Décryptage#assurtech
21 décembre 2015

Un élan qui se structure aux USA mais aussi en Europe

Vous avez dit « Insurtech » ? La transformation digitale du secteur de l’assurance ne concerne pas uniquement les compagnies déjà établies qui ne cessent depuis quelques mois d’annoncer des initiatives dans ce sens. Elle intègre aussi la création de multiples startups qui tentent de faire évoluer le business model traditionnel de l’assurance.


Longtemps considérées comme un sous-ensemble des Fintech, le nombre croissant des startups qui s’attaquent à l’assurance et leur spécificité ont donné naissance à un nouveau secteur qui depuis mars 2015, qui a reçu son appellation officielle et déposée à l’INPI par le pôle Finance Innovation : « l’Insurtech ou Assurtech ». On pourrait définir l’Insurtech comme l’ensemble des startups qui s’appuient sur de nouvelles technologies et/ou de nouveaux usages pour faire évoluer radicalement le business model de l’assurance.

Le marché en jeu n’est pas négligeable dans la mesure où sa taille en Europe est de 1 119 milliards d’euros soit 35% du marché mondial, en première place devant le continent nord-américain (30%). Concernant les levées de fonds, on peut estimer que l’insurtech représente 6% de celles des Fintech qui se sont élevées à 12 milliards de dollars dans le monde en 2014. La part des Etats-Unis dans ce montant est de 80% et celle de l’Europe de 15% (source : Accenture et CB Insights).

Des dynamiques « disruptives » multiples

Plusieurs dynamiques disruptives sont à l’origine de ce phénomène. Internet et la révolution digitale qui ont transformé les modes de distribution et de relation clients. Le Big Data bouleverse les techniques d’estimation du risque qui sont au cœur du métier de l’assureur. La digitalisation et la connexion via des objets connectés des « matières assurables » comme l’automobile, la maison et la santé. L’économie collaborative qui nécessite d’assurer l’usage en plus de la propriété des objets. L’évolution des moyens et modalités de paiement (bitcoins et blockchains) quant à eux nécessitent la création de nouvelles formes d’assurance.

Petits et grands

Le profil type de l’Insurtech est une société américaine, créée en 2013 et de très petite taille (1 à 10 salariés). Cependant toutes les grandes compagnies d’assurance ont en tête les succès retentissants d’Uber et d’Airbnb et sont conscientes qu’une startup peut très rapidement devenir un concurrent redoutable et/ou un acteur incontournable du marché. C’est la raison pour laquelle les plus dynamiques comme AXA et Allianz mais aussi AVIVA, Covéa, la MAIF et Natixis opèrent non seulement une veille intense, via des labs, mais ont déployé des initiatives de Corporate Finance en créant des incubateurs et des accélérateurs. Des instances de promotion, de représentation, de labellisation et d’accompagnement se sont développées aussi comme Innovate Finance et le Start up BootCamp à Londres, le Pôle France Finance Innovation, France Fintech et le Fintech Accelerator de l’Atelier BNP Paribas à Paris. Les grands cabinets de conseil comme Accenture et Deloitte accompagnent aussi ce mouvement.

Une grande diversité

Plusieurs sociétés comme Venturescanner ou CB Insights ont tenté de recenser les startups de l’Insurtech et leurs analyses constituent une excellente base. Cependant, ces « cartes » ou « tables » nécessitent d’être revues et complétées par des acteurs européens essentiellement anglais et français. Après un large scan, il est possible d’établir le « mapping » ci-dessous qui sans se vouloir exhaustif se compose d’une soixantaine de startups réparties en dix catégories.

mapping insuretech jc sudre

Certaines sont déjà très connues des spécialistes comme Oscar, Zenefits, Metromile, et Friendsurance. D’autres mériteraient une plus grande notoriété du fait de leur caractère fondamentalement « disruptif ». C’est le cas de l’américain Trov qui propose d’assurer les biens qui nous sont chers avec une tarification en temps réel. Le français Meteo Protect via des techniques de Big Data offre aux entreprises et aux institutions, des produits de couverture financière qui indemnisent quand la météo impacte leur chiffre d’affaires. L’anglais Insurethebox offre à l’instar de certaines grandes compagnies une assurance auto connectée full digitale. L’anglais Guevara et le français Inspeer proposent de l’assurance P2P.

Il n’y a pas de doute que plus les générations Y et Z seront en âge de s’assurer, plus l’avenir certaines d’entre elles sera radieux. De futures licornes ?

Article rédigé par Jean-Claude Sudre, Expert en Insurtech et Assurance connectée. Auteur d’un site de curation sur l’Assurance du futur et d’une newsletter. Inscription : newsassurancedufutur@gmail.com. Twitter : @ohev