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2084, EP 06 : Cabine asensorielle et polyamour

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2084, EP 06 : Cabine asensorielle et polyamour

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Par Anais Richardin - 11 août 2018 / 09H00

Lors des deux dernières éditions de la Maddy Keynote, nous avons anticipé les changements futurs qui pourraient intervenir dans nos vies et avons créé un récit d'anticipation publié dans notre magazine, édité pour l'événement. Plongez au coeur de la vie d'une famille le temps d'une journée en 2084, découpée en huit épisodes.

                                                                                    Relire les épisodes précédents ICI

Sur la table du petit-déjeuner, les oranges de la serre privée de la petite famille et les mini ananas en cubes des voisins côtoyaient les pancakes en spray dont les garçons raffolaient. Pour eux, la journée s’annonçait particulièrement séduisante. Puisqu’ils avaient complété leur 14 unités d’enseignement obligatoires en seulement 3 jours, ils avaient tout le temps libre nécessaire pour faire ce qui leur passait par la tête. En portant la bonbonne de pancakes à sa bouche, Ziko pensa à sa grand-mère qui avait pour habitude de les appeler, tous les soirs à l’heure martienne du dîner. Une routine qui, selon les saisons, pouvait l’obliger à se lever au beau milieu de la nuit. Ce matin-là, Il n’eût pas envie d’attendre que le soir vienne et partit s’isoler.

Ziko sortit de table pour s’allonger dans le fauteuil musical. Connecté à son nano-robot cérébral, le fauteuil, qui épousait les formes du jeune homme, se mit à vibrer au son de la musique qui se jouait dans sa tête, le berçant et le massant en rythme. Il se laissa aller à imaginer ce qu’il ferait, s’il était sur Terre. A ce moment-là, Emma, pourtant à des centaines de millions de kilomètres de son petit-fils, s’arrêta de jardiner. Grâce à la connexion en réseau des nano-robots d’une même famille, l’empathie était presque devenue une obligation. Elle ressentit immédiatement la nostalgie de Ziko et lui envoya toutes les pensées les plus joyeuses qui lui passèrent par la tête. Elle entreprit tout ce qu’elle put pour lui changer les idées. Elle ôta ses gants souillés de terre et passa une combinaison aux endorphines. Le textile, intelligent, agissait au contact de la peau. Les effets apaisants de la tenue cessaient dès lors que son hôte l’enlevait. Elle ne l’avait pas utilisé depuis des années, se refusant à succomber aussi facilement aux sirènes de la pharmacopée moderne. Elle monta sur le toit de son immeuble, qui avait tous les aspects d’une mini-forêt, et s’installa dans l’un des nombreux hamacs disponibles. Le soleil était déjà haut et les rayons lui réchauffèrent instantanément la peau. Elle s’allongea, plissa les yeux qui mirent du temps à s’habituer à la luminosité et entreprit de se plonger dans un livre qui ferait voyager son petit-fils.

Elle se laissa bercer par le bruit des abeilles électroniques et sortit son roman. Elle aurait pu le lire directement dans sa tête, grâce à son nano-robot cérébral, comme la plupart de ses concitoyens les plus aisés, mais rien ne remplacerait jamais la sensation ni l’odeur du papier dans son coeur. A l’autre bout de la galaxie, Ziko se laissa aller à suivre la lecture d’Harry Potter avec sa grand-mère, pendant que dans l’espace de vie commune, ses parents, en contemplation devant les immenses baies aqueuses de la maison, qui avaient revêtu leur couleur automnale orangée, élaboraient le programme de la journée.

Depuis qu’ils avaient décidé de travailler, pour ne pas vivre uniquement du revenu universel, ils enchaînaient les activités, au gré de leurs envies et des compétences qu’ils développaient en un rien de temps grâce à l’omniscience de leur nano-bot. Ce que Mila préférait par-dessus tout, c’était tisser la soie et embellir les espaces comme nul robot bâtisseur n’en était capable. Ses talents étaient prisés et tous les habitants de la colonie avaient déjà au moins une fois fait appel à ses services. Elle imaginait son prochain chantier. Ango l’extirpa de ses pensées en l’embrassant sur le front. Il était 10h08, nous étions mercredi, il était temps d’aller voir Elina.

