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Innovation

#Prospective Quel impact l’innovation numérique peut-elle vraiment avoir sur l’économie ?

#Prospective : Quel impact l’innovation numérique peut-elle vraiment avoir sur l’économie ?
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Le 1er  décembre se déroulait la conférence “Les paradoxes de l’innovation” organisée par le magazine IDATE en partenariat avec le G9+plus. Pour l’occasion, chercheurs et professionnels s’étaient donné rendez-vous à la Maison des Arts et Métiers pour échanger et partager sur la place de l’innovation numérique en France et son impact sur l’économie.


L’accélération de l’économie numérique n’est pas nouvelle, cela fait bientôt 20 ans que nous sommes en continu impactés en tant que consommateur par les nouvelles technologies de la communication. Ce qui est beaucoup moins perçu par les consommateurs, c’est l’impact économique de cette révolution, souvent valorisée positivement dans les médias. Ce n’est que récemment que les chercheurs ont tempéré cette tendance en mettant l’accent sur son impact sur l’emploi dans les pays occidentaux.

Le numérique se développe mais la productivité ralentit

La productivité est-elle liée aux révolutions industrielles ? C’est sur cette question qu’est posé le débat. Pour les économistes comme Gilbert Cette, il s’agit d’un signal criant d’un problème de productivité lié à la révolution numérique, alors que le numérique se développe à grande vitesse, la productivité ralentit. La révolution numérique ne serait pas économiquement au même niveau à priori que les précédentes révolutions industrielles.

En cause ?  la Loi de Moore – qui veut que les performances des micro-processeurs doublent tous les deux ans – ralentirait depuis plusieurs années. Ce phénomène semblerait avoir ralenti la production informatique et l’arrivée proche de la singularité portée par l’intelligence artificielle.

Une chose est cependant certaine sur cette économie et l’impact de la Loi de Moore, c’est que d’ici dix ans, 40% des entreprises que nous connaissons n’existerons plus.

Plus loin que la Loi de Moore

La Loi de Moore serait l’un des principaux facteurs de ce ralentissement, en effet après des années d’accélération le cycle de la Loi de Moore ralenti et impacterait profondément l’évolution économique.  Ce ralentissement peut paraître faible et sans importance, mais en matière d’exponentielles, les petites différences comptent. Cela signifie que dans la prochaine décennie, en terme de puissance supplémentaire les processeurs ne fourniront que la moitié de ce qui été prévu.

Pour d’autres économistes comme Joël Mokyr, des gains technologiques sont encore à développer dans les industries, des décennies de mise en oeuvre technologique sont encore devant nous avec notamment les technologies CMOS qui font parties du cercle des technologies  “More than Moore”. A cela s’ajoute la probabilité que le nombre de chercheurs traitant le sujet des technologies de la communication explose et que des recherches aboutissent à des innovations toujours plus poussées permettant de reprendre le rythme d’accélération de l’innovation technologique.

Les limites des régulations

Au même titre, d’autres impacts plus conjoncturels viennent accentuer cette tendance. Il s‘agit des réformes numériques qui n’affectent pas les pays de la même manière. Pour Ramon Fernandez, directeur stratégie et finance du groupe Orange, il y a un décrochage important de l’Europe par rapport à l’Asie et les Etats-Unis sur l’écosystème numérique.

On consomme en Europe beaucoup plus de services numérique que l’on en produit – l’Europe consomme 20% de services numériques et n’en produit que 17% (Rapport L’Europe à la peine dans l’économie numérique d’Orange). Ce chiffre est un signal faible, d’autant plus que le décrochage s’amorce depuis les dernières années au détriment des acteurs européens.

Ce n’est pas seulement la régulation, ce sont aussi les politiques de protections des données, les politiques fiscales, etc. qui contribuent à construire des obstacles pour les entreprises IT. Contrairement aux autres continents, il n’y a pas de grands acteurs européens d’Internet, seuls les acteurs des télécoms ont réussi à bien défendre leurs position dans l’économie numérique.

A quoi ressemblera l’emploi demain ?

  • Transformation des métiers dans les organisations :

Selon Eric Labaye, président du centre de recherche de McKinsey Monde, sur dix ans ce sont plus de 700 000 emplois qui ont été créés, mais surtout 500 000 autres ont été détruits, soit un bilan tout à fait relatif de seulement 200 000 créations d’emplois.

Ce bilan plutôt faible s’explique en partie par les difficultés des organisations à faire bouger les lignes sur le numérique au niveau macro de leur pyramide ainsi qu’un niveau du management.

