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Voyage au coeur du premier salon des initiatives startups en Afrique de l’Ouest

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Voyage au coeur du premier salon des initiatives startups en Afrique de l’Ouest

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Par Alexandra Niveleau, directrice du village Laafi - 04 juillet 2017 / 00H00 - mis à jour le 22 mars 2018

À Koudougou (troisième ville du Burkina Faso) depuis 7 mois, je me suis rendue au « Sommet Panafricain de Haut Niveau sur les Initiatives Startups portées par les jeunes d’Afrique et de sa Diaspora » de Ouagadougou sans vraiment savoir à quoi m’attendre. Et pour cause, ce salon est une première dans la capitale Burkinabé et en Afrique de l’Ouest ! Au programme : trois jours de conférences, d’expositions et d’échanges rassemblant jeunes entrepreneurs de toutes l’Afrique, autorités et futurs « startupers ».

Maintenant habituée à « l’heure Africaine », expression employée par les burkinabé eux-mêmes, je suis arrivée avec une petite heure de retard pour assister à l’ouverture du salon. A l’entrée, contrôle de sécurité et accueil des hôtesses sans autres formalités : tout le monde est le bienvenu à cet évènement qui fait honneur à la tradition d’accueil du Burkina Faso. Je rentre dans une vaste salle de conférence climatisée, moquettée, aménagée de chaises moelleuses et surmontée d’un immense lustre au plafond. « Propre » comme on dit ici : un tel cadre est exceptionnel, surtout lorsqu’on vient de la province du pays.

Mais ici nous sommes à Ouaga 2000, le quartier huppé de la ville, à proximité des ambassades, des résidences expats, des hôtels de luxe et surtout du palais présidentiel ! Pour ma part, je ne suis plus habituée à un tel confort et j’en suis ravie. Un peu de fraîcheur dans la fournaise qui dure depuis 2 mois ! Parfait pour écouter avec attention tout ce qui sera dit. Je m’assois au 5ème rang, derrière moi, la trentaine de rangs est quasi vide. Je constate que je suis la seule blanche de l’assemblée.

Se succèdent les discours d’ouverture du Président Exécutif de Youth-Gain, Armel Ouedraogo, à l’origine de l’initiative, de Madame le Ministre de l’économie et des Finances « représentant le Président du Faso » et du Directeur Régional UNFPA Afrique du Centre et de l’Ouest, Mabingue NGOM, parrain de l’évènement. Une fois l’ouverture officiellement prononcée, autorités, invités et auditoire sont tous conviés sur l’estrade pour une grande photo de famille !

Je parviens à récupérer un programme : ce sont 4 pages photocopiées en noir & blanc dans une sous-chemise en papier. En parcourant le programme je constate que la durée du salon est passée de trois à deux jours et qu’il n’y aura finalement pas d’espace d’exposition. L’organisation a dû faire face à quelques imprévus de dernière minute ! D’ailleurs, il est 10h et nous avons déjà pris 1h de retard sur le timing très serré. Les choses ne se passent jamais comme prévu au Burkina et il faut d’attendre à être (agréablement) surpris.

SOMMET TOF4

Un contexte favorable à la création de startup ?

Messieurs le Parrain et le Président de la commission Africaine de la Jeunesse (AYC), Aboubacar Yougbare ont débuté les conférences en nous plongeant dans le contexte du continent Africain : enjeux de la question démographique et de l’accès aux nouvelles technologies. Le sujet est vaste et crucial.

Démographie galopante, accès à l’éducation limité, chômage chez les jeunes (chômage tout court), femmes mises en retrait, stabilité des pays fragile, coupures de courant à répétition, couverture internet partielle, … : tous ces éléments étroitement liés constituent des freins aux investissements nationaux et étrangers. Un tel climat n’est pas favorable aux starups pourtant formidable source de création d’emploi et de développement.

Le Burkina Faso va mettre en place à partir du mois prochain un fond de 10 milliards de FCFA (15 millions d’euros) sur 5 ans pour financer les startups, appelé « Burkina Startup ». Comment ce fond sera-t-il utilisé ? L’Etat doit prendre la responsabilité morale d’accompagner pas à pas les jeunes entrepreneurs dans leur démarche et de supporter les risques s’il souhaite que son investissement ait les retombées attendues.

