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Le sexisme n’épargne pas l’entrepreneuriat (si vous vous posiez encore la question)

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Par Ségolène Forgar - 08 mars 2019 / 07H30 - mis à jour le 08 mars 2019

Alors que les médias et le milieu de la publicité sont en ce moment-même invités à faire le ménage dans leurs rangs pour éradiquer harcèlements moral et sexuel, l'entrepreneuriat est-il un univers professionnel aussi gangréné par le sexisme que d'autres ? Nous avons interrogé les entrepreneures.

En France, seulement 30% de femmes sont créatrices d’entreprise tandis que 10% ont fondé ou cofondé des startups du numérique. Ce que l’on sait moins, c’est que l’écosystème serait tout autant sexiste que les autres secteurs professionnels. Selon une étude d’Atomico, publiée en décembre 2018, près de la moitié des entrepreneures de la tech (46%) déclarent d’ailleurs avoir déjà été victimes de discriminations.

« Le numérique a permis de démocratiser l’entrepreneuriat, il est accessible aux hommes comme aux femmes. Mais une chose est certaine : les clichés sexistes persistent. En tant que femmes, on fait constamment face aux injonctions », se désole Hannah Oiknine, cofondatrice avec sa soeur Sarah Azan de la plateforme de relations presse Babbler. « Moi-même j’en fais les frais. Par exemple, on va souvent me dire : « T’as 30 ans et toujours pas d’enfants ?! Ah c’est parce que tu veux plus mettre ta carrière en avant ». À l’inverse, une maman entrepreneure sera jugée et considérée comme une mauvaise mère car on pensera qu’elle s’occupe peu de son enfant. » La serial-entreprenreure Mathilde Le Rouzic, qui a mis au point la plateforme de e-santé Hellocare, affirme aussi être souvent renvoyée à sa famille ou à sa vie privée. Elle confie : « C’est vrai qu’on m’a souvent demandé comment j’allais m’organiser avec mes enfants. Mon mari est lui aussi entrepreneur et bizarrement on ne lui pose jamais ce genre de questions. » Le sexisme passe aussi par des petites phrases, à première vue anodines. « Un jour, alors que je participais à une conférence, on m’a présentée par cette formulation : « La charmante Mathilde va nous expliquer comment… ». Ce n’est pas méchant mais est-ce qu’on dirait ça d’un homme ? Eh bien non », s’indigne Mathilde Le Rouzic.

De son côté, Eva Sadoun, CEO de Lita.co (plateforme de financement dédiée à l’économie sociale et environnementale), a elle-même été victime de remarques déplacées. « Typiquement, un de mes salariés plus âgé que moi m’a dit que si j’avais eu des facilités dans le business, je les devais à mon physique et ma jeunesse », raconte la jeune femme. « Il croyait me faire un compliment et n’a pas eu conscience que cela me discréditait complètement. Cette injonction de l’apparence de la femme est encore très présente dans l’entrepreneuriat et discrédite le charisme et le leadership féminin  ! » Laura Beaulier, quant à elle, se sent chanceuse. Elle n’a pas été victime de sexisme au cours de la création de sa startup Kobus, un assistant numérique à destination des kinésithérapeutes. Elle note néanmoins qu’être une entrepreneure inspire davantage de paternalisme. « Certains vont avoir tendance à nous prendre des enfants, comme s’il fallait nous prendre la main afin que l’on réussisse notre business », souligne Hannah Oiknine.

Les codes startup excluent les femmes

À cela s’ajoute la nécessité de faire ses preuves. Là encore, les femmes doivent redoubler d’efforts pour gagner en légitimité. Eva Sadoun confirme : « Je me suis beaucoup documenté car il fallait absolument être précise si je voulais être prise au sérieux et montrer que j’avais ma place dans le secteur très masculin de la finance. » D’autres entrepreneures ont plus vite garanti leur crédibilité aux yeux des investisseurs. C’est le cas de Raodath Aminou, cofondatrice d’Optimiam. Celle qui travaille aujourd’hui sur des projets au Bénin assure : « J’ai observé, lors de mes premières réunions avec des prospects, qu’on s’adressait au départ davantage à mes associés hommes qu’à moi. Une fois que la présentation mettait en avant mon parcours (Polytechnique, Rotschild), c’était bon, j’avais toute l’attention et on me faisait confiance. » Comme Raodath Aminou, Julia Bijaoui – la cofondatrice de Frichti – l’une des success-stories françaises de la foodtech – pense que sortir d’une grande école donne du crédit aux yeux de gens. Elle regrette toutefois « ce corporatisme très français qui fait que le diplôme colle à la peau des années », à défaut de valoriser les parcours atypiques.

