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13 avril 2021
Photo by Christopher Burns on Unsplash

Braincube jongle avec les données et l’IA pour façonner les usines du futur

Des usines hyper-connectées, ultra-performantes, économes en énergie et en matières premières : la nouvelle révolution industrielle est en marche. Braincube, depuis Issoire, en Auvergne, en est l'un des fers de lance en France.

Toute l’innovation française ne se passe pas à Paris. Loin de là. Maddyness l’a ainsi raconté en détaillant la force de l’écosystème à Grenoble pour faire émerger des startups issues de technologies de rupture — les Deeptech. On connaissait aussi Ledger, star française des cryptomonnaies et son usine à Vierzon (Cher). Il y a aussi Braincube, implanté depuis sa création en 2007 dans la petite ville industrielle d’Issoire (Puy-de-Dôme), qui est spécialisé dans la collecte, l’analyse et l’exploitation des données produites par les usines pour en optimiser les performances. Avec des résultats « parfois miraculeux » . « On règle des problèmes endémiques qui traînaient depuis dix, voire quinze ans, qu’on avait fini par accepter » , avance son PDG Laurent Laporte, rencontré par l’AFP, dans le château du XIXe siècle qui abrite le siège social de l’entreprise.

À la manière d’un consultant – ce qu’était Laurent Laporte avant l’aventure Braincube – la société auvergnate dissèque dans les moindres détails les étapes d’un processus industriel, générant un grand nombre de données. Leur analyse (big data), couplée avec l’utilisation de l’intelligence artificielle, permet aux machines d’affiner sans cesse leur production (machine learning). « Une usine, c’est quelque chose de vivant. Vous devez prendre de multiples décisions en permanence » , souligne le dirigeant. C’est particulièrement vrai des entreprises très automatisées qui traitent des matières premières organiques, puisque les résultats peuvent varier du tout au tout en fonction de l’hygrométrie, la chaleur, la durée des process… Les papetiers ont été les premiers clients de Braincube, auquel fait aussi appel, entre autres, le spécialiste du café Nespresso.

« Nos solutions s’adressent à des usines de 100 à 200 millions d’euros de chiffre d’affaires. On leur assure a minima des gains d’un million par an, parfois plus les premières années » , fait valoir le dirigeant. Et les années suivantes, avec l’aide du « jumeau numérique » de son usine, la société utilisatrice peut mener des expérimentations sans risquer de freiner sa production et apporter des améliorations « invisibles » jusqu’alors.

Braincube réalise les trois quarts de son chiffre d’affaires hors de France. Malgré sa taille encore modeste – 12 millions d’euros de revenus en 2020 – la société ne voit pas en Europe de concurrent comparable. Aux États-Unis, les poursuivants sont « deux fois plus petits que nous« , assure Laurent Laporte. « Nos vrais concurrents, ce sont les grosses sociétés informatiques qui essaient de s’engouffrer sur le marché. Nous avons souvent IBM en face de nous, le gros généraliste contre le petit spécialiste. Et c’est pour cela qu’on gagne souvent » , sourit l’entrepreneur.

Objectif : 100 millions d’euros de chiffre d’affaires dans 7 ans

Fondée à parité par Laurent Laporte et deux associés rencontrés au fil de son parcours professionnel – Sylvain Rubat du Merac et Hélène Olphe-Galliard – la société auvergnate a levé 12 millions d’euros en 2018 auprès des fonds français Iris Capital et californien Next47, une émanation de son partenaire allemand Siemens. Les fondateurs sont restés « largement majoritaires » à l’issue de l’opération.

Un nouveau tour de table est en préparation pour la fin de l’année ou le début 2022. « Les prochains investisseurs seront des partenaires mondiaux » , assure Laurent Laporte, qui exclut l’option d’une entrée en Bourse « pour cette fois » . Objectif de la levée de fonds: 50 millions d’euros de chiffre d’affaires dans trois ou quatre ans et 100 millions dans les sept ans. D’importants recrutements sont prévus par la société de 150 salariés, déjà présente aux États-Unis et au Brésil, pour accompagner ses projets. Mais est-ce bien réaliste quand on est implanté dans une ville isolée de 15 000 habitants ?

« Être à Issoire n’est pas un handicap pour nos fonctions centrales et le développement logiciel. Les gens qui viennent travailler pour nous sont d’abord intéressés par la qualité de vie et l’ambition du projet qu’on leur propose » , souligne le dirigeant. C’est en revanche « plus compliqué » pour les consultants que Braincube embauche désormais à Lyon. La vieille demeure qui abrite les équipes, qui fut celle du maréchal de France Emile Fayolle, puis un des lieux de vacances d’enfance d’Anne Pingeot, l’amour secret de François Mitterrand, risque toutefois d’être bientôt trop petite, reconnaît Laurent Laporte en présentant les plans d’un projet d’extension de 1 500 m2, semi-enterrés, épousant les courbes du terrain du vaste parc arboré.