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1 septembre 2021
Xavier Niel. Eric Piermont / AFP

Ce que l’on sait d’Hectar l’école d’agriculture de Xavier Niel

Fin février, Xavier Niel surprenait tout le monde en annonçant la création - avec Audrey Bourolleau, ancienne conseillère du président Emmanuel Macron - d’un vaste campus destiné à former les "entrepreneurs agricoles de demain" . Mais que proposera cette école qui ouvrira ses portes le 6 septembre ?

Mise à jour d’un article publié le 30 avril 2021

Le campus sur le Domaine de la Boissière, dans la Vallée de Chevreuse, au sud-ouest de Paris, accueillera ses premiers étudiants le 6 septembre prochain. Acheté en 2019 à 51% par Audrey Bourolleau, diplômée de l’école supérieure de commerce de la Rochelle, et à 49% par la holding personnelle de Xavier Niel, fondateur et principal actionnaire d’Iliad (Free), le domaine a nécessité une rénovation complète, toujours en cours. Mais les premiers « apprenants » seront accueillis comme prévu dans quelques jours. 

La France est le premier pays producteur agricole de l’Union européenne, ce qui n’empêche pas les éleveurs et les agriculteurs d’alerter depuis des années sur leurs conditions de travail, ni de voir le nombre d’exploitations agricoles diminuer chaque année. L’ancienne conseillère d’Emmanuel Macron en est consciente. « Nous sommes confrontés à un défi de génération très conséquent. En France, 160 000 fermes sont à reprendre d’ici trois ans. Il faut former la prochaine génération » , souligne-t-elle. « Xavier Niel a toujours eu l’engagement de former dans des formats très agiles et innovants, comme ce qu’il a pu faire avec 42 » . Ce qui explique sans doute la volonté d’Audrey Bourolleau de s’associer avec lui sur ce projet, en espérant que le succès sera identique à celui de son campus de formation au développement informatique. C’est Francis Nappez, passé par Free et Meetic avant de co-fonder BlaBlacar, qui sera chargé de tenir le cap en tant que directeur général. 

C’est bien cette nouvelle génération d’agriculteurs et de salariés agricoles que Xavier Niel et Audrey Bourolleau entendent accompagner et former. Pour les nouveaux entrants qui ne seront pas « dans un schéma de transmission familiale, la marche va être très haute » , confie-t-elle. « Il faut leur donner des modèles qui tournent économiquement, soient socialement justes et durables. Ce que nous voulons leur donner, c’est vraiment une posture de chef d’entreprise agricole » .

Voici ce que l’on sait déjà de cette formation pour les agriculteurs de demain.

Deux formations pour prendre la posture d’un chef d’entreprise

Porteurs d’un projet agricole en gestation, ils suivront un programme personnalisé, « Hectar tremplin », destiné à leur permettre de « consolider leur business plan » et de « passer de l’idée à l’action » . La majeure partie de cette formation sur cinq semaines se fera en distanciel. « L’apprenant pourra suivre le programme sur son temps libre » , souligne Francis Nappez. Trois cents personnes par an pourront bénéficier de ce coaching. Les formations d’Hectar seront gratuites pour l’apprenant et dispensées par des pairs et non par des enseignants, à l’instar des écoles de codage informatique 42 lancées par Xavier Niel. Association d’intérêt général, Hectar est éligible aux fonds de la formation professionnelle.

De son côté, la formation phare, « Hectar entrepreneurs » , tournée vers la reprise d’exploitations agricoles, démarrera en janvier. D’une durée de six mois, elle concernera 60 personnes par an.

Une formation sur l’IA appliquée à l’agriculture

Par ailleurs, Hectar vient d’annoncer qu’il accueillera un programme de formation sur l’intelligence artificielle appliquée à l’agriculture, à destination d’étudiants codeurs de l’école « 42 » . Baptisé Agritech IA, ce programme d’une durée de 9 à 12 mois « permettra chaque année à une trentaine d’étudiants de 42 de développer des compétences techniques dans le cadre de projets d’intelligence artificielle liés au contexte et aux besoins du secteur agricole » , indiquent Hectar et 42 dans un communiqué commun. « Les entreprises qui fournissent des solutions Tech au secteur agricole sont avides de trouver des profils de codeurs comprenant les enjeux du secteur » , confirme Francis Nappez. Effectif visés: 30 personnes par an au départ, « environ 60 à terme » .

Un accélérateur de startups agricoles

Janvier 2022 constituera un temps fort pour le développement d’Hectar avec
le lancement d’un accélérateur de startups dans le domaine agricole en partenariat avec HEC Paris. « 
Un peu dans l’esprit de ce qu’a fait Xavier Niel avec Station F »  à Paris et proposera aussi des formations sur le salariat agricole, en manque de bras. Objectif: accueillir 80 jeunes pousses en deux ans. « Le volet ‘innovation’ d’Hectar est devenu plus central qu’imaginé au départ » , relève Audrey Bourolleau. « Nous avons eu énormément de demandes d’accélération de startups. D’un programme très axé sur les repreneurs de fermes au départ, nous sommes passés à un écosystème AgriTech , avec davantage de startups qui pourront leur apporter des solutions » . Une ambition qui coïncide avec celle du gouvernement qui vient d’annoncer le lancement du mouvement « Agri French Tech » et l’octroi d’une enveloppe de 200 millions d’euros pour développer des solutions d’avenir.

Un projet qui s’engage pour l’environnement

Décrite comme une « ferme écrin » par Audrey Bourolleau, petite-fille d’agriculteurs, Hectar annonce qu’elle adoptera une démarche et une vision respectueuses de l’environnement. Face aux défis climatiques, l’école entend ainsi mettre l’accent sur les techniques de préservation des sols agricoles. « Nous avons fait le choix d’être en bio et en agriculture régénératrice, c’est-à-dire que nous ne labourons pas les sols » , détaille l’ancienne conseillère d’Emmanuel Macron, qui habite sur le domaine. « Nous avons remis en place de l’élevage sur une ferme qui ne faisait plus que de la grande culture » . Le troupeau comprend des vaches laitières et l’exploitation se dotera l’an prochain d’une laiterie.

En mars, la révélation par le magazine Capital du projet Hectar avait suscité des critiques. La chambre d’agriculture, la FDSEA et les Jeunes Agriculteurs (JA) d’Ile-de-France s’étaient interrogés “sur sa finalité idéologique » . La Région Île-de-France, elle, croit en ce projet ambitieux – qui vise l’installation de 30 porteurs de projets par an en Île-deFrance – et lui a même attribué une subvention.