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10 juin 2016

Stripe ou la technique du sous-marin à l’usage des licornes

Stripe, c’est la FinTech en vogue aux États-Unis. 300 millions d’euros levés depuis sa création en 2010, 480 collaborateurs dans 25 pays et une valo de plus de 5 milliards de dollars. En bref, une jolie pépite menée de main de maître par deux frères de 25 et 27 ans. Après deux ans de travail au plus près de l’écosystème startup français, la société officialise le lancement de sa plateforme en France.

Depuis deux ans, la licorne américaine Stripe (valorisée 5 milliards de dollars), qui révolutionne le paiement en ligne et sur mobile, explore le marché français, en sous-marin, pour le comprendre et ainsi mieux  répondre à ses besoins. « On aurait pu arriver avec le produit américain et faire directement le lancement, observe Guillaume Princen, directeur général France et Europe du Sud, mais il était nécessaire pour nous de passer du temps avec l’écosystème, avec les startups, avec les fonds d’investissement, les incubateurs etc. On voulait s’assurer de comprendre les spécificités et les challenges. »

2/3 des startups parisiennes créées ces 18 derniers mois déjà clientes de Stripe

Ce n’est d’ailleurs pas anodin que la société ait officialisé son lancement en France avec une soirée au Hub de Bpifrance devant investisseurs, startupers, journalistes et consorts avant de réitérer l’expérience le lendemain chez TheFamily devant une assemblée plus geek. Mais ce travail de terrain de deux ans, auprès de ses actionnaires Alven Capital et TheFamily mais aussi auprès de l’écosystème startup dans sa globalité, a valu à John Collison, président et cofondateur de la startup, de se voir interrogé à de nombreuses reprises sur « ce qui lui a pris si longtemps avant de se lancer » sur le marché français. Pour réponse, Guillaume Princen brandit le chiffre magique :  2/3 des startups parisiennes créées ces 18 derniers mois seraient déjà clientes de Stripe. Déjà présente au Royaume-Uni, en Irlande et dans les pays scandinaves, la société a fait de la France un marché prioritaire.

«  On a la certitude que la France va créer d’autres Blablacar et d’autres Criteo, nous remontons donc des besoins produits qui sont considérés comme importants et qui sont en ce moment prioritaires  » 

Guillaume Princen

Premier pays non anglophone dans lequel Stripe s’installe, la France a nécessité quelques adaptations. « En France on aime bien parler français, note Guillaume Princen, on a donc voulu faire en sorte que tous nos produits et tous nos services client puissent être faits en français. » Et si aucune fonctionnalité n’a été développée spécifiquement pour le marché français, certains besoins des utilisateurs européens ont permis d’impulser le développement de solutions, comme le paiement multi-devises.

Au-delà du paiement, un véritable accompagnement à la création d’entreprise online

Testée en beta depuis un an en France, la solution Stripe ne se limite pas qu’à un moyen de paiement facilement intégrable grâce à quelques lignes de code, elle vise avant tout à faciliter la création d’entreprise en ligne. Premier point de friction des startupers qui se lancent, la gestion des paiements à distance, est, avec Stripe, une épine dans le pied en moins pour les entrepreneurs qui s’accompagne d’une multitude de services.

C’est d’ailleurs avec ce positionnement que Stripe entend bien conquérir le coeur des entrepreneurs français. « Il y a énormément d’acteurs dans le paiement, concède Guillaume Princen, c’est une industrie qui est chargée, mais contrairement aux autres nous allons au-delà de la brique paiement. Nous sommes une plateforme technologique qui permet aux entrepreneurs de développer leur entreprise sur internet grâce à une multitude de services : des outils anti-fraude, des outils de comptabilité, de facturation. En somme, tout ce qui permet au startuper de se focaliser sur son produit.« 

la suite stripe

Stripe propose par exemple Atlas, une solution qui permet de créer une entité et d’ouvrir un compte en banque aux États-Unis moyennant 500 dollars. De quoi partir à l’assaut du marché américain de manière simplifiée. « Vous avez besoin de monter une entité dans une autre juridiction, on va vous permettre de le faire en quelque clics, tout en vous donnant quelques conseils juridiques et fiscaux« , explique Guillaume Princen.

Accompagner la transition du monde offline vers le monde online 

Si Stripe s’implique autant dans le soutien à la création d’entreprises c’est que le commerce sur internet n’en est qu’à ses balbutiements, et que c’est le moment ou jamais pour la licorne américaine de se positionner. « Aujourd’hui seuls 7% des achats se font en ligne, le problème que l’on essaye de résoudre c’est la bascule des achats vers l’online, ajoute Guillaume Princen. Cette bascule va se faire par de nouveaux business model, par des entrepreneurs, par des développeurs, notre but est d’accompagner cette innovation et si on y arrive,  qui sait où en seront les 7% dans quelques années ?« . Un constat que partage bien évidemment John Collison qui considère que « ce mouvement sera accéléré par les startups européennes et françaises. » Et de conclure : « Nous devons donc être là si nous voulons être pris au sérieux.« 

A la tête du bureau parisien qui compte désormais 8 personnes, Guillaume Princen n’en dira pas plus sur les objectifs de Stripe en France, ni sur les prochaines ouvertures européennes, qui ne devraient pourtant pas tarder à arriver. Une chose est sûre, la liste des clients sur laquelle se trouvent les Dashlane, Algolia, Drivy, ou encore Heetch ou Ulule, s’allonge chaque jour un peu plus.

Stripe en quelques chiffres

  • Création en 2010
  • Fondateurs : John et Patrick Collison
  • Siège : San Francisco
  • Montant levé : 300 millions de dollars
  • Business model : commission d’1,4% + 25 centimes par transaction