Portfolio#retail
23 février 2015
Trackin

L’histoire de Trackin, la startup française qui vient d’intégrer Y Combinator

Intégrer Y Combinator, le plus gros accélérateur du monde entier, est une étape importante dans la vie d’une startup. Certaines jeunes pousses françaises ont réussi ce pari, à l’instar d’Algolia ou Front. Aujourd’hui, c’est le CEO de Trackin, Bruno Didier, qui revient sur cette aventure, à travers un témoignage très personnel et enrichissant pour les futures candidats.


À quel moment ont été pris les premiers contacts avec YC ?

Les premiers contacts ont été pris fin août. A la base, je pensais repartir dans la Silicon Valley durant l’été pour renouer les contacts avec les incubateurs et investisseurs. Je visais au mieux un 500 startups début 2015 mais je ne pensais pas pouvoir intégrer YC, surtout en tant que « solo founder ». Et puis un jour, une personne a annoncé sur un groupe Facebook, que Michael Seibel venait à Lyon pour rencontrer des startups. J’ai donc fait une recherche et compris qui était cette personne. L’Amérique venait à moi, du coup j’en ai profité pour foncer.

Après quelques échanges par email pour fixer une date de rencontre, je n’ai malheureusement pas pu me rendre à la soirée lyonnaise organisée par Michael, étant à Londres pour y étudier le marché. Un jour avant de quitter Londres, je reçois un email de sa part me disant que nous pourrions diner le soir même car il repartait le lendemain. J’ai alors tout quitté précipitamment et passé la journée dans les trains pour rentrer sur Lyon (après avoir durement bataillé pour passer la frontière Londonienne sans passeport ni carte d’identité!).

Lors de mon arrivée au restaurant, il était en train de « s’engueuler » avec la serveuse, et en me regardant, cette dernière me glisse : « je suis vraiment désolé ». Michael avait en sa possession deux bouteilles de vins à 500 euros pièce, sa femme, sa belle-soeur et moi étions coincés dehors car le manager n’acceptait pas que nous les buvions à table. Je pensais que la fin était déjà proche.

Sur le coup je n’ai pas forcément bien digéré la situation, mais je réussi à discuter avec la manager et l’ai convaincue de nous laisser dîner dans son restaurant. Aujourd’hui je me rends compte que c’était la situation idéale pour prouver que je pouvais trouver des solutions aux problèmes qui se présentent, même si bien sûr, cela n’a rien à voir avec la gestion d’une entreprise.

Une heure et demi et quelques verres plus tard, Michael me conseille de postuler chez YC, même en tant que solo founder. Cela serait certainement très dur mais si le développement de Trackin en France continuait de s’accélérer, il pourrait même revoir mon « application » en ligne et me donner son avis. Ce qu’il fit! Deux mois et demi plus tard je recevais un email m’invitant à venir en Californie.

Quelle a été la date officielle d’intégration ?

La date d’intégration était le 18 novembre pour Trackin. Du jour au lendemain, j’ai du quitter mon appartement, me débarrasser de mes meubles et des contrats, penser à comment la France pourrait être gérée, préparer l’équipe, accélérer l’adaptation du produit au marché américain et trouver des personnes pour venir avec moi sur place. Le démarrage officiel du programme s’est fait début janvier.

Trackin

Comment s’est déroulé le processus pour Trackin ?

Après avoir été sélectionné en ligne, YC veut te rencontrer en personne. Quelques heures après ton passage, tu reçois un coup de téléphone au cours de la soirée, indiquant si tu es pris. Dans le cas où ta candidature est refusée, tu reçois un email.

[quote]Pour bien me préparer, j’ai rencontré 3 jours avant mon interview, des YC Alumnis qui ont eu la gentillesse de me donner un peu de leur temps. J’ai aussi été bien aidé par des personnes en France qui m’ont challengé à propos des questions que YC pourrait me poser.[/quote]

Le jour de l’interview, une dizaine de salles et les deux bâtiments de YC étaient réservés par les YC Partners pour rencontrer les startups une par une pendant 10 minutes. Pour eux, le processus des interviews dure toute la journée et du jeudi au dimanche inclus. Personne n’a une minute de plus, tout le monde te dit que ça va très vite :il faut être très bon et maitriser ton sujet.

