Portfolio#VC
15 février 2018

Le savoir-faire entrepreneurial, nouveau rempart des fonds face au corporate venture et aux ICO

Challengés sur leur terrain de prédilection par d’autres partenaires du financement des entreprises, fonds de corporate venture en tête, les VCs cherchent de nouveaux leviers pour continuer à attirer les pépites françaises vouées à devenir les futures licornes et scaleups. Isabelle Saladin, présidente d’I&S Adviser, rappelle que les fonds de capital-risque doivent étoffer leur offre au-delà des atouts financiers pour continuer d’attirer les entrepreneurs.

Début février, Eurazeo a finalisé sa prise de contrôle d’Idinvest et un rapport de KPMG évaluait à plus de 51% la part des capitaux investis dans les startups par les fonds de corporate venture. Deux actualités qui sont révélatrices des mouvements en cours sur le marché du financement des entreprises.

Elles s’inscrivent dans la continuité des nombreuses annonces observées depuis 6 à 12 mois : beaucoup de prises de participation par des fonds d’entreprise dans des entreprises innovantes et de plus en plus de rapprochements entre fonds d’investissement. Ajoutons à cela les fonds levés par les startups via les plateformes de crowdfunding et d’ICO, ces dernières ayant représenté sur 2017 un montant cumulé évalué à 3,4 milliards de dollars.

Un seul enseignement à en retenir : ce qui a fait le succès des capitaux-risqueurs jusque-là ne suffit plus. Leur business models doivent intégrer de nouveaux leviers de création de valeur pour continuer à être des partenaires de choix pour les entreprises.

Business partnership meeting. Picture businessmans handshake. Successful businessmen handshaking after

Observer les raisons du succès des concurrents…

En termes d’inspiration, il est intéressant de regarder ce qui fait le succès des modèles concurrents, côté corporate venture notamment, alors qu’ils attirent de plus en plus d’entrepreneurs lors de leurs tours de série A et B. Six atouts sont évoqués de façon récurrente par les chefs d’entreprise qui y ont fait appel :

  • la culture entrepreneuriale des interlocuteurs
  • une vision du développement et des objectifs de rentabilité à moyen terme
  • un savoir-faire en matière d’industrialisation d’offres business à grande échelle
  • des discussions et partages de bonnes pratiques sur les fondamentaux métier autant que sur les indicateurs financiers
  • des tickets investis plus élevés
  • l’engagement d’une relation de proximité avec un grand groupe potentiellement apporteur d’affaires pour la PME

… et innover

Pour assurer leur pérennité et continuer à être sollicités par les futures ETI et licornes françaises, les VCs français ont tout à gagner à enrichir leurs offres d’accompagnement de ce qui est attendu par les chefs d’entreprise. Leurs homologues anglo-saxons l’ont compris depuis une dizaine d’années, la plupart (sinon tous) accompagnant l’entrepreneur de façon très opérationnelle après la levée de fonds. Ce que proposent et font des acteurs comme Insight Venture Partners et Kennet illustre tout à fait cette démarche entrepreneurship oriented.

Ainsi, après avoir été chercher d’anciens chefs d’entreprise pour affiner et valider leurs décisions d’investissement, les fonds s’appuient sur eux pour proposer une mise en relation privilégiée avec des have it done. Mandatés par les fonds, ces derniers vont aider les fondateurs des sociétés dans lesquelles les VCs auront investi à faire réussir leur entreprise et à avoir la capacité opérationnelle d’accélérer leur croissance.

Nul doute que le paysage du financement des entreprises, comme tout secteur d’activité, est en train de connaître une mutation. Face au mouvement de consolidation qui se profile, les fonds de capital-risque et de capital-investissement ont une carte à jouer en innovant pour les chefs d’entreprise sur lesquels ils parient – sans jamais oublier qu’au XXIe siècle, comme le répétait France Invest (ex-AFIC) dès 2014, « ce ne sont plus les gros qui absorbent les petits, mais les rapides qui absorbent les lents« .