Malgré l’ampleur de la tâche, les deux intervenants concluent leurs discours sur des maximes pleines d’optimisme à l’attention des jeunes , chacun peut et doit agir à son niveau : « Pas un pas sans les jeunes », « the opportunities, you grab it and you benefit », « quoi que tu fasses, fait le bien» et « c’est déjà dans nos têtes qu’il faut changer l’Afrique ». N’attendons plus, allons-y.

SOMMET TOF3

Un formidable concentré d’énergie créative

Les jeunes entrepreneurs qui ont témoigné par la suite ne se sont pas laissés découragés par ce contexte qui semble à première vue peu propice à la création. Au contraire, ils ont transformés tous ces obstacles en véritables moteurs. Leur créativité, leur énergie et leur pugnacité semblent sans limite ! Ils les ont mis au service de leurs frères et de leurs sœurs : des innovations qui vont sauver des vies ou du moins transformer considérablement le quotidien. Chacun mériterait qu’on lui consacre un roman pour raconter comment ils en sont arrivés là aujourd’hui.

Ingénieur en électronique, le Camerounais Arthur Zang nous a relaté son parcours semé d’embuches depuis la conception jusqu’à l’industrialisation de son Cardio Pad, système qui permet d’enregistrer et d’analyser les données cardiaques à distance (dans un hôpital de brousse) et de les envoyer à un cardiologue (en ville) afin qu’il puisse prononcer un diagnostic. Dans un pays où on trouve un cardiologue pour 400 000 habitants et où près de la moitié de la population vit en zones rurales (contre 20% pour la France), souvent très reculées et difficilement accessibles, imaginez le nombre de vies qui pourront être sauvées grâce à cette formidable innovation ! Nous la devons à la ténacité et au courage d’Arthur mais aussi à sa mère qui, le voyant travailler avec tant d’implication, a cru en son projet et a emprunté 600 000 FCFA (à peine plus de 900 € !) pour qu’il puisse créer son premier prototype.

Au Burkina Faso, où la population rurale représente 70% de la population, Christian Cédric Toe a mis au point le Laafi Bag, un sac réfrigéré autonome permettant de transporter des vaccins au fin fond de la brousse dans un pays où les températures peuvent dépasser les 40°C !

Thérèse Izay de RDC, avant de se consacrer à ses études d’ingénieur en électronique industrielle, a été mannequin. Pour financer ses études elle a ouvert un petit café et embauché une personne pour le tenir pendant qu’elle allait en cours. Ensuite elle a créé à Kinshasa une plateforme de restauration et de divertissement, Planet J (partie de 24 chaises et de 100$, la structure embauche aujourd’hui 200 salariés), avant d’élaborer son célèbre robot « agent de la circulation ». Placé aux centres de grands carrefours, ce robot muni d’un panneau solaire et de caméras permet de réguler la circulation et de réduire les nombreux litiges entre automobilistes et policiers.

Face au constat que plus de la moitié de la population africaine n’a pas d’existence légale faute de documents d’état civil, notamment les orphelins où les enfants nés dans des zones reculées, le burkinabé Adama Sawadogo a co-développé iCivil : une application permettant aux infirmières ou sages-femmes d’envoyer directement la déclaration de naissance par sms qui, reçu instantanément sur le serveur du centre national d’état civil, permet la délivrance d’actes authentiques.

Monique Elysée du Niger est créatrice de mode, Mannequin, directrice du magazine « Passeport » et coach en intelligence financière ! Petite anecdote entre parenthèse qui nous renvoit au contexte décrit plus haut : ses deux présentations ce sont conclues de coupures de courant de 5 minutes sur le mot de fin !

Le Camerounais, Churchill Mambe Nanje a créé le site NJORKU, plateforme de recherche d’emploi dans toute l’Afrique et sélectionné parmi les 20 startups qui comptent en Afrique pas le magazine Forbes en 2012.

