Portfolio#App
Temps de lecture : 02'59''
17 mai 2021

Skred, la messagerie française qui se pose en alternative à WhatsApp

WhatsApp va obliger ses utilisateurs à partager leurs données avec Facebook s’ils veulent continuer à utiliser leur application. Et si une initiative française était en mesure de devenir une alternative? Zoom sur Skred.

Publication du 8 janvier mise à jour le lundi 17 mai 2021

Depuis le samedi 15 mai, les nouvelles conditions générales d’utilisation de WhatsApp sont entrées en vigueur. Ces dernières entérinent le partage automatique des données personnelles de la messagerie cryptée à Facebook, sa maison mère. Mais la principale nouveauté réside dans l’arrivée de fonctionnalités commerciales dans l’application, les nouvelles conditions d’utilisation autorisant les entreprises à communiquer sur WhatsApp avec leurs clients, avant ou après un achat. Pour celles et ceux qui refuseraient ce changement, leur compte deviendra progressivement inutilisable.

Officialisée en janvier, cette annonce qui vient d’entrer en vigueur a des conséquences. Nombre de personnes ont décidé de fuir WhatsApp pour se tourner vers des messageries plus sécurisées et attentives au respect des données personnelles. Elon Musk a par exemple recommandé l’utilisation de Signal, qui trône en tête des téléchargements en Inde, en Allemagne, en France et à Hong-Kong. En témoigne un tweet de la messagerie cryptée made in USA, publié le 7 janvier peu avant 19h : « les codes vérification – qui permettent de vérifier les profils – sont en retard chez plusieurs opérateurs à cause d’une demande massive d’inscriptions de personnes sur Signal (nous peinons à contenir notre enthousiasme). Nous travaillons avec eux pour régler le problème au plus vite. Accrochez-vous » .

En France, il existe même déjà une alternatives au géant WhatsApp. Proposée par le groupe Skyrock, Skred est une application qui applique le chiffrement de bout en bout, y compris pour les appels vocaux. « Aujourd’hui, les messageries, même sécurisées, ont pour modèle économique l’exploitation des données des utilisateurs : vous payez avec votre vie privée, constate Pierre Bellanger, PDG du groupe Skyrock et fondateur de la messagerie Skred. Les Français utilisent ces services car ils sont de qualité et créés par des développeurs de talents… Mais ce sont des services toxiques en terme de protections des données » . 

« Au 20ème siècle, la liberté d’expression était de pouvoir parler à tout le monde, aujourd’hui, au 21 ème, c’est de choisir qui écoute. J’ai voulu créer une messagerie qui garantisse cette liberté » , poursuit-t-il. S’inspirant de Napster, entreprise de partage de fichiers audios et musicaux en pair-à-pair encodés au format MP3, il a appliqué ce modèle à son application : « Notre solution propose donc une messagerie sans serveur intermédiaire de transit des messages, c’est donc un pair-à-pair intégral » .

Près de 10 millions d’utilisateurs

Développée avec l’aide de l’Inria, l’application ne demande pas non plus d’adresse mail ni de numéro de téléphone pour s’inscrire, préservant l’anonymat de l’utilisateur. Pour finir, leur système de chiffrement, CypherSQL, a reçu l’approbation de l’Anssi (Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information). 

« Skred séduit : nous avons près de 10 millions d’utilisateurs et enregistrons une activation toutes les six secondes… Notre croissance est exponentielle depuis trois ans«  , se réjouit son créateur. « Notre modèle économique ne repose pas sur vos données, ni sur un abonnement (la messagerie est gratuite), mais sur des clients privés, institutions, grandes entreprises, cabinets d’avocats pour lesquels nous déployons Skred en format haute couture adapté à leurs besoins spécifiques » . 

La messagerie a aussi réussi à s’exporter sans la France. Après la Chine, l’Inde, l’Algérie et Haïti, l’Hexagone est seulement le 5ème pays à utiliser l’application. Rentable selon son fondateur, la société compte d’ailleurs sortir « Skred Visio », son service de visioconférence en pair à pair à destination du grand public, « un Zoom zéro data » comme s’amuse à le surnommer Pierre Bellanger, d’ici septembre 2021.