Portfolio#medtech
Temps de lecture : 04'32''
17 juin 2021
Dextrain
Dextrain

Dextrain aide les victimes d’AVC à recouvrer leur dextérité manuelle

Filiale du groupe français d’électronique Archos, Dextrain industrialise une solution repérée au sein de l’Institut de psychiatrie et neurosciences de Paris. La startup, qui aide notamment les victimes d’AVC à recouvrer leur dextérité manuelle, a de grandes ambitions à l’échelle internationale.

Dénicher les innovations prometteuses, d’origine publique comme privée, aux quatre coins de la France. Telle est la démarche du groupe Archos, qui conçoit depuis plus de 30 ans des appareils électroniques, quand il part à la rencontre des sociétés d’accélération du transfert de technologies (Satt) à travers la France en 2020. « Dernièrement, nous avons voulu nous diversifier pour aller au-delà des seuls produits de commodité. Le domaine de la santé est intéressant, de nombreux brevets existent et ne sont pas exploités en matière de hardware, raconte à Maddyness Loïc Poirier, directeur général d’Archos, soulignant la qualité de ces technologies. À ce stade de R&D, les études cliniques sont déjà réalisées sur de nombreux patients  » . Son équipe a ainsi remarqué, via la Satt Erganeo, une solution issue d’un projet de recherche mené à l’Institut de psychiatrie et neurosciences de Paris et aidant les patients qui souffrent d’une perte de dextérité à recouvrer leurs facultés.

100 millions de patients potentiels par an

La startup Dextrain, qui constitue une filiale du groupe Archos, a été fondée en 2020 sur la base de cette technologie médicale et avec la volonté de devenir « un cluster thématique » autour des problématiques de dextérité. Sa solution est toute indiquée pour les personnes ayant été victimes d’accidents vasculaires cérébraux (AVC) ou souffrant de la sclérose en plaque – entre autres. Il s’agit, pour elles, de réaliser une poignée d’exercices se voulant ludiques à l’aide d’une manette. À chaque doigt correspond un piston, à déclencher en fonction d’événements se déroulant à l’écran. Cela prend la forme d’un histogramme qui se remplit ou de questions. « C’est assez inédit, car il n’est pas question d’orthopédie mais de travail cérébral » , relève Loïc Poirier, qui est aussi à la tête de Dextrain, assurant avoir souhaité mettre sur pied un produit multifactoriel. Cinq paramètres peuvent être mesurés : la force, la séquence, la vitesse, le rythme, la vitesse et l’indépendance de chaque doigt.

Dextrain

Le produit a été pensé de manière à « vivre au domicile du patient » . Un critère essentiel du point de vue du dirigeant d’Archos, qui juge que « plus les personnes l’utilisent, plus l’aide au diagnostic et le suivi s’en trouvent affinés » . Alors qu’elle s’est vu octroyer début juin le marquage CE, le sésame qui permet aux dispositifs médicaux d’être mis sur le marché en Europe, la solution de Dextrain a déjà convaincu plusieurs clients. Centres de rééducation, établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) ou de soins de suite et de réadaptation (SSR), hôpitaux ou kinésithérapeutes libéraux : tout un panel de professionnels peuvent avoir recours au dispositif, qui a vocation à être remboursé par la Sécurité sociale « dans les prochains mois » . « La plateforme, basée sur la collaboration, permet à ces experts de faire remonter des remarques pour améliorer le produit » , indique Loïc Poirier, qui avance que « 100 millions de nouveaux patients pourraient, chaque année, bénéficier de la technologie » en Occident. La location d’un appareil coûte 150 euros par mois et couvre autant de patients que nécessaire. 300 exemplaires sont en production.

Une vocation internationale et des synergies

La maison-mère de Dextrain est une grande habituée des productions de masse. Elle a commercialisé 200 produits au cours des 18 dernières années. À sa tête, Loïc Poirier sait gérer une montée en charge mais préfère se montrer prudent pour jauger l’utilisation de ce premier dispositif médical : « Peut-être monterons-nous à 500 appareils dès la première année. La difficulté réside dans le fait qu’on ne sait pas précisément combien de patients chaque praticien traitera avec un appareil » , expose-t-il, estimant que la moyenne pourrait se situer autour de 6 ou 7. Auquel cas, plus de 3 500 patients pourraient en bénéficier d’ici à la mi-2022. Et autant de données pourraient venir nourrir l’intelligence artificielle derrière le produit. « Nous avons, bien sûr, signé avec un hébergeur de données de santé agréé pour sécuriser ces dernières » , assure le dirigeant, qui indique avoir retenu Amazon Web Services (AWS) pour « ses prestations supérieures à la concurrence en matière d’analytique ».

Sous la houlette du chercheur Pavel Lindberg, son directeur scientifique et titulaire d’un doctorat en neurorééducation, la startup conduit depuis plusieurs mois des essais auprès des patients de l’hôpital Sainte-Anne de Paris. Elle conçoit également un produit complémentaire, sur tablette et destiné aux personnes en début de maladie d’Alzheimer. Moins chère, à 30 euros par mois, l’application est adaptée pour « des sessions de 15 à 20 minutes chez les personnes âgées » . L’intérêt de cette dernière est aussi économique : créer une rentrée d’argent, du fait d’un engagement de 24 mois, qui permettra de financer les futurs développements de l’appareil principal de Dextrain… qui a de la suite dans les idées. « Archos fait 80 % de son chiffre d’affaires hors de France. Cette nouvelle solution étant universelle, on doit envisager le même schéma.  » Les MedTech sont particulièrement nombreuses à s’internationaliser.

La jeune pousse ambitionne de générer un chiffre d’affaires compris entre 1,5 et 2 millions d’euros au terme de sa première année d’activité. Alors qu’elle a déjà levé 500 000 euros à son lancement, elle compte à l’avenir sur la nouvelle société d’investissement du groupe Archos. Nommée Medical Device Venture et cotée en Bourse, cette dernière dispose de participations dans un certain nombre de startups, auxquelles elle redistribue les sommes dont elle dispose. Dextrain fait état d’une équipe de 5 personnes. Elle cherchera, avec les prochains tours de table, à recruter des spécialistes du logiciel pour faire bénéficier ses produits « des technologies de pointe » – telles que le retour haptique, qui permet de recréer les sensations du toucher. « La taille critique se situe autour de 10 personnes, qui peuvent recevoir l’appui du groupe sur des aspects commerciaux ou administratifs » , soulève Loïc Poirier, qui annonce d’ores et déjà la prochaine startup d’Archos pour septembre 2021.