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#Tribune Dis-moi quelle appli tu utilises, je te dirai ce que tu manges

#Tribune : Dis-moi quelle appli tu utilises, je te dirai ce que tu manges

Faut-il forcément être connecté pour se soigner ? Dans quelle mesure peut-on faire confiance aux différentes applis et solutions intelligentes qui sont censées nous aider à être en meilleure santé ? Amel Omari, diététicienne et responsable communication Nutrition et Santé chez Coca-Cola rappelle que les technologies ne doivent être que des soutiens à l’humain, pas des guides spirituels ou médicaux.

Ceci n’est pas un hasard“, c’est par ces mots que l’intelligence artificielle du système de rencontres, aperçu dans la saison 4 de Black Mirror, répond systématiquement à ses utilisateurs pour leur expliquer le choix du partenaire du jour. Construit à partir d’un algorithme calculant le degré d’affinités de ses utilisateurs, ce type de système tend à se répandre dans les domaines aussi divers que la santé ou les RH. Certaines applications comme Lifesum définissent votre régime alimentaire en fonction de vos besoins physiologiques, certaines solutions RH permettent aux entreprises de faire correspondre les compétences requises pour un poste avec le profil data d’un candidat.

Et si je vous disais que j’ai matché avec Coca-Cola mais que mon appli santé me déconseille d’en boire une canette ? Quel paradoxe ! Devons-nous mettre de côté notre libre arbitre pour être en meilleure santé ? De nombreuses applications de coaching nutrition ou bien-être foisonnent sur la toile, elles confirment à mon sens l’avantage majeur des technologies comme l’IA sur la santé : proposer une approche sur-mesure pour ses utilisateurs grâce à une compréhension fine des données. Cette approche de personnalisation permet notamment au centre de recherche de développement de Coca-Cola d’Anderlecht d’adapter l’expérience du goût des 2 milliards de consommateurs dans le monde en fonction des diversités culturelles.

Sophia, diététicienne artificielle

Vous connaissez sans doute Sophia, l’humanoïde sorti des cerveaux des ingénieurs de Hanson Robotics, star incontestée du dernier CES de Las Vegas, ayant répondu à un journaliste de la CNBC la questionnant sur la menace que représenterait l’IA pour les humains qu’il avait “trop lu Elon Musk” ? Dans un avenir plus ou moins proche, nous pourrions très vraisemblablement croiser l’IA “Sophia la nutritionniste“. Je m’appelle Sophia, je suis diététicienne et je te demande de reposer cette canette ! Capable d’analyser vos données personnelles pour vous proposer un régime personnalisé, à la demande.

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Sophia

Imaginez, 12 semaines avant votre IronMan, Sophia pourrait vous proposer un programme d’entraînement, assorti d’un régime nutritionnel. Lors de la compétition, elle serait sur place, adaptant la dose de sucre de votre boisson d’effort en temps réel en fonction de vos dépenses énergétiques. Performant, en bonne santé, heureux d’être arrivé au bout de votre IronMan, vous seriez à n’en pas douter reconnaissant envers Sophia. Pas vrai ? Choisis la pilule bleue, je te dirai si tu es en bonne santé.

Des médicaments connectés

Le 13 novembre dernier, l’Agence américaine des médicaments a approuvé le lancement sur le marché de l’Abilify MyCite, une pilule connectée destinée aux personnes touchées de schizophrénie ou de troubles bipolaires. Comment cela fonctionne ? Munie d’un micro-capteur, la pilule transmet les informations physiologiques à un patch fixé sur le corps du patient, directement connecté à une application mobile. Une fois les informations collectées, le patient peut transmettre ses données à un professionnel qui contrôlera le suivi de l’automédication.

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Est-ce une avancée ? Oui, dans le mesure où ce procédé peut s’appliquer à la grande majorité des pathologies nécessitant des traitements lourds, comme le diabète. Nous pouvons également imaginer des pilules “connectées” qui nous aideraient à mieux nous alimenter, nous comporter en situation de stress, etc. Évidemment, même si les limites sont nombreuses comme celle de la propriété intellectuelle des données, les technologies capables de numériser nos données physiologiques peuvent nous permettre de mieux nous connaître, de nous guider pour prendre de meilleures décisions et entretenir notre santé tout au long de notre vie. La rébellion face aux algorithmes préconçus ?

Pills on a white background

Le libre arbitre, meilleure techno médicale ?

Mais revenons à l’épisode de Black Mirror (garanti avec spoiler, si vous voulez lire la suite : allez voir l’épisode et revenez). À la fin de l’épisode, les deux protagonistes utilisant le système de rencontre fixant une date d’expiration à chaque relation, veulent, tout naturellement, outrepasser l’expiration “technique” et tentent de s’enfuir du monde fermé dans lequel ils évoluent. Alors qu’ils escaladent le mur les séparant d’un autre monde, tout s’évapore dans une poudre de pixels. Ils étaient en réalité dans une simulation informatique testant différents scénarios de vie pour un même couple. Plus un couple se rebelle, plus il tente d’échapper au système, plus son taux d’affinités est haut. Original et plein de sens, vous ne trouvez pas ?

Ne pas se laisser coincer dans les mailles du filet des applications, des coaches virtuels, des médias et du marketing est essentiel. Entretenons notre sens critique avant de prendre des décisions trop hâtives, concentrons-nous sur ce qui compte vraiment pour être plus heureux, en meilleure santé, de façon pérenne. Je suis convaincue de l’apport des technologies et plus globalement de l’innovation sur notre santé, à condition qu’elles restent au service de l’humain, qu’elles lui ouvrent les portes d’un certain mieux vivre. Qu’elles lui laissent toujours le choix.

Mots clés : medtech