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[Témoignage] Ce que la France de l’innovation peut apprendre de la Silicon Valley

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[Témoignage] Ce que la France de l’innovation peut apprendre de la Silicon Valley

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Par Guillaume Villon de Benveniste - 22 octobre 2013 / 00H00 - mis à jour le 22 mars 2018

Voici une question qui m’a été posée lorsque, à l’occasion d’une conférence organisée par Arthur de Conihout, Jack Voileau et The Family, j’ai croisé Jean-Yves Bruna, Directeur du Développement Stratégique de Sopra Group Services Financiers. Alors, j’ai pensé à mon récent voyage dans la Silicon Valley et voici la première idée m’est venue.[hr]

J’ai constaté une réelle différence dans la vitalité du capital investissement entre la Silicon Valley et la France.

Dans son rapport sur la compétitivité Louis Gallois indique que la collecte de capital investissement s’établit à 6,4 milliards d’euros pour l’année 2011 en France. Or, en 2012, New Enterprise Associates, un fond investissement américain a levé, à lui seul, plus de 2,6 milliards de dollars, selon Evelyn Rusli, reporter au NYTimes. Donc, ce qui étonne d’emblée, c’est le fait qu’un seul fond d’investissement américain puisse lever à peu près un tiers de la totalité des fonds collectés par tous les fonds français. De là, une capacité d’investissement qui est sans commune mesure avec ce qu’on trouve en France. Mais, « cela n’a pas grande importance » m’a répondu Vivek Wadwah, un entrepreneur et universitaire indien-américain. Il a ajouté que le capital investissement a perdu en importance parce que les besoins en CAPEX des startups ont considérablement diminué (voir infographie) ces dernières années, notamment grâce aux technologies du Cloud. C’est vrai. Mais, il n’y a pas que le CAPEX ; il y a aussi l’OPEX. Et cela a des implications extrêmement concrètes. Voici un exemple.

L’exemple de Piazza

En effet, parmi les nombreuses startups que j’ai pu rencontrer, j’en ai rencontré une, Piazza, qui est en train de développer un logiciel collaboratif à destination des étudiants des universités américaines.

Piazza

Le logiciel est très simple d’utilisation et il me paraît être relativement bien conçu. Mais, ce qui m’a étonné le plus, ce n’est pas tellement le produit mais plutôt les finances. En effet, d’après le Directeur Général, les investisseurs ont souhaité que Piazza concentre ses efforts sur la conception, l’amélioration, et la diffusion du logiciel auprès de son public cible, sans se soucier de la génération de revenus ; et d’ailleurs, sans même se soucier non plus de l’élaboration d’un modèle économique ( !) Autrement dit, pendant deux ans, le fonds d’investissement de Piazza a payé les salaires de ses employés, sans que cette entreprise ne génère le moindre revenu.

Je vais être très clair : je n’ai jamais vu chose pareille en France. Pourtant, j’ai travaillé dans plusieurs startups et j’ai rencontré de nombreux investisseurs. Mais, je n’ai jamais entendu parler, dans aucune réunion, dans aucune conversation, dans une aucune discussion, à aucun moment, d’un investisseur qui serait prêt à payer les salaires de 10 employés pendant deux ans sans que ceux-ci n’élaborent de modèle économique. Jamais. D’ailleurs, Philippe Colliat, un Directeur Général dans l’e-commerce et le web, qui était avec moi chez Piazza, partageait ma surprise. Moi, ce que j’entends, lorsque je rencontre des investisseurs en France, c’est plutôt des investisseurs qui seraient prêts à investir à condition que l’entreprise ait déjà développé son produit, ait déjà acquis quelques grands comptes, ait déjà atteint l’équilibre. Au début, je me suis dit que cette différence devait provenir d’une différence culturelle : l’investisseur français serait davantage averse au risque que son homologue américain. Cela est peut-être vrai.

L’investisseur américain a beaucoup plus de capitaux à investir que l’investisseur français

Mais il y a une autre différence notable : l’investisseur américain a beaucoup plus de capitaux à investir que l’investisseur français. L’investisseur est donc prêt à investir dans une entreprise sans que celle-ci ne génère de revenus pendant deux ans. Conséquence ? Le temps passant, des entreprises comme Piazza finissent par acquérir une réelle base d’utilisateurs, parfois plusieurs dizaines de millions. Ils développent une réelle connaissance de leurs clients et comprennent l’usage que leurs clients font de leurs produits. Celui-ci est donc amélioré en conséquence, c’est-à-dire en fonction de l’usage réelle que les clients font de leurs produits. Et, le temps passant, l’entreprise qui mettait son produit à disposition gratuitement, commence à faire payer l’accès à certaines fonctionnalités plus avancées. Et voici qu’une entreprise qui ne générait pas de revenus commence à générer un revenu certes très modeste si l’on regarde le revenu par utilisateur, mais qu’il l’est moins lorsque ce revenu par utilisateur est multiplié par la base d’utilisateurs qui se compte déjà en plusieurs millions.

