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23 décembre 2020

Blockchain : une opportunité sociale au-delà de l’outil financier

Face au Covid-19, les crypto-monnaies trouvent une nouvelle résonnance dans la philanthropie. Les micro-dons de tokens trouvent leur essor pour soutenir des causes justes, et peuvent désormais servir à se remercier pour des services rendus au sein des cercles d’entrepreneurs.

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Qui a dit que les crypto-monnaies n’étaient que de vulgaires actifs de spéculation ? Pour le grand public, ces monnaies alternatives restent encore associées à la volatilité légendaire du Bitcoin. C’est mal connaître ces actifs aux multiples facettes et aux nombreux usages. Qu’on se le dise : les crypto-monnaies peuvent aussi et surtout avoir des vertus sociales.

La première fonction d’une monnaie est bien sûr de procéder à des échanges. Une monnaie peut donc servir à payer des produits ou des services, mais aussi à faire des dons pour soutenir les causes qui nous tiennent à cœur. Les crypto monnaies n’échappent pas à la règle ! Les dons en crypto-actifs ont commencé à trouver leur essor il y a plus d’un an, notamment avec l’Unicef, qui avait été l’une des associations pionnières à accepter les dons en Bitcoin et en Ethereum. Pour autant, l’acceptation des crypto-monnaies reste encore balbutiante pour la plupart des organismes caritatifs, qui disposent rarement des outils nécessaires pour traiter ces devises.

Heureusement, des initiatives intermédiaires permettent aux dons en crypto monnaies de passer à la vitesse supérieure. Des plates-formes spécialisées se lancent pour permettre aux donateurs de soutenir un organisme dans la crypto monnaie de leur choix. Ces plates-formes se chargent alors de convertir les dons en euros, en dollars, ou dans une crypto-monnaie directement exploitables par leurs destinataires. Les dons en crypto-monnaies ont un avantage de taille : pour les donateurs, les sommes versées ne sont pas directement prélevées sur leur compte en banque, et donnent droit au reçu fiscal des associations permettant de bénéficier d’une déduction d’impôts. Il s’agit donc d’une manière aussi intéressante qu’éthique de donner du sens à ses investissements en crypto-monnaies.

Les « gratitude coins » ou le moyen de favoriser l’entraide entrepreneuriale

Cette facette sociale des crypto-monnaies trouve également une application directe dans le monde de l’entrepreneuriat. Contrairement aux idées reçues, les créateurs d’entreprises ne sont pas forcément dans une logique de compétition. Au contraire, créer sa startup, c’est d’abord nouer des contacts, échanger avec d’autres entrepreneurs, chercher des conseils et en donner en retour à ceux qui en ont besoin. En somme, créer une entreprise, c’est d’abord s’entraider.

Cette entraide manque toutefois cruellement d’un système de récompense. Lorsqu’un service rendu n’est pas facturable, on procède encore au troc de nos jours : si tu m’aides, je t’aiderai. Or, les crypto-actifs peuvent combler ce vide et révolutionner cette approche. Simples à échanger, de faible valeur (souvent quelques centimes), les tokens peuvent aisément remplir le rôle de monnaie d’échange en remerciement d’un service rendu. Fini le troc, place aux tokens : si tu m’aides, je te donnerai.

Des initiatives en ce sens sont en phase de test au sein de petites communautés d’entrepreneurs, notamment via le projet des « gratitude coins » . Le principe est simple : lorsqu’un entrepreneur reçoit un service, un conseil, une idée, il lui est possible d’exprimer sa gratitude envoyant des « coins » à son interlocuteur, y compris si celui-ci est par exemple l’animateur d’un webinaire. Ces crypto-actifs n’ont qu’une faible valeur lors du don initial, mais cette valeur pourra éventuellement grimper à l’avenir.

Un don de quelques euros pourra ainsi en  valoir plusieurs centaines dans quelques années. On reproduit ainsi la valeur du conseil reçu, initialement très faible, mais qui, une fois mis en pratique, aura peut-être permis de générer un chiffre d’affaires conséquent. Les projets du type « gratitude coins » correspondent au besoin de jouer collectif et de faire primer la co-création sur la compétition. Cet état d’esprit engagé et positif correspond au doux mélange de culture hippie et de culture business que de très nombreuses startups cherchent à développer.

Le contexte du Covid-19 ne fait que renforcer cet état d’esprit et la promotion de ce type de solution. Car plus que jamais, les entrepreneurs ont besoin d’entraide et de collectif pour affronter la crise.

Karim Ganem est cofondateur et président d’IOV

Article écrit par Karim Ganem
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