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15 mars 2021
Advent France Biotechnology

Que font les fonds ? Le portrait d’Advent France Biotechnology

Dans le paysage foisonnant de l'investissement, les fonds se multiplient... et ne se ressemblent pas. Parce qu'une levée, ce n’est pas simplement encaisser de l'argent et une bonne occasion de communiquer, nous brossons le portrait des fonds pour aider les entrepreneurs à s'y retrouver et à choisir le bon investisseur. Au tour d’Advent France Biotechnology.

L’émergence de fonds spécifiques à la BioTech est récente. C’est pour combler le manque de financements en amorçage dans ce secteur qu’Alain Huriez a fondé Advent France Biotechnology (AFB) début 2016. Entrepreneur, puis investisseur au sein de la firme britannique Advent Life Science, ce médecin de formation s’est adjoint le soutien de Matthieu Coutet, un ancien responsable du transfert de technologies à l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale). Ensemble, ils ont lancé un premier véhicule en 2017. « Il est doté de 68 millions d’euros. Nous avons réalisé une quinzaine d’investissements » , souligne auprès de Maddyness Matthieu Coutet, directeur associé et co-fondateur d’AFB.

Co-fonder les startups avec les chercheurs

Selon le fonds, « le dealflow français dans le secteur de la BioTech est important, mais manque toujours de financement ». Un constat dressé par Alain Huriez alors qu’il était encore chargé des sociétés issues de l’Union européenne chez Advent Life Sciences. « Il s’est dit qu’il serait intéressant d’appliquer la méthodologie anglo-saxonne en matière de prise de risque » , explique Matthieu Coutet. C’est de cette façon qu’est née l’idée d’Advent France Biotechnology. Si la société de gestion partage le nom de son homologue britannique, « aucun lien capitalistique n’existe » entre les deux entités. AFB se finance auprès d’acteurs institutionnels et privés – tels que la banque publique d’investissement Bpifrance ou le laboratoire pharmaceutique américain Johnson & Johnson, ainsi que différents family offices.

Advent France Biotechnology se place en soutien aux entreprises qui valorisent la recherche académique, en apportant « la capitalisation nécessaire dans le but d’intéresser de plus gros fonds et se structurer en vue de l’internationalisation ». Deux opérations lui restent à réaliser avant de clôturer son véhicule de première génération, avant l’ouverture d’un second « dans les prochains mois ». À chaque fois, il s’agit pour la structure de « co-fonder la société avec des chercheurs » et de « repérer des technologies prometteuses ». C’est de cette manière qu’est, par exemple, née la startup Alderaan Biotechnology, qui développe des anticorps thérapeutiques et dont le dirigeant est devenu operating partner au sein d’AFB. « Nous jaugeons aussi la personnalité des fondateurs » , indique Matthieu Coutet.

Des partners au parcours scientifique

La philosophie consiste à permettre aux jeunes entrepreneurs de « focaliser leurs efforts sur le développement du projet plutôt que sur les aspects administratifs ». En investissant des tickets compris entre 250 000 et 2,5 millions d’euros, Advent France Biotechnology attire à ses côtés des acteurs internationaux tels que Pontifax Venture Capital, Andera Partners ou Omnes Capital – avec lesquels il a mené quelques tours de table. Le fonds investit majoritairement en France, mais aussi « un peu » en Belgique et en Espagne. Pour aller au-delà de sa vocation première d’amorçage, il est souvent amené à « poursuivre le soutien sur la série A et les tours suivants éventuellement ». AFB n’a, d’ailleurs, réalisé aucune sortie à date.

Composée d’une équipe de sept professionnels, la société de gestion fait de la complémentarité des profils sa force. « Nos partners font tous état d’un parcours scientifique » , souligne Matthieu Coutet. Sont ainsi chargé·e·s de sélectionner les projets soutenus des docteur·e·s en neurosciences ou immunologie, ainsi que des chercheur·euse·s. « Chacun est passé par le domaine de la pharmacologie et par des entreprises de la BioTech. » Cette caractéristique stratégique permet au fonds de « sourcer entre 300 et 500 opportunités par an ». Ses expert·e·s entretiennent notamment leur relation privilégiée avec les sociétés d’accélération du transfert de technologies (Satt) et réalisent un travail de bibliographie. « Ils discutent afin de déterminer quelles solutions sont industrialisables » , pointe Matthieu Coutet.

Advent France Biotechnology nourrit un espoir : celui que la percée de Moderna Therapeutics et BioNTech, des startups américaine et allemande à l’origine de vaccins contre le Covid-19, mettent la lumière sur les besoins de financement du secteur. « La santé doit être placée au cœur de l’économie, avance le managing partner. On constate à quel point il est sain de faire émerger de tels acteurs. » Si la société de gestion cherche bien évidemment des sorties « à moyen terme » afin d’obtenir un retour sur investissement, elle affirme vouloir « prendre le temps de baliser la propriété intellectuelle créée et l’approche au marché » des entreprises accompagnées. De quoi faire émerger les fleurons qui pourront, à terme, attiser l’intérêt des investisseurs envers ce secteur stratégique. Et éviter « que de très beaux projets ne trouvent pas de fonds »… comme c’est encore le cas aujourd’hui.