Pour Caroline Ramade, fondatrice de 50inTech, les levées de fonds sont révélatrices du sexisme de l’écosystème. Avec 95% d’hommes chez les business angels et les investisseurs, l’argent met souvent sur la touche les projets portés par des femmes. « Les neuf plus gros fonds d’investissement français n’ont investi que 2,6% des fonds levés dans des entreprises cofondées par des femmes sur les cinq dernières années », alerte Caroline Ramade. « Ce chiffre est ahurissant. D’autant que les startups à la tête de laquelle il y a au moins une co-fondatrice sont 63% plus performantes qu’une startup où il n’y a que des hommes. »

Pire encore, selon l’ancienne déléguée générale de Willa, certaines entrepreneures ont déjà reçu des avances par SMS de la part d’investisseurs. « Il est déjà arrivé qu’on fasse des propositions à des entrepreneures alors qu’elles étaient en train de lever des fonds », assure Caroline Ramade. Avant d’ajouter :

« Les codes startup, fixés au départ par les hommes, excluent les femmes. Il faut réinventer cet écosystème qui est aujourd’hui extrêmement biaisé.»

La discrimination positive, une solution ?

Comment changer la donne ? Selon Julia Bijaoui, le problème doit se régler à la racine. Elle qui confie n’avoir jamais subi d’expérience discriminatoire s’interroge : « Les chiffres le montrent. Les femmes rencontrent davantage d’obstacles que les hommes dans l’entrepreneuriat. Est-ce que cela est à mettre sur le compte d’une culture sexiste ? Ou bien est-ce lié aux barrières psychologiques que les femmes ont intégrées ? Je pense qu’il y a un peu des deux. Toujours est-il que les mentalités doivent changer et cela peut passer par une éducation moins genrée ». Hannah Oiknine partage ce point de vue. Elle encourage la promotion de rôles modèles féminins, le bon moyen de rassurer les autres femmes et montrer que c’est possible. Aurélie Jean, docteur en sciences et CEO d’In Silico Veritas qui a elle-même fait à quelques reprises l’objet de comportements sexistes, observe : 

« Je me suis toujours sentie plus protégée aux États-Unis qu’en France car les comportements discriminatoires sont fortement préjudiciables pour les auteurs, et les organisations ont des risques réputationnels plus forts qui les encouragent à faire de la prévention en donnant des codes de bonne conduite, les droits et les devoirs. » 

Reste que les boîtes de la Silicon Valley sont loin d’être de bonnes élèves. Depuis 2017, de nombreux géants technologiques – entre autres, Uber, Tesla ou 500 Startups – ont été accusés d’entretenir une « culture sexiste et de harcèlement ».

Quid de la discrimination positive ? Chez les entrepreneures, les avis divergent. « Tant qu’on ne sera pas arrivés à l’égalité réelle, oui la discrimination positive sera nécessaire ! On l’a bien vu avec les quotas dans les conseils d’administration, cela a permis de valoriser les talents féminins », rétorque Caroline Ramade. Mathilde Le Rouzic, elle, reste plus frileuse. « Quand on décerne des prix d’ »entrepreneure femme de l’année », c’est bien mais ce sera préférable d’être éligible au prix de l’entrepreneur de l’année, sans forcément être ramenée à son genre », rapporte l’ancienne salariée d’Apple. « La discrimination positive, ça reste de la discrimination ! »

Par

Ségolène Forgar

08 mars 2019 / 07H30
mis à jour le 08 mars 2019
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