1 avril 2018
1 avril 2018
Temps de lecture : 4 minutes
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Les médias découvrent une startup à Vierzon, le gouvernement ouvre une enquête

Un journaliste envoyé à Vierzon y a découvert un entrepreneur en parfaite santé. C'est la première fois que les médias s'intéressent à une forme d'innovation en-dehors de Paris. Récit.
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"C'est inédit." Pierre-Alphonse Odladupérif, journaliste Tech parisien n'en revient pas. C'est lui qui a rencontré Louis, entrepreneur de 30 ans, dans un café à Vierzon, pittoresque ville située bien plus loin que son habituel périmètre restreint aux quatre premiers arrondissement de Paris. "Le jeune homme était en bonne santé, parlait, savait même ce qu'étaient les KPIs et le churn", s'extasie le reporter, habitué des reportages lointains, entre Saclay et La Défense.

Cette découverte modifie profondément la carte de l'écosystème innovant français présentée par les médias nationaux, qui ne se limite donc plus au quartier du Sentier de la capitale. L'ensemble des médias startup, de Maddyness à Usbek et Rica en passant par Frenchweb, ainsi que quelques quotidiens nationaux comme Le Figaro ou Les Échos, ont pris l'initiative d'envoyer des correspondants sur place pour témoigner du séisme que constitue la mise à jour d'une forme d'innovation hors de Paris.

"Nos entrepreneurs ont du talent... même en région"

Prévenu dès la découverte de l'entrepreneur, le gouvernement a ouvert une enquête et est déjà mobilisé pour lui éviter de sombrer dans l'anonymat. Une source proche du secrétariat au Numérique a évoqué la possibilité que Louis soit labellisé French Tech pour lui assurer une certaine notoriété et encourager les journalistes parisiens à s'intéresser aux initiatives régionales.

Le gouvernement planche en outre sur un plan national de médiatisation de l'innovation en province, baptisé "Nos entrepreneurs ont du talent... même en région", alors qu'un entrepreneur a été retrouvé la semaine dernière à Poitiers, recroquevillé sur son Mac au fond d'un 5 pièces du centre-ville. Sur l'écran du pauvre homme, un énième mail destiné à un journaliste parisien pour présenter sa startup. Déshydraté, à bout de forces, l'homme a été secouru par des RP appelés sur place.

Un musée de l'innovation à Amiens ?

Mais l'Élysée veut aller encore plus loin. "L'innovation, c'est l'axe majeur de ce quinquennat, rappelle un habitué des couloirs du palais. Et Emmanuel Macron veut entamer un programme de décentralisation de la disruption pour aider les régions à mettre en valeur leur patrimoine innovant au niveau national." Le président reprendrait ainsi à son compte l'expression popularisée par François Mitterrand lors de la grande vague de décentralisation de 1982.

Et c'est encore du côté des anciens présidents que l'actuel locataire de l'Élysée cherche l'inspiration. Georges Pompidou a eu son Beaubourg, Jacques Chirac son Quai Branly, Emmanuel Macron aura son Musée de l'innovation. Mais contrairement à ses illustres prédécesseurs et pour mieux mettre en lumière le plan national à venir, ce n'est pas à Paris que l'établissement ouvrirait ses portes mais à... Amiens, ville natale du président. "Paris devient surcotée, analyse un spécialiste de l'innovation. De la même manière que l'Ena a déménagé à Strasbourg, le transfert de bpifrance à Toulouse ou Nantes n'est qu'une question de mois."

Une initiative qui est loin de ravir les journalistes spécialisés, déjà échaudés l'an dernier par la taxe sur les titres racoleurs. "Las Vegas pour le CES, d'accord. Lisbonne pour le Web Summit, évidemment. Mais Amiens pour l'inauguration du Musée de l'innovation ? Et pourquoi pas Marseille pour un reportage sur une startup tant que vous y êtes ?", s'étrangle un reporter Tech d'un site spécialisé. Dans les rédactions, les équipes s'organisent : vaccins, demandes de visa et commandes de lampes frontales ("qui sait s'ils ont l'électricité en province !") vont bon train. Mais l'accessoire qui s'arrache est sans conteste le tamis XXL pour être le premier "à dégoter une pépite ailleurs qu'à Paris".

 

Pour ceux qui seraient arrivés au bout de cet article, merci, mais... vous n’y avez pas vraiment cru, quand même ? Bon 1er avril !

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