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Que font les fonds : le portrait d’Alter Equity

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Par Geraldine Russell - 19 novembre 2018 / 18H00

Dans le paysage de plus en plus foisonnant de l’investissement, les fonds se multiplient… et ne se ressemblent pas. Parce qu’une levée, ce n’est pas simplement encaisser de l’argent et surfer sur une bonne occasion de communiquer, nous avons décidé de brosser le portrait des fonds français pour aider les entrepreneurs à s’y retrouver et à choisir le bon investisseur. Au tour d'Alter Equity !

Trouver du sens dans son travail est un prérequis pour de plus en plus de travailleurs, salariés ou freelances. Pourquoi les investisseurs ne pourraient-ils pas en faire autant ? La recherche de profit justifie-t-elle de soutenir des projets qui, au mieux, n’auront aucun impact sur la société ou, au pire, dégraderaient notre planète ? Ces questions, Fanny Picard se les est posées. Et y a radicalement répondu : impensable de « continuer à dissocier (s)a vie professionnelle et (s)es valeurs personnelles« .

Elle a d’abord envisagé de créer un fonds pour financer les projets de jeunes des quartiers, auprès desquels elle s’est impliquée de longue date. Mais le projet est mort-né : trop peu d’entreprises répondent aux critères de sélection et les entrepreneurs des quartiers préfèrent être valorisés pour leurs compétences que pour leurs origines. C’est en 2007 que le projet change radicalement de direction. Fanny Picard s’intéresse alors aux effets des dérèglements climatiques. « L’enjeu, c’est tout simplement la survie de l’humanité« , prend-t-elle conscience.

Être utile tout en étant rentable

L’idée est alors simple : investir dans des activités d’intérêt général pour soutenir les entreprises « utiles aux gens ou à l’environnement« . Alter Equity était né. Après avoir levé 41,5 millions d’euros à l’été 2015 auprès de LPs aussi différents que BNP Paribas, la CFDT ou Fondation de France, le fonds réalise ses premiers investissements. Il investit des tickets de 1 à 6 millions d’euros dans des entreprises françaises qui réalisent plus de 50% de leur chiffre d’affaires dans une activité à impact social. Avec plus de 300 dossiers reçus par an, l’équipe s’est vite rendu compte de l’ampleur de la tâche.

« Les investisseurs ont longtemps pensé qu’un investissement responsable est nécessairement moins rentable », souligne Fanny Picard, qui a à coeur de prouver que cette assertion est fausse. « Notre objectif de rendement net est de 10%. Nous pensons l’atteindre, voire de le dépasser ».

Accompagner les dirigeants

Pour tenir un tel objectif, Alter Equity a mis en place une stratégie d’investissement très concrète. « Nous mettons en place avec les dirigeants un plan d’action RSE lorsque l’on souhaite investir, explique Gilles Geoffroy, directeur d’investissement associé. Une sorte de business plan extra-financier. » Celui-ci est établi à partir de la charte de principe de responsabilité du fonds qui comprend neuf principes déclinés en 80 indicateurs. Chaque entreprise se voit imposer trois indicateurs et en choisit plusieurs autres pour arriver à un total de 5 à 10 indicateurs qui lui montrent la voie à suivre. Et les objectifs ne doivent pas rester un voeu pieux puisque la rémunération variable du ou des dirigeants de la startup dépend de ce business plan un peu particulier.

Une dizaine d’entreprises constituent aujourd’hui le portefeuille d’Alter Equity, dans des secteurs aussi différents que la cosmétique (Boho Green Make Up), le transport (Openairlines) ou l’éducation (Wild Code School). Et prouvent que responsabilité ne rime pas avec inefficacité : depuis l’entrée au capital d’Alter Equity, ces entreprises ont déjà créé plus de 700 emplois et leur chiffre d’affaires consolidé a connu une croissance moyenne de 66%. « Nombre d’acteurs financiers considèrent qu’être responsable est coûteux, rappelle Fanny Picard. C’est un dogme, dont nous nousattachons à démontrer qu’il est faux. » Changer le monde n’est peut-être pas aussi compliqué qu’on veut bien le croire.

Par

Geraldine Russell

19 novembre 2018 / 18H00
mis à jour le 21 novembre 2018
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