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#DeepTech Trop ou pas assez d’argent ?

#DeepTech : Trop ou pas assez d’argent ?

4/6 – De l’intelligence artificielle à la cybersécurité, les deep tech envahissent notre quotidien. Cédric Favier, venture investor chez Seventure Partners, analyse comment ce secteur se structure.

Le manque de moyens a toujours été une critique récurrente en Europe. Rapporté au PIB, le capital risque en Europe est quatre fois plus faible qu’aux États-Unis ou en Chine. Néanmoins la France, tout comme l’Europe, est en phase de rattrapage et les montants investis sont sans précédent. Ils ont été multipliés par trente à cinquante en vingt ans, et ils ont doublé sur les cinq dernières années. Si l’investissement a ralenti en 2016 dans le monde, les entreprises françaises ont atteint un nouveau record en passant le cap de 1,5 milliard de dollars de financement. On parle désormais de Paris comme de la deuxième capitale européenne du capital risque après Londres. L’intérêt des VCs étrangers n’a jamais été aussi élevé et les grands groupes se mettent également à investir significativement. Les business angels sont en plus grand nombre et de plus en plus professionnels. Nous pouvons encore faire mieux. En allouant une partie infime des fonds de pension européens, il serait possible de rattraper les États-Unis.

Néanmoins, toute la chaine de financement n’est pas équitablement alimentée car le “pre-seed” et le “later stage” connaissent un déficit important. L’écart est pire dans les deep tech pour des raisons structurelles : le risque technologique supplémentaire, les profils moins entrepreneuriaux des porteurs de projet et le besoin capitalistique plus important. Tout ceci devrait s’améliorer dans les prochaines années dans les deep tech avec le plan Junker européen et la troisième vague du PIA en France. Le financement public reste un moteur important des investissements dans le capital risque et cette dépendance pose clairement la question de la capacité d’autonomisation du marché. Cependant, n’oublions pas qu’aux États-Unis ce sont les fonds publics puis la Défense qui ont permis l’émergence du capital risque moderne. Les politiques en faveur d’une réindustrialisation de la France devront également mettre l’accent sur l’innovation comme l’Allemagne l’a déjà amorcé avec le concept d’industrie 4.0.

Piggy Bank and Businessman

Des projets pas encore suffisamment matures

Il faut rester toutefois lucide sur les risques d’injecter trop d’argent dans un écosystème qui n’est pas encore assez mature. Il faut être honnête, tous les projets de startups ne peuvent pas offrir un retour sur investissement aux VCs et il est donc indispensable de garder un processus très sélectif au sein des structures d’accompagnement et de financement. Les dispositifs de financement en capital risque doivent garder une rentabilité minimale pour rester pérennes. La rentabilité du capital risque en Europe est faible et positive seulement depuis quelques années. Il y encore d’importantes marges de progression en termes de rentabilité. Selon l’AFIC, elle atteint 2,6% par an en moyenne sur les dix dernières années en France et demeure donc inférieure à celle des actifs du CAC 40 (4%), de l’immobilier (6%) ou encore du capital développement (10%). De plus, ne nous leurrons pas : le secteur des deep tech restera une machine à centaures (sociétés avec des valorisations de quelque centaines de millions) et seules quelques licornes émergeront.

Sagittarius zodiac sign in a mosaic style

Il y a un vrai problème d’allocation des ressources dans les deep tech. En Europe, les gouvernements octroient plus de 100 milliards d’euros de subvention de R&D par an. Ces sommes sont censées soutenir la recherche appliquée au sein de consortiums réunissant des partenaires académiques et privés pour développer des nouveaux produits ou des services innovants. Le problème est que le plus souvent ce ne sont pas les startups qui bénéficient de ces dispositifs mais des organisations bien établies qui maîtrisent l’art de les attirer. On parle souvent de subvention déguisée et la plupart de ces projets n’aboutissent pas à des succès commerciaux. Il est donc nécessaire de repenser ces instruments afin d’identifier et de favoriser leur allocation auprès des startups prometteuses. Je ne vais pas rentrer dans le débat de la fiscalité car les pigeons se mobilisent actuellement en France pour interpeller le nouveau président de la République. Mais il serait bon de pouvoir mettre en place une fiscalité transparente, prévisible et stable.

Des fonds de plus en plus spécialisés

Si la Banque Européenne d’Investissement (BEI) et la BPI prévoient d’injecter beaucoup d’argent dans les deep tech en fonds de fonds, les fonds d’investissement ont déjà anticipé cette évolution. En France, de nouveaux fonds spécialisés ont fait leur apparition, par exemple en aéronautique (Startburst), en big data/IA (Serena Data Venture), en robotique (360 Capital/Robolution) ou sur des périmètres académiques spécifiques (CEA/Supernova, Paris-Saclay et Quadrivium). Toutefois, le profil des équipes d’investissement est très similaire au secteur digital et peu d’investisseurs disposent d’une expertise deep tech et encore moins d’une expérience entrepreneuriale. Il est indispensable de bien comprendre le contexte de ce type de venture et d’avoir cumulé une expérience opérationnelle pour accompagner les fondateurs car les deep tech restent un exercice difficile.

Les fonds doivent également être structurés spécifiquement et notamment en taille de ticket et d’aptitude au “capital patient”. Enfin, au-delà de la spécialisation thématique, très peu de fonds ont réussi à créer une véritable communauté et un modèle de plateforme qui permettent d’apporter de la valeur concrète aux entrepreneurs. Pour les prochaines générations de fonds, il serait intéressant de s’inspirer des modèles à succès en Amérique du Nord tels que Frost Data Capital, McRock Capital ou The Hive.

Retrouvez cet article sur la page LinkedIn de Cédric Favier où il a été initialement publié

Mots clés : capital risque, deep tech