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8 janvier 2021

2021, l’Odyssée de l’audace

2020 a brouillé tous nos repères et les Français ont la gueule de bois : ils sont 20% à présenter des symptômes d’anxiété et de dépression*. Il est temps de se prescrire une bonne résolution pour 2021, celle la créativité individuelle et collective. Entreprises, ayez l’audace d’accueillir et d’encourager la créativité de tous vos collaborateurs.

La crise sanitaire a forcé l’accélération de la mutation des entreprises, certes. Mais la transformation numérique et le télétravail n’injectent pas de nouvelles idées. Ce sont les individus, leurs aspirations, leur esprit d’initiative, leur créativité pratique, qui sont et seront à l’origine des plus importantes transformations. Notre cerveau dispose d’une capacité instinctive à chercher et proposer des solutions dans les situations difficiles.

Alors faisons-nous confiance, et appuyons sur ce formidable levier de la créativité pour entamer une thérapie collective. Evacuons d’entrée de jeu la pression inutile et dévalorisante des exemples historiques tant commentés pendant le confinement (Newton et sa pomme, Shakespeare et son Roi Lear, Descartes et son Discours de la méthode… ) et regardons autour de nous cette année : confection de masques, visières, respirateurs, mais aussi solidarités de quartier réinventées, livraisons de courses de proximité,… Toutes ces petites idées en temps normal, deviennent de grandes idées en temps de crise.

En entreprise, autoriser la créativité et donner à chacun la confiance nécessaire pour se sentir utile à la collectivité, sera la clé du prompt rétablissement. Les citoyens ont changé, les entrepreneurs et les salariés aussi. Nous avons tous vécu la même expérience, et il est évident que nous ne referons plus « comme avant ».

3 étapes pour injecter une dynamique d’idées et d’initiatives en entreprise…

1- Accompagner et digérer les deuils

La période, brutale, nous oblige à mettre de côté certains projets. Avant de construire de nouvelles propositions, nous devons accepter ces micro-deuils et en tirer les enseignements, pour retrouver de l’utilité et du sens, ailleurs. Une idée à l’arrêt freine une dynamique et génère stress et questionnements. Et en période de crise, l’incertitude démultiplie ces angoisses. Pour recréer des terrains d’expression dans l’entreprise, le manager devra renforcer son accompagnement sensible et porter une attention particulière à l’état psychologique de ses équipes.

Si le projet est stoppé définitivement, le porteur du projet, lié de façon affective, aura besoin de temps, voire d’un coaching externe avant de pouvoir passer à autre chose. Lui confier immédiatement un nouveau projet pour combler un vide serait une erreur. Si le projet est en pause, le plus difficile sera de gérer l’attente, sans s’endormir. Pour maintenir les équipes en rythme, il faudra les solliciter pour proposer des idées alternatives, voire de réorganisation. La pause peut même servir de tremplin, en organisant des ateliers de travail avec un intervenant externe pour croiser les regards et apporter un œil nouveau. Manquer cet accompagnement, c’est risquer de manquer les opportunités au moment de la reprise.

2- Changer de focale

Quand nos perspectives deviennent myopes et que le champ des possibles se rétrécit, il faut adopter un nouvel angle de vue. Si nous allons moins vite, profitons-en pour regarder autour de nous, ce que nous ne voyons pas d’habitude, quand nous n’avons « pas le temps » . Pour réactiver le mécanisme d’inspiration, autorisons-nous un pas de côté ! C’est d’ailleurs ce que traduit la réaction des Français face à la crise : près d’un actif sur cinq serait prêt à se reconvertir. ** Si nous ne pouvons plus voir au loin, regardons à portée de main, ce que nous pourrions valoriser, en suivant les 3 étapes du recyclage : 1-décomposer ses actifs, 2-détailler l’utilité de chacun, 3-les déplacer dans un autre contexte pour leur donner une nouvelle vie, comme des pièces détachées.

C’est le moment pour chacun d’entre nous, de faire son propre bilan de compétences et d’étudier, comment chacune d’entre elle pourrait être mise en valeur autrement, quitte à changer d’environnement. Quand le champ d’exploration est multi-directionnel, nous avançons en éclaireur avant de revenir sur nos pas, comme lorsque nous cherchons notre chemin en randonnée. Les directions sont testées plus rapidement et nous enclenchons inconsciemment les phases des méthodes agiles : construire, mesurer, apprendre.

3- Travailler son esprit d’entrepreneur

C’est assez récemment que le coaching entrepreneurial a compris que le succès d’une entreprise ne se jouait pas uniquement sur le projet et la stratégie. La flexibilité mentale de l’entrepreneur, son agilité, sa résilience et sa capacité à pivoter sont désormais considérés comme le point de départ de la réussite. Dans le contexte actuel, chacun de nos projets se construit comme un projet entrepreneurial : de l’intérieur vers l’extérieur. Cela implique de trouver en soi, l’impulsion du passage à l’acte. On pense souvent, et c’est pratique, que les problèmes viennent de l’extérieur (le marché, la concurrence, les autres,…) mais en s’observant soi-même, on trouve déjà la moitié de la solution. Confrontons-nous à nous-même et en particulier à nos peurs, aux parts de soi que l’on assume moins, à nos faiblesses, nos insécurités.

Profitons-en pour regarder et reconnaître nos émotions de l’instant et apprendre à les gérer. Travailler notre flexibilité mentale, c’est s’adapter rapidement aux changements et ne plus laisser les circonstances extérieures nous contrôler.…

… pour (re-)démarrer individuellement et collectivement

Les idées ne manqueront jamais. L’urgence d’aujourd’hui est donc de préserver les dynamiques qui les font émerger, pousser et grandir. Les structures de plus en plus nombreuses qui aident et accompagnent ces initiatives (ADIE, incubateurs publics ou privés, fablabs…) sont les témoins de cette poussée irrépressible d’envies de créer et d’apporter des réponses à la complexité de notre environnement. Encourager et protéger les initiatives est désormais aussi l’urgence dans nos entreprises.

La crise, en nous éloignant les uns des autres, en nous obligeant à travailler séparément, a nourri de furieuses envies de collectif, de collaboratif, de transverse. La créativité ne se retient pas. Si les chefs d’entreprise ne l’encouragent ni ne la protègent en interne, alors elle s’exprimera et se déploiera en dehors. Pour les entreprises, 2021 sera résolument l’odyssée de l’audace, celle de la confiance en l’intelligence collective pour inventer l’entreprise du 21è siècle.

* Santé Publique France automne 2020
** Etude BVA

Gauthier Helloco est l’auteur de « Encore un p***** de bouquin sur la créativité », publié aux éditions Dunod. Il est également membre du collectif d’indépendants au service de l’innovation collective : codesign it.