Elina était la deuxième femme d’Ango. Il l’avait rencontrée quelques années après être arrivé sur Mars, en se rendant à un cours collectif de danse, un reliquat de l’ancien monde encore très populaire à l’époque. Elle se laissa séduire et l’accueillit rapidement dans le large cercle de ses amants. Le polyamour était devenu depuis bien des années déjà la norme de la société, que ce soit sur Terre comme sur Mars. Devant l’allongement de la durée de vie des humains et face à des angoisses de plus en plus apaisées (notamment grâce à la combinaison d’endorphines), les individus avaient fini par accepter petit à petit que le couple, tel qu’il leur avait toujours été présenté, avait vécu. Et c’est ainsi que plus les citoyens de la galaxie lâchaient prise sur leurs peurs, plus les frontières du couple, de la famille et de l’amour s’assouplissaient, se modelaient au gré des envies et des fantasmes qui n’en étaient plus.

Ziko et Lilo étaient d’ailleurs l’une des seules fratries naturelles de la colonie. Les femmes, qui n’avaient dans leur grande majorité plus aucune bonne raison de tomber enceinte d’un seul homme, sélectionnaient le plus souvent les caractéristiques de leur enfant sur catalogue, quand venait le moment, obligatoire, d’accueillir une “descendance choisie” chez soi. Pour le renouvellement de la population, et pour pallier la rareté des fécondations naturelles, le gouvernement martien avait ainsi dû instaurer un quota de reproduction minimum (QRM), que chaque personne se devait d’honorer, en accueillant un enfant, quand il le souhaitait, avant l’âge de 60 ans. Cette nouvelle liberté avait contribué au bien-être de la société martienne, ainsi que terrienne, qui, libérées des carcans et des normes dans lesquels elles avaient toujours évoluées, purent enfin laisser libre cours à leurs envies. Ainsi, si les mariages étaient encore en vigueur pour quelques nostalgiques, les divorces, eux, avaient complètement disparu.

Mila libéra Ango d’un dernier baiser et fila accomplir son premier rituel de la journée. Dans un monde ultra connecté, dans lequel les écrans avaient disparu au profit d’une technologie embarquée dans le vaisseau qu’étaient les corps, les instants d’apaisement avaient été réduits à peau de chagrin. S’il était possible d’obliger au silence son nano-robot, pour tenter de penser par soi-même, la frayeur de ne maîtriser qu’une infime partie de la connaissance intergalactique poussait souvent les plus téméraires à le rallumer au bout de quelques secondes seulement. Pour s’extraire du brouhaha général, la plupart des habitations possédaient donc des cabines asensorielles, des cocons imprimés en 3D qui rechargaient les batteries de la famille et offraient une bulle de quiétude prisée par tous.

Mila se déshabilla et se glissa entièrement nue dans sa cabine. A l’intérieur, la gravité, recréée artificiellement sur la planète rouge, n’existait plus dans cette coque qui laissait place à l’apesanteur. Le cocon se referma. Mila se mit à flotter. Un noir d’encre se répandit bientôt, jusqu’à l’envelopper totalement. En flottaison, privée de ses cinq sens, Mila se laissa aller, loin de tout et de tous, loin de sa vie martienne et de ses souvenirs sur Terre. Elle s’abandonna à la nuit et au silence et se laissa porter. Lorsque sonna la fin de la séance, le champ gravitationnel revint et elle sortit, désorientée mais apaisée. Elle retrouva Ziko dans son fauteuil musical. Les yeux fermés, il riait aux éclats aux blagues de sa grand-mère.

Emma avait donc finalement mené sa mission à bien. Elle redescendit dans son appartement, baigné de lumière grâce aux immenses baies vitrées faites de panneaux photovoltaïques transparents, et ôta sa combinaison. Elle la jeta au fond d’une malle. “Et que je ne te revoie plus avant longtemps” lui dit-elle à voix haute, comme pour se convaincre que ce moment privilégié passé en compagnie de Ziko pouvait apaiser la nostalgie qui les animaient tous les deux. L’un rêvant d’une vie passée qu’il ne connaîtrait jamais, l’autre tiraillée entre l’envie de faire un bond dans le temps pour retrouver le monde qu’elle aurait préféré ne jamais quitter, et celle de prendre la prochaine navette Navigex pour retrouver sa famille sur cette planète à laquelle elle savait qu’elle ne s’acclimaterait jamais.

Par

Anais Richardin

11 août 2018 / 09H00
mis à jour le 02 août 2018
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