Princess Abzeita Djigma, Burkina, a fondé la société Abze Solar qui développe les produits MAMA-LIGHT®. Son objectif ? Proposer une énergie renouvelable, de qualité et à moindre coût aux plus pauvres et aux zones enclavées tout en créant des emplois locaux. Elle est également membre du comité consultatif du secteur privé et conseillère dans le domaine de l’énergie au sein de la Stratégie Internationale de Prévention des Catastrophe Naturelles (SIPC/ONU) et Présidente des conseillers principaux sur les relations internationales et  l’égalité entre les sexes pour le Conseil Régional du Centre du Burkina Faso (CRC).

Vous l’avez peut-être remarqué : les Africains sont rarement dans un seul business à la fois ! Toutes ces initiatives sont au service d’un développement solidaire du continent. Elles nous prouvent que « solidarité » et «création de richesse » ne sont pas forcément en contradiction, mieux, elles peuvent s’allier pour former le « solidarity business » ou « social business » : travailler à un développement intégral qui profite à tous.

Un cocktail de conseils optimistes et engagés

Tous nous ont révélé leurs formules magiques, lignes de conduites et valeurs profondes qu’ils suivent avec abnégation :    

Arthur : « N’attendez pas d’avoir les moyens, acceptez de commencer petit. Ne sautez pas les étapes, adaptez votre mode de vie à vos moyens et à vos objectifs. Apprenez à parler le langage de votre interlocuteur. »

Thérèse : « Quoi qu’il arrive, agissez toujours suivant vos valeurs. Apprenez, progressez, innovez toujours, soyez compétitif. Faisons mieux que nos parents et passons de demandeur d’emploi à créateur d’emploi.»

Princess : « Persévérez, acceptez de tomber, de se relever, de tomber à nouveau pour avancer. Traitez vos employés comme s’ils étaient de futurs milliardaires.  »

Monique : « Pour réussir, soyez passionnés. Tombez amoureux de vos rêves, chérissez les comme vos enfants. Quel que soit ce dont vous rêvez, soyez prêts à en payer le prix, donnez-lui tout, par la loi de la réciprocité, il vous le rendra en retour. »

De quoi balayer les dernières réticences et de se lancer sans plus attendre !

Une promesse pour les jeunes et l’entreprenariat en Afrique

La jeunesse burkinabé ne semble pas très optimiste quant aux opportunités futures dans son pays. Une fois le bac ou le diplôme en poche, pour ceux qui ont eu la chance d’arriver à ce niveau, l’objectif de nombreux jeunes est d’être reçu au concours de la fonction publique afin d’obtenir un emploi sûr et bien payé. Pourtant ce ne sont pas les idées ni la créativité qui leur font défaut ! La fréquentation durant ce salon n’aura pas été à la hauteur de la qualité des conférences qui y ont été données. Espérons que les jeunes présents dans l’auditoire auront saisi la puissance des messages transmis et qu’ils les partageront largement afin que la vaste salle de conférence soit comble lors de la prochaine édition. Espérons que ces mêmes jeunes reviennent l’année prochaine avec des projets concrets qui commencent à voir le jour. « Commencer petit. »

Les quelques aléas d’organisation de cette première édition n’entachent en rien le symbole qu’elle représente pour le futur développement des startups en Afrique et particulièrement au Burkina Faso. De plus, l’accueil, la générosité et le partage que j’y ai trouvés m’ont fait oublier les petits « kouaks ». Ce ne sont ni mes origines, ni ma culture mais je n’en ai pas été moins touchée : les messages transmis sont universels.  J’en suis ressortie pleine d’optimisme, regonflée à bloc avec une envie impérieuse d’agir. Je souhaite qu’il en ait été de même pour mes voisins d’auditoire.

L’initiative est soutenue par le gouvernement Burkinabé qui encourage à la création de nouveaux incubateurs. A l’issue du sommet, l’équipe organisatrice a été reçue en audience par le Président du Faso, Roch Marc Christian KABORE, en personne : l’occasion de lui transmettre plusieurs recommandations dont « la mise en place d’un incubateur multisectoriel qui sera basé au Burkina Faso afin de faire de ce pays, la capitale africaine des Start-ups», moyen de lutter contre le chômage et la pauvreté et d’œuvrer au développement du continent Africain tout entier.

 

Par

Alexandra Niveleau, directrice du village Laafi

04 juillet 2017 / 00H00
mis à jour le 22 mars 2018
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