Décryptage#MK2020
30 janvier 2020

Les océans de plastique : un fléau contre lequel nous pouvons tous et toutes lutter !

Le septième continent plastique existe t-il vraiment? Peut-on vraiment “nettoyer” les océans ? Et si la solution était en nous ? Comment pouvons-nous impliquer chaque acteur ? Simon Bernard, CEO et cofondateur du projet Plastic Odyssey, nous a livré ses conseils pour (tenter de) sauver les océans de la pollution plastique.

“Chaque minute, 19 tonnes de déchets sont déversées dans les océans,” annonce en introduction Simon Bernard. “Et sur cette quantité, seul  1% flotte dans l’eau, le reste finit par couvrir nos fonds marins”. Mais le plus inquiétant pour le jeune ingénieur reste la dégradation de ces morceaux de plastique en fines particules qui, une fois avalées par les poissons “se retrouvent dans toute la chaîne alimentaire”. Résultat, nous avalons chaque jour l’équivalent d’une carte bleue, soit 5 grammes de plastique. 

Cette problématique du rejet de nos déchets plastiques dans l’océan, Simon Bernard l’a découverte lorsqu’il était officier de marine. Convaincu qu’il fallait agir, il a mis à profit ses compétences techniques pour fonder Plastic Odyssey. À bord de son  bateau Ulysse, il sillonne les mers et les océans pour comprendre l’influence de ces plastiques sur leur écosystème et tente de trouver des solutions pour stopper le développement du septième continent. Si certains pessimistes pensent qu’il est déjà trop tard pour agir, le jeune entrepreneur est persuadé qu’il reste encore des solutions pour “fermer ce robinet de plastique”

La collecte des déchets : le dernier niveau d’action 

Il existe plusieurs échelles d’actions, certaines plus efficaces que d’autres. Traiter le problème directement depuis les océans s’avère chronophage et peu utile car le plastique se dégrade en particules. Il est nécessaire d’agir en amont  et de traiter les déchets avant qu’ils n’arrivent dans les fleuves, les lacs et les océans. En effet, “10 à 20% du plastique provient des rivières” explique Simon Bernard. Des machines comme Mr.TrashWheel ou Interceptor de The Ocean Cleanup contribuent déjà à les nettoyer

D’autres initiatives comme Surfrider ou MerTerre mettent en place des collectes de déchets le long du littoral pour éviter le passage du plastique de la terre à la mer. Les petites gestes peuvent être faits à tous niveaux, même lorsque l’on lave notre linge. À chaque cycle de lavage, des microparticules de nos vêtements sont dispersées dans l’eau et finissent inévitablement dans les océans. Pour palier ce phénomène, Guppyfriend commercialise des sacs qui retiennent la majorité des particules. 

Donner une seconde vie au plastique 

Le traitement des déchets est une affaire qui concerne tous les pays même si les pays possédant peu d’infrastructures, comme l’Afrique, la Chine ou l’Inde, sont souvent pointés du doigt, quand bien même ils sont aussi les poubelles du monde occidental. “Or, si on recyclait un déchet sur deux venant de ces pays, nous pourrions réduire de 40% la pollution de nos océans,” avance Simon Bernard. Un petit pas pour de grandes conséquences. 

Plastic Odyssey développe aujourd’hui trois solutions : 

  • l’analyse par infrarouge des plastiques pour déterminer leur composition. “Cette collecte est une première étape pour le tri et la revalorisation de ces déchets”
  • l’extrusion qui consiste à réduire en copeaux le plastique pour lui redonner une seconde vie. Ce système peut même devenir un générateur de revenus pour les populations locales. 
  • la pyrolyse permet de transformer ces déchets en carburant diesel, kérosène ou essence. 

Dans plusieurs pays, des initiatives comme les plastic bank se développent pour encourager la récupération et le recyclage du plastique contre rétribution. 

Chaque consommateur peut apporter sa pierre à l’édifice 

“Dans les zones océaniques protégées, la vie reprend ses droits si on lui laisse le temps et qu’on ne l’envahit pas”  , poursuit Simon Bernard.

Si en France nous consommons aujourd’hui 1,9 kilo de plastique par jour et par habitant, la simple réduction à 1,7 kilo permettrait de diminuer de 26% la production plastique du pays. Il est donc possible de (re)penser notre consommation pour qu’elle soit plus responsable. “C’est là qu’intervient la limite de la technologie”  qui ne peut pas contrecarrer tous nos comportements, conclut le jeune ingénieur. Il faut revaloriser les sciences sociales pour comprendre notre système, le modifier et le rendre plus respectueux.