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8 décembre 2020

Eutopia boucle son closing final à 100 millions d’euros pour dénicher les marques d’avenir

Dans le paysage de plus en plus foisonnant de l’investissement, les fonds se multiplient… et ne se ressemblent pas. Parce qu’une levée, ce n’est pas simplement encaisser de l’argent et surfer sur une bonne occasion de communiquer, nous avons décidé de brosser le portrait des fonds français pour aider les entrepreneurs à s’y retrouver et à choisir le bon investisseur. Au tour d'Eutopia !

Une utopie peut-elle se réaliser ? C’est tout l’enjeu d’Eutopia, fonds de capital-risque qui mêle la philosophie de l’utopie au pragmatisme de l’investissement. Originellement rattaché à Otium et dédié aux marques de consommation, le fonds était alors baptisé Otium Brands et appartenait, jusqu’en septembre 2018, à Pierre-Édouard Stérin. Désormais, la spin-off a élargi ses ambitions en créant sa propre société de gestion et en s’ouvrant à d’autres investisseurs. Le seul lien que le fonds garde avec Otium Venture réside en la personne de Pierre-Édouard Stérin, qui reste investisseur d’Eutopia. Pari réussi puisqu’après avoir annoncé un closing intermédiaire à 40 millions d’euros en octobre 2019, le fonds vient de boucler l’opération financière avec 100 millions d’euros, au-delà de son objectif initial, grâce à ses nouveaux LPs, « des institutionnels mais aussi des familles et des professionnels reconnus du retail et de la grande consommation » .

« Nous cherchons à créer un pendant réel de l’utopie, explique Antoine Fine, partner d’Eutopia. Nous cherchons à concrétiser notre vision de la société de demain. Nous misons sur des marques qui réinventent et améliorent le quotidien mais aussi qui présentent une approche holistique impactant différents secteurs. Nous voulons bâtir un monde meilleur réel. » L’investisseur est la preuve vivante qu’on peut travailler au sein d’un fonds d’investissement sans être un requin de la finance. Il peut d’autant mieux en témoigner qu’il a oeuvré pendant sept ans dans le milieu des LBO avant d’intégrer feu Otium Brands. Et reste marqué par « cette forme de comédie » que les acteurs du secteur s’évertuaient à jouer pour conclure une opération. Antoine Fine milite désormais pour un investissement responsable.

On a toujours tendance à distinguer l’impact investing mais cela n’a plus de sens. Il n’existe plus une seule marque qui peut avoir un discours différent de ce qu’elle fait. Nous sommes donc un fonds traditionnel mais qui prend en compte l’impact sociétal. L’investissement d’impact doit devenir l’investissement tout court.

Antoine Fine, partner chez Eutopia

Aujourd’hui, c’est la transparence qui prévaut pour construire des relations saines et pérennes avec les sociétés dans lesquelles Eutopia investit. Parmi les plus belles prises du fonds, Feed ou Tediber à l’époque d’Otium Brands, et plus récemment Tiptoe ou Joyeuse. « On chasse plutôt qu’on attend« , sourit Antoine Fine. Ce qui permet au fonds de dégoter des concepts innovants qui deviennent, ensuite, des marques à succès. S’il misait initialement des tickets de 500 000 à 1 million d’euros, Eutopia profite du closing pour revoir ses ambitions à la hausse et se donner la possibilité de miser de 1 à 8 millions sur de futurs champions.

Transformer des concepts innovants en marques à succès

Et le fonds assume d’investir dans une logique d’exit : « les nouveaux entrants sur le marché de la FoodTech, par exemple, sont les plus à même d’être disruptifs… mais les géants agroalimentaire ont, eux, les capitaux pour les racheter« , analyse Antoine Fine. C’est tout l’enjeu de la levée qui permettra d’associer plus étroitement des corporates au fonds et de multiplier les synergies avec les startups. « Nous voulons être un catalyseur pour aider les sociétés dans lesquelles on investit à grandir mais pas seulement financièrement. » L’objectif ? « Aider les entrepreneurs à exprimer leur talent » en développant leurs compétences grâce à un suivi « constructif et bienveillant » mais aussi des ateliers thématiques et des rencontres avec d’autres entrepreneurs du portefeuille.

La croissance passe également par l’expansion internationale des startups protégées par le fonds, en les aidant notamment à se lancer aux États-Unis grâce à une équipe sur place qui repère aussi de jeunes pousses locales prometteuses. Le fonds s’intéresse à tous les secteurs de la grande consommation, services comme produits, qui répondent à son triptyque fétiche : « bon pour moi, bon pour la société, bon pour la planète ».

Edit : initialement centré sur Otium Brands, cet article a été réécrit lorsque le fonds a pris son indépendance vis-à-vis d’Otium et a été rebaptisé Eutopia.