Et c’est ainsi que l’entreprise conçoit un modèle d’affaires « scalable »

Autrement dit, l’anxiété des dirigeants pressurisés par des investisseurs ne les amène pas à concevoir de grands « Business Plan » avec des projections de revenus sur 5 ans ; il n’y a pas ce stress à vouloir dégager du profit tout de suite. Il n’y a pas non plus, pour corollaire, cette arrogance qui consiste à vouloir prédire l’avenir alors que l’entreprise évolue sur un nouveau marché et que les mouvements de la concurrence demeurent encore illisibles. Au contraire, j’ai trouvé chez les dirigeants des startups de la Silicon Valley une réelle humilité : celle qui consiste à penser qu’un « Business Plan » doit servir avant tout à apprendre  : apprendre à connaître son marché, apprendre à connaître les besoins de ses clients, apprendre à anticiper la demande du marché plutôt qu’à prédire les revenus futurs comme une voyante avec sa boule de cristal.

Le résultat ? Aujourd’hui, la Silicon Valley compte plus de 50 entreprises pré-offre publique initiale valorisées à plus d’un milliard de dollars, d’après Vincent Worms, le Managing Director de Partech International, une société de capital risque basée en Californie et en Europe. Je répète : la Silicon Valley compte 50 entreprises différentes pré-offre publique initiale valorisées chacune à plus d’un milliard de dollars. Et ce sont ces entreprises là qui seront les Microsoft, Apple, Amazon, Google, Facebook, Salesforce, LinkedIn et Twitter de demain ; ce sont ces entreprises-là qui seront pourvoyeurs d’emplois et de croissance.

Vous m’objecterez que nous avons également en France nos startups championnes, telles que Dailymotion et Deezer, par exemple. Et j’accepte cette objection. Mais, si l’on regarde la tendance générale, on prend conscience que les ordres de grandeur demeurent incomparables.

L'innovation un enjeu pour la France - Pierre Tambourin et Jean-Luc Beylat

Sources  : Jean-Pierre Beylat, Pierre Tambourin, L’innovation, un enjeu majeur pour la France, page 49

Ce graphe montre qu’il y a un multiple significatif (entre 14 et « plus l’infini » selon l’année de création) si l’on compare le nombre d’entreprises françaises et américaines qui atteignent 100 millions d’euros de R&D.

A l’évidence, la France a su créer des géants mondiaux à la libération. Aujourd’hui, l’économie française place le plus grand nombre d’entreprises dans le Fortune 500 devant ses concurrents européens, tels que l’Allemagne, le Royaume-Unis, l’Italie et l’Espagne. Mais, paradoxalement, la France ne sait pas du tout transformer ses startups en de grands géants mondiaux. A l’inverse, les Etats-Unis, emmenés par le dynamisme de la Silicon Valley, y excellent.

Et ce savoir-faire américain est, pour partie, fonction :

  • de la vitalité du capital-risque
  • du temps que les investisseurs et les Startups se donnent pour peaufiner leurs innovations
  • du temps que les investisseurs et les Startups se donnent pour trouver leurs modèles économiques
  • du temps que les investisseurs et les Startups se donnent pour comprendre les attentes de leurs clients
  • de la rapidité avec laquelle un modèle économique « scalable » parvient à générer des revenus conséquents
  • de la capacité de la Silicon Valley à produire des Startups innovantes et profitables en grand nombre
  • de la capacité de la Silicon Valley à produire à produire les géants mondiaux de demain

Voici donc la première idée qui m’est venue lorsque Jean-Yves Bruna m’a demandé ce que la France de l’innovation pouvait apprendre de la Silicon Valley. Et d’autres idées me sont venues encore… et celles-ci feront l’objet de prochaines tribunes.

Crédits Photo : Flickr

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Guillaume Villon de Benveniste

22 octobre 2013 / 00H00
mis à jour le 22 mars 2018
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