En effet, il y a un point critique de transformation dans les organisations qui est la capacité à redéployer les ressources humaines et à acquérir les futurs talents du numérique. Ces talents seront ceux qui assembleront les technologies, le savoir autour et la capacité à les organiser et les faire vivre

fuite-des-talents

La fuite des talents vers les GAFA -Executive are leaving CPG firm to Tech Giant – L2’s Insight Report

  • Mes collègues, robot et data scientists – la radicalisation des emplois :

Pour Charles Dehelly, COO d’Atos, plus l’évolution de l’économie numérique s’étendra, plus nous seront devant une radicalisation importante de l’emploi. A titre d’illustration, c’est la digitalisation des emplois qui favorisera la transformation des organisations. Par exemple, le service après-vente qui intégrera à moyen terme des solutions spécialisées en intelligence artificielle dans les métiers du SAV.

Ce n’est plus seulement la destruction des emplois, c’est par ailleurs la question de la re-localissation des ingénieurs, par exemple les futurs spécialistes en intelligence artificielle joueront un rôle central dans les réorganisations dans ces futurs centres exploitants de technologies d’intelligence artificiel. L’exemple de Charles Dehelly est la maintenance potentielle des outils de Machine Learning qui exploiteront à long terme de nombreuses ressources sur le terrain.

Le débat reste ouvert, un large courant d’économistes spécialistes du numérique comme Erik Brynjolfsson et Andrew McAfee affirmaient déjà  il y a quelques années que l’automatisation allait se répandre telle une traînée de poudre et allait majoritairement détruire de nombreux métiers plutôt que de favoriser la création.

emploisdedemainVers les emplois de demain ? – Source : Blog du modérateur

Ralentir l’innovation pour préserver des métiers et se concentrer sur l’innovation à court terme serait donc une erreur pour tous les chercheurs. N’oublions pas non plus que les prochaines années seront radicalement transformées par la robotisation des emplois, dans les pays les plus avancés comme au Japon c’est plus d’un quart des métiers qui pourrait disparaître au profit des robots d’ici 2035.

  • La place des startups :

Sur le sujet des startups, la France a encore du chemin à parcourir pour trouver ses licornes. Le seul représentant à plus d’1 milliard de valorisation en France est  BlaBlaCar, ce qui positionne à la cinquième place en Europe en matière de licornes, alors que le pays se positionne en seconde place en Europe sur le nombre de startup créées..

startups-geographieThe Global Startup Ecosystem – Etude sur les villes par Compass

La référence des études Compass dévoilait cet été le classement des villes les plus adaptées aux startups, Paris arrivait en 11ème position, sans vraiment évoluer depuis les dernières années.

Selon Emmanuel Macron, la réussite de l’écosystème startup et de ce vivier d’innovations passera principalement par les Venture Capitalist sur notre territoire, un point d’amélioration important en France. Le ministre de l’économie déplorait déjà ce manque criant du nombre d’investisseurs devant les membres de la FrenchTech en début d’année. Le rendez-vous est pris pour les prochaines années…

Vers trois modèles d’évolution : ubérisation, teslarisation et disruption

En synthèse, l’économie numérique bouleverse directement notre capacité économique mais les points soulevés durant les prochaines années ne seront certainement pas sur la destruction de l’emploi, mais plutôt la capacité à maintenir un rythme élevé d’innovation, notamment sur les principaux aspects évoqués précédemment : maintenir La loi de Moore, accélérer la transformation des organisations, définir un écosystème startup favorable aux investisseurs.

Des pistes de nouveaux modèles apparaissent tous les jours et trois formes de mutations de l’innovation commencent à prendre forme au fil du temps :

  • l’Uberisation – l’usage global des marketplaces et aux plateformes
  • la Teslarisation – l’arrivée d’un entrant avec la translation secteur d’activité
  • la Disruption –  l’usage d’une nouvelle technologie et le déploiement d’une nouvelle offre

Progressivement, le numérique devient ainsi le facteur différenciant dans les trois piliers de l’économie : production, consommation, emploi.

Article écrit par Nicolas Suchaud

Crédit photo : Shutterstock
  • Pabrantes

    Copie de la réponse publiée sur mon blog motiodigitalus.net/

    Le numérique peut-il être regardé au travers du prisme de la productivité au sens
    du 19ème siècle ? C’est plutôt dans ces termes que les questions
    auraient dû être abordées. Nous avons connu une révolution très technologique qui a créé des montagnes, maintenant ces technologies doivent créer des plaines et s’étendre à tous les secteurs. D’une croissance verticale, nous devons passer à une croissance horizontale. Puis nous irons, à n’en pas douter, vers une étape d’abstraction totale. Car la digitalisation apporte l’élimination des lois physiques.