J’avais cru avoir tout préparer à l’avance, y compris ma démo en mode ultra rapide. Lors de mon arrivée dans la salle, j’étais entre autre avec Sam Altman et Jessica Livingston, je n’ai pas eu à faire de démo, ou encore défendre mon statut de solo founder, et au bout de 8 min, j’étais remercié…

[quote]La personne à l’extérieur s’occupant du chrono m’a regardé avec des yeux qui exprimaient : « mais pourquoi sors-tu aussi tôt? »[/quote]

Je pensais avoir raté l’interview au vue de son visage. Au final, le soir à 19h pile, après une après-midi haute en tension, Jessica m’appela pour m’annoncer que j’étais pris chez YC. Kick-off 2 jours plus tard à YC, rencontre avec tous les autres founders (plus de 200), et speech de Sam sur le fonctionnement interne de YC et ce qui est attendu de nous.

Ils nous annoncent que le commencement, c’est maintenant! J’ai eu l’occasion de découvrir que Trackin était alors la seule boîte française du batch. On se sent alors tout petit, voir un peu imposteur, et puis on réalise rapidement que tous les gens qui nous entourent sont dans le même cas. Sur place Michael m’explique qu’il a raconté notre soirée à Lyon et l’anecdote du restaurant à tous ses amis!

Mi-décembre, après quelques péripéties avec mon passeport, la frustration de pas pouvoir déjà profiter de YC comme les startups locales, et avoir fait un visa, je partais aux USA avec mon équipe, le couteau entre les dents, à la recherche d’un endroit où l’on vit, travaille et dort ensemble (dans des chambres séparées!) encore aujourd’hui.

Trackin

Quels sont les éléments de Trackin qui ont séduit YC ?

[quote]Clairement, la première chose qui est jugé par YC c’est le(s) founders. L’un de mes interviewers m’a expliqué que quand il m’a vu arrivé il s’est dit : « Oh non, pas encore une delivery company » et qu’ensuite au bout de deux minutes il s’était dit: « Yes! »[/quote]

Donc il faut nécessairement une confiance en soi, dans son produit et avoir des raisons crédibles de faire ce qu’on fait et savoir pourquoi on le fait de cette manière. Notre approche « white-label », afin de fournir la technologie à n’importe quel entreprise/restaurant, prenant à contre-pied tout ce qui se fait aujourd’hui, y compris sur le marché américain, a été aussi un énorme facteur de séduction.

Demain gràce à Trackin, il est possible de démarrer un service de livraison, un service on-demand, un resto-in, sans le moindre effort, sans connaissance et n’importe où dans le monde. Notre technologie s’occupe de tout pour toi de la commande en ligne, logistique, relation client à la promotion. Notre croissance rapide, passant de 500 à 5000 livraisons en 4 mois ainsi que la taille de notre marché et notre possibilité d’expansion rapide sont de vrais atouts.

Enfin, le fait qu’en tant que founder je sois capable de vendre le produit, d’avoir passé un an à parler à mes users dans plusieurs pays, d’avoir développé moi-même la solution et avoir une expérience passé dans le marché de la food industry/delivery à San Francisco a validé ma légitimité.

Pour terminer, j’ai aussi été recommandé par des YC alumni et probablement par Michael, et ça aide aussi énormément

Quels conseils pourrais-tu donner pour les startups qui souhaitent postuler ?

YC cherche des « hackers ». Il faut prouver que vous êtes débrouillards et trouvez des solutions intelligentes et originales à vos problèmes sans attendre. Il faut forcément une personne douée dans les technologies dans l’équipe. Il faut bien connaître son marché et savoir présenter rapidement ce qu’on fait et pourquoi on le fait. Ensuite il faut savoir montrer ce qui fait que vous êtes la bonne personne et ce qui fait que vous allez réussir.

Mais le plus important c’est : « Make something people want ». Pouvoir prouver que vous allez dans une direction, car vous parlez régulièrement à vos users, que vous les comprenez, c’est essentiel. Enfin avoir une taille de marché gigantesque, car YC n’accepte que les potentielles « billion dollars companies ». Il faut être capable de penser conquête du monde en peu de temps (et non pas d’un seul pays) et prouver que le problème que vous résolvez est mondial.

[quote]Pour conclure, le meilleur moyen de rentrer chez YC, c’est de lire leur site, et de faire ce qu’ils disent…il n’y a pas de secret dans leur discours, suivez leurs conseils, et les choses deviennent simples. Soyez des gens honnêtes avec vous-mêmes et les autres, à l’écoute, et croyez en vous et votre projet, même si en face vous avez des gens puissants de la Silicon Valley, ils sont pour la plupart restés extrêmement simples, et ça fait du bien.[/quote]

[quote]A relire : Intégrer Y Combinator, le témoignage de Nicolas Dessaigne, CEO d’Algolia[/quote]