L’Allemagne attractive, la Chine en recul : où les startups françaises s’implantent-elles ?

L'Europe reste la première destination des startups françaises, si l'on cumule les implantations des pays du continent. Mais les États-Unis gardent leur attrait pour des entreprises à l'étroit sur leur marché domestique.

« Wo ist Brian ? Brian ist in der Küche. » Les startups françaises vont devoir réviser leur allemand ! En effet, notre voisin d’outre-Rhin a gagné deux places dans le classement 2018 des pays plébiscités par les startups françaises pour leur implantation à l’étranger. Selon le baromètre annuel de l’internationalisation des ETI, PME et startups tricolores, réalisés par Pramex International et Banque Populaire, l’Allemagne prend donc la deuxième place, derrière les États-Unis, éternels premiers. Avec pas moins de 68 projets d’implantation, elle coiffe l’Espagne et ses 65 projets au poteau. « Le marché allemand est réputé fermé, souligne l’étude. Les entreprises françaises ont compris qu’elles devaient « se germaniser » par des opérations de croissance externe pour mieux s’y développer.« 

D’un point de vue continental, l’Europe reste plébiscitée par les pépites frenchies : elle concentre 44,2% des projets d’implantation. Néanmoins, les projets d’expansion se cristallisent pour la plupart en Allemagne, en Espagne (troisième au classement) et au Royaume-Uni (quatrième). Parmi les belles surprises, on retrouve la Belgique, désormais huitième après avoir bondi de cinq places. « Véritable noeud routier et desservie par le second port d’Europe (Anvers), elle est incontournable« , note le baromètre. Au contraire, l’Italie, pourtant septième, perd une place et de sa superbe. Le ralentissement économique qui frappe le pays – qui cumule dette publique et chômage records – et le climat politique pèsent sur les velléités françaises de tester le marché.

L’Asie boudée par les Français

Le marché asiatique fait autant rêver que stresser les entrepreneurs. Réputé difficile à conquérir, c’est le grand perdant de ce baromètre annuel. La Chine maintient de justesse sa cinquième place avec 42 projets d’implantation, talonnée par le Canada (41 projets). Hong-Kong perd deux places pour tomber à la dixième place et le Japon reste peu prisé des startups françaises, pointant à la 17ème place sur 20, ex aequo avec… les Émirats Arabes Unis. L’Asie pâtit également du manque d’attractivité de l’Inde, treizième et dont les implantations sont en recul de 0,5%, comme la Chine (-1%) et Hong Kong (-0,7%). Au total, les implantations en Asie ont reculé de 2,4%.

Au contraire, Singapour tire son épingle du jeu dans une région aujourd’hui boudée par les entrepreneurs français. La destination se classe neuvième, enregistre 30 projets d’implantation et connaît un léger regain d’intérêt (+0,2%). 70% des startups françaises qui s’implantent en Asie choisissent finalement Singapour comme point de chute, faisant de la cité-État une étape incontournable. « Grande place financière et second port mondial, la « ville jardin » confirme sa vocation de hub régional« , se réjouissent les auteurs de l’étude.

Les services ont vocation à s’internationaliser… pas les startups du retail

Si plus de la moitié des projets d’implantation à l’international (56%) concernent des entreprises de services, la distribution et le commerce ne représentent, eux, que 5% des départs à l’étranger, les 39% restants impliquant des entreprises du secteur manufacturier. « Les services aux entreprises ont moins de contraintes que les industriels, précise l’étude. Quand les uns se projettent facilement vite et loin, les autres adoptent la stratégie des petits pas.« 

Deux tiers des projets d’implantation à l’étranger concernant des filiales à vocation commerciale, cela explique également que le secteur manufacturier trouve un intérêt limité à s’internationaliser. Et préfère exporter en gardant un prisme très français que de se risquer à produire à l’étranger, avec tous les risques que cela comporte. Un tiers seulement des projets doivent ainsi servir à produire localement. C’est donc bel et bien dans une logique de conquête de marché que les startups françaises s’implantent à l’étranger.