseignement de l’innovation: l’exemple de la Design School de Stanford

Il se trouve que j’ai pu voir comment l’innovation est enseignée à la Design School de Stanford, à l’occasion d’un récent voyage au sein de la Silicon Valley. A l’évidence, l’innovation ne se résume pas au Design Thinking, notamment parce que celui-ci ne traite pas de comment développer des innovations qui trouvent un marché et déclenchent l’acte d’achat auprès du consommateur.

Néanmoins, le Design Thinking joue un rôle majeur dans le développement de produits innovants. On lui doit notamment:

  • la conception de la première souris informatique avec Apple
  • Toy Story, le premier long métrage d’animation entièrement réalisé en images de synthèse

En outre, le Design Thinking est tenu en haute estime au sein des Directions Générales des entreprises françaises. Il est d’ailleurs utilisé, sous diverses formes, chez Renault, Orange, Bouygues et Thalès parmi d’autres. Anne Lauvergeon, ancienne PDG d’Areva, souligne à juste titre que le Design Thinking joue un rôle important dans “l’acceptation des technologies”, (Un principe et sept ambitions pour l’innovation, page 13) auprès des consommateurs. Il est vrai qu’il facilite l’appropriation et l’utilisation quotidienne de tel ou tel nouvel objet qui s’introduit dans notre quotidien. Enfin, nous assistons, aujourd’hui, en France, à une profusion de cours de Design dans nos écoles de commerce et d’ingénieur, signe que la Design School de Stanford fait école dans nos écoles.

Pour toutes ces raisons, je me suis demandé ce que la France de l’innovation pouvait apprendre du Design Thinking. Mais, peut-être faut-il, dans un premier temps, se poser une question très simple: la question de sa définition.

Qu’est-ce que le Design Thinking?

Ce qui vient spontanément à l’esprit, c’est que le Design Thinking est tout simplement une pensée du Design. Autrement dit, ce serait un ensemble de principes ergonomiques et esthétiques qui seraient employés pour concevoir de nouveaux objets. Mais, ce n’est pas cela, le Design Thinking. Car, c’est beaucoup plus que cela. Il est tout à la fois une philosophie de la créativité et une relation particulière à autrui, ce qui devient plus évident lorsqu’on s’intéresse aux enseignements de la Design School. 

Les enseignements de la Design School

“On vous dit que créer est laborieux, qu’il faut faire des efforts, qu’il faut envisager toutes sortes de risques, qu’il faut réfléchir longuement pour ne pas commettre d’erreurs. Il faudrait analyser, évaluer et juger vos idées et celles des autres. Oubliez tout cela! Pour créer, ne travaillez plus! Pour créer, jouez! Jouez selon vos désirs, selon vos envies! Pour créer, soyez dans le jeu et non dans l’enjeu! Vous verrez bien ce que votre imagination produira! Laissez-vous surprendre par les idées qui adviennent. Cessez de vouloir tout contrôler. Recueillez les idées qui se forment spontanément en vous, même si celles-vous paraissent encore grossières ou imparfaites. Car, vous ne savez guère où cette idée vous mène. Vous ne savez guère ce qu’elle recèle”

Tiens ! Tout à coup, une idée vous apparaît. Surtout, ne la jugez pas, ne l’évaluez pas, ne perdez pas votre énergie à imaginer des risques ou des erreurs. C’est trop tôt! Pour une fois, suspendez votre jugement! Et donnez-vous le temps de découvrir ce que cette idée recèle petit à petit, par découvertes successives. Et dès que votre idée se présente plus nettement à votre esprit, attrapez-la! Donnez-lui corps, en dessinant, en écrivant, en chantant, en la modelant, en la prototypant. N’attendez pas d’avoir une idée parfaite pour avancer. Satisfaites-vous d’un prototype brute (‘rough prototyping ‘), car, c’est ainsi que germent les idées.

stanford

Et une fois que l’idée a pris corps, alors, ensuite, oui, cherchez à la peaufiner. Mais, n’oubliez pas que la pensée créative est itérative, intuitive, heuristique ; elle fonctionne par apparitions soudaines, par bonds, par épiphanies.”

Bâtir de grands géants mondiaux procède d’abord d’un acte créatif

Paul-François Fournier, Directeur du pôle innovation de BPI France, cherche à bâtir les prochains leaders mondiaux de demain:

(de 5 minutes 40 secondes  à 6 minutes 10 secondes)

Il s’avère donc opportun d’évoquer comment certains des nouveaux géants mondiaux ont été crée. Ainsi, à titre, d’exemples:

  • Steve Jobs n’avait jamais l’intention de créer ce qui alllait devenir la plus grande entreprise au monde lorsque, avec Steve Wozniac, ils conçurent leur premier ordinateur.  Leur ambition, c’était de fabriquer des ordinateurs pour leurs amis, tout simplement.


(50 minutes 54 secondes à 51 minutes 07 secondes)

  • De même, Pierre Omidyar, le fondateur d’Ebay, n’a jamais eu l’intention de créer le plus grand site d’enchères en ligne. Il n’a pas eu recours à des Business Plan. Plutôt, une idée lui est apparue: pour se débarrasser de plusieurs objets dont il ne savait que faire, il a créé un site internet pour les vendre. Et, c’est ainsi qu’est apparu Ebay, d’après Dave Blakely, Directeur de la stratégie technologique chez IDEO. Puis, l’idée a fait son chemin.
  • En outre, Garrett Camp et Travis Kalanick, les fondateurs d’Uber, n’ont jamais eu l’intention de créer un nouveau service de transport automobile qui ferait concurrence aux traditionnels taxis. Ils n’ont pas eu recours à des études prospectives sur l’avenir de l’humanité d’ici 2050. En réalité, un soir, ils sortaient d’une boîte de nuit à Paris, et comme ils n’ont pas trouvé de taxi pour les conduire à l’hôtel, ils ont imaginé un service de taxi pour leurs prochains séjours parisiens. Et, c’est ainsi qu’est née Uber, selon Frédérique Dame, Product Manager chez Uber. Et de nouveau, l’idée a mûri pour devenir ce qu’elle est aujourd’hui.
  • Enfin, Google et Facebook ont été créé selon un processus similaire, un processus qui ressemble bien davantage à quelque chose d’improvisé et d’inattendu qu’à la mise en oeuvre d’un plan d’action précis et structuré.

En résumé, ce que la France de l’innovation peut apprendre de la Design School du Stanford, c’est:

  • de faire davantage confiance à notre créativité
  • d’être plus attentif aux idées qui adviennent
  • d’explorer où ces idées nous mènent
  • de donner corps aux idées le plus vite possible par le biais de prototypes bruts
  • d’approfondir ces idées afin de commencer à bâtir de futurs géants mondiaux

Voici donc un premier élément que la France de l’innovation peut apprendre du Design Thinking. Dans un prochain article, j’en évoquerai un deuxième: celui de la relation à autrui. Mais, dans l’immédiat, verriez-vous autre chose que nous pourrions apprendre du Design Thinking?

Crédit Photo: Flickr – Amira