    Le facteur le plus limitant de notre développement sera lié aux décisions
    politiques que nous allons prendre et à la remise en cause de certaines déjà
    prises. Souvent pour défendre un secteur ou un revenu des services fiscaux, on
    créé des ilots protectionnistes. Regardez cette position comme celle d’un
    industriel qui a le choix entre une évolution au détriment de ses revenus
    actuels, un risque de non réussite, ou la préservation de ses revenus qui sont
    en croissance (ou presque) actuellement. L’état doit gérer le même dilemme.

    Certes l’Europe a du retard sur le numérique. Ce constat, il a été fait il y à 15 ans.
    Pour autant, elle défend une politique volontariste et compte énormément sur
    les Calls envoyés en octobre 2015 pour combler ce retard et faire émerger de
    nouvelles solutions disruptives pour nous remettre dans la course. A cette
    occasion, c’est à vous de jouer pour faire des propositions.

    Tant que nous serons dans une posture de défense d’un secteur ou d’un acteur local, nous ne pourrons pas prendre de position dominante au niveau international. Y a–t-il des acteurs français qui prennent des positions fortes aujourd’hui ? Oui certainement. On pense à BLABLACAR, SIGFOX ou CRITEO. On constate une véritable appétence pour nos sociétés hors de France et d’Europe.

    Concernant l’emploi induit par le développement du numérique, j’ai écris sur ce sujet. Lire ma position ici :http://motiodigitalus.net/2015/12/20/digital-et-emploi-pourquoi-ce-ne-sera-pas-la-solution-universelle/

    Nous avons un véritable problème d’employabilité. N’en déplaise aux
    syndicats. La majorité des gens ne sont pas adaptés aux besoins du
    numérique. Oui le numérique va détruire des emplois, non pas que ce soit
    une volonté propre mais la résultante des conditions de travail des
    salariés. Moi [entreprise], je ne peux pas, dans les conditions
    actuelles, embaucher plus de personnel car cela serait sans fin et une
    solution digitale peut répondre à mon besoin avec plus d’efficacité avec
    moins de ressources financières.

    Cela ne date pas d’aujourd’hui, en 1997, je ne pouvais plus répondre
    au support téléphonique à partir du 25 du mois car il y avait trop
    d’appels, la mise en place de processus automatisé en ligne permettent
    de répondre à l’intégralité des questions sans augmentation des
    effectifs. Autre exemple. Concernant le paiement des prestations des
    enseignants pour le suivi du BAC. Les règlements commençaient en
    septembre et se terminaient en juin de l’année suivante. Aujourd’hui,
    nous sommes en mesure de payer ce qui doit l’être dés le lendemain d’une
    intervention et tout est clôturé au plus tard le 15 novembre de
    l’année. Cette solution digitale donne du temps aux collaborateurs pour
    prendre en charge les questions difficiles.

    Des exemples comme ceux-là, nous pourrions en aligner des milliers.

    Nous avons demandé une minoration des risques, des dangers, de la
    pénibilité et de la fatigue des salariés tout en accentuant la pression
    de la réponse, des résultats et de la livraison instantanée. C’est
    clairement incompatible avec des ressources trop faiblement évolutives.
    Nous avons laissé croire aux gens que l’on pouvait se contenter d’un
    travail « alimentaire » source de revenus et qu’ils pouvaient se reposer
    sur leurs lauriers. C’est une erreur fatale des politiques
    gouvernementales, des publicitaires et même de l’enseignement.

    L’innovation disruptive, l’arrivée de nouveaux entrants qui répondent
    à des besoins ne doit pas être vu négativement car si les acteurs en
    place n’ont pas souhaité prendre en charge ces demandes, c’est qu’ils
    avaient de bonnes raison (ou pas). En dehors de France Télécom[1]
    ou d’EDF, qui ont des positons dominantes issues de leur monopôle, pour
    les autres, il y a toujours plus de clients hors de leurs comptes.
    Enlevez le revenu des GAFA aux Etats-Unis et vous vous retrouvez avec un
    pays sans croissance.

    [1] Volontairement je cite son ancien nom car les pratiques au quotidien n’ont pas changées.