Outils et conseils
6 mars 2014
startup-grand-groupe

[Interview] Du grand compte à la startup, retour sur le parcours de l’ancien DG de Darty

Fondée par l’ancien DG de Darty et de Danone, Michel Repiso, Planet World est une jeune société qui veut identifier les motivations d’achats des visiteurs d’un site e-commerce ou d’un blog. Après près de trente années de carrière dans les grands comptes en tant que directeur général, le fondateur revient aujourd’hui pour Maddyness sur les raisons et les motivations de son passage vers une startup.[hr] 

Pourquoi choisir de créer une startup plutôt que continuer dans un grand compte ?

Après plus de 30 ans passés dans le monde du commerce, j’ai pensé avoir compris les principes de base de la relation qui se créé entre un consommateur et un produit ou un service qu’il souhaite acheter.

J’ai ainsi imaginé pouvoir utiliser la puissance des nouvelles technologies pour optimiser cette relation commerciale, qu’elle soit issue du monde classique des magasins ou du monde internet

En outre, la création d’une startup comporte le côté exaltant de la création du démarrage du concept à la mise en œuvre du produit final : être à l’origine du concept jusqu’à la mise en place du produit chez les clients comporte des étapes d’une richesse exceptionnelle.

Quels sont les changements les plus flagrants que vous percevez ?

Ces changements sont naturellement très nombreux et cela dans des domaines de natures très diverses :

  1. Tout d’abord, un effet de taille qui se traduit par des comportements très variés. Quand vous êtes un responsable important dans une grande entreprise, vous êtes respecté par tous les acteurs de votre environnement et vous rencontrez des partenaires disponibles, attentifs, volontaires, entreprenants, voire « serviles ». Quand vous êtes l’entrepreneur indépendant qui a créé sa startup, le plus souvent les comportements des mêmes partenaires sont à l’opposé : ne bénéficiant pas de ce rapport hiérarchique en votre faveur, vous avez naturellement plus de mal à contacter les personnes, qui sont généralement indisponibles, et/ou moins attentives, vous observe avec distance, voire même parfois une certaine méfiance!
  2. Deuxièmement un effet de rythme. Contrairement à un grand groupe, dans une startup tout va très vite. Par conséquent vous avez souvent l’impression de  vous heurter à des prospects très traditionnels, voire figés dans leur routine, de vous heurter à un phénomène d’inertie alors que vous êtes en attente de réactivité, de rapidité d’exécution et d’une concentration sur l’essentiel et non sur les détails et les éléments périphériques.  En fait le temps, et la rapidité d’exécution ne sont pas perçus de façon identique suivant la place que vous occupez : grande entreprise ou startup…!

Les « pour » et les « contre » ?

[quote]Les « pour »:[/quote]

La startup vous permet un accomplissement total puisque vous êtes « responsable » de l’ensemble du process, tout au long du parcours de la naissance à l’accomplissement que cela débouche sur  une réussite ou pas.

On peut résumer ceci en disant que « pour tout ce qui va bien vous allez vous en en sentir légitimement à l’origine, mais  à l’inverse tout ce qui ne marche pas relève aussi de votre responsabilité »

C’est donc un rendez-vous avec vous-même ! On peut également symboliser tout ceci en disant que la création d’une startup relève d’une relation entre père et fils : c’est votre « bébé »

Enfin, le travail dans une startup se fait dans des conditions totales de liberté d’action, ce qui procure une grande satisfaction à l’équipe au travail.

[quote]Les « contre »[/quote]

Le travail se fait souvent dans la solitude : risque d’erreur, et donc d’échec.

La route est  toujours longue entre les étapes de création et les premières épreuves de réalisation. On est donc dans une espèce de tunnel dont on ne connait ni le point de sortie, ni le temps qu’il va falloir pour le parcourir

Vous devez mobiliser des moyens plus ou moins importants en terme de finance  et de personnel pour lancer l’affaire : si cela se révèle un succès cela est parfait mais si cela se révèle un échec…attendez-vous à en porter le poids souvent tout seul !! 

Comment percevez-vous la situation d’entrepreneur ? Et son rapport avec les grands groupes ?

Cette situation est le plus souvent dépendante de l’environnement et de l’état d’esprit existants dans chaque pays….

En France, malgré des initiatives de plus en plus nombreuses, il faut admettre qu’il y a encore des efforts à faire pour valoriser et aider le contexte de travail des entrepreneurs ! En particulier le règlement administratif et fiscal ainsi que les organismes financiers vous « dévore »…demande beaucoup d’énergie qu’on aimerait allouer à des initiatives plus concrètes et business!

Les rapports avec les grands groupes sont très liés à l’inertie dont on a parlé en début d’interview. Pour contrer cela et avancer vite, 3 points sont essentiels :

  • Rentrer en  contact avec les décideurs. Cela nécessite un bon réseau
  • Trouver le bon angle d’attaque qui provoque le fameux effet « Waouh ». Aujourd’hui on va par exemple  accentuer le côté Big Data et Data Mining chez un acteur comme Carrefour et mettre plus en avant le retargeting affinitaire pour une bijouterie de luxe dont le product retargeting n’est pas très pertinent en raison d’une image de marque à préserver.
  • Rester ferme sur ses assises. En particulier dans le monde de la distribution Il est facile d’être ballotté d’un groupe à l’autre: personne ne veut être le premier à faire la démarche innovante, mais personne n’acceptera d’être le dernier…. et les délais s’allongent indéfiniment !

Quels conseils pour des entrepreneurs qui souhaiteraient travailler avec de grandes entreprises ?

Sur le plan de la formation, il est le plus souvent utile d’avoir fait son parcours initiatique ailleurs… dans un pays anglo-saxon par exemple, pour bénéficier d’un crédit et d’une légitimité qu’il est le plus souvent difficile d’acquérir en France.

Par ailleurs, pouvoir bénéficier d’un réseau est souvent un point déterminant

Ce réseau peut provenir également :

  • De son réseau personnel (si on a fait précédemment un parcours professionnel significatif),
  • Du réseau de ses amis ou de ses actionnaires
  • Du réseau que peut apporter un partenaire actionnaire ou pas…

Enfin vous aurez besoin de temps et d’une grande volonté, pour démontrer l’efficacité des solutions que vous apportez.

Crédit photo : Shutterstock