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20 octobre 2021
Crédit : Fabio

Linkurious, l’éditeur français du logiciel derrière les Pandora et Panama Papers

Panama Papers, Pandora Papers... Ces enquêtes journalistiques ont permis de mettre au grand jour l'ampleur de l'évasion fiscale mondiale et parfois, le nom des bénéficiaires de milliers de comptes offshore. Le travail de centaines de journalistes n'aurait pas été possible sans la solution développée par l’entreprise française Linkurious.

Rendre visible des données et leurs liens complexes. C’est l’ambition affichée à la création de Linkurious en 2012 par Sébastien Heymann, David Rapin et Jean Villedieu. Huit ans plus tard, les 50 collaborateurs et collaboratrices de l’entreprise collaborent avec des entreprises et des organisations dans le monde entier. « Nous travaillons avec des grands comptes, des grandes banques mais aussi des agences gouvernementales » , détaille Sébastien Heymann. Des ONG et des journalistes, rassemblés au sein de l’ICIJ (Consortium international des journalistes d’investigation en français, ndlr) en font également bon usage, à l’instar des enquêtes baptisées « Panama Papers » et « Pandora Papers » sur l’évasion fiscale de personnalités du monde des affaires et de la politique. Voici comment ces centaines de journalistes ont utilisé Linkurious.

Détecter des pistes à suivre 

Concrètement, « l’ICIJ a récupéré des terra bits de données sous différents formats (jpeg, png, PDF, etc) qui vont ensuite être nettoyées et transformées dans le même format afin de pouvoir être exploitées » , détaille Sébastien Heymann. Celles-ci sont ensuite consolidées grâce à des analyses statistiques et du machine learning. La visualisation entre alors en action en mettant en avant les relations entre les données, ici les flux financiers et les personnes. Ce qui a permis aux journalistes de naviguer dans les fichiers de données pour creuser certaines relations. Linkurious n’est jamais alerté des enquêtes au cours. « Nous travaillons en pro bono avec l’ICIJ et plusieurs ONG capables de mener des projets d’investigation dont les résultats peuvent avoir un impact mondial. Lorsque l’ICIJ enquête, nous ne sommes jamais au courant, nous découvrons les affaires en même temps que tout le monde » . 

Lutter contre la criminalité organisée 

L’entreprise reste discrète et communique très peu, même si ces affaires sont toujours une bonne publicité. Mais elle compte déjà des clients dans une quinzaine de pays, principalement en Europe et en Amérique du Nord. 

Si la solution de Linkurious permet de répondre à des enjeux très différents (conformité RGPD, acheminement des vaccins pendant la pandémie, etc), elle a fait de la lutte contre le crime organisé son premier cheval de bataille. Sa solution est capable de mettre en lumière « l’argent collecté pour financer le terrorisme à travers des identités achetées sur le web. Nous travaillons également beaucoup sur le blanchiment d’argent et la fraude avec piratage d’identité. Les cas d’usage explosent dans les institutions financières » , développe le co-fondateur. Pôle emploi exploite d’ailleurs le logiciel de Linkurious pour démanteler « des bandes organisées qui fraudent pour récupérer les aides. Les informations recoupées permettent de faire de grandes économies »

Au fil du temps, « nous avons réussi à pousser une technologie innovante qui démocratise l’usage des données par des graphes. Cette méthode était surtout utilisée par les agences gouvernementales et militaires » , souligne Sébastien Heymann. En un sens, Linkurious se rapproche des solutions no code. « Il n’est pas nécessaire d’être data scientist pour utiliser notre solution, juste de connaître son métier. Une formation courte d’un ou deux jours est également proposée »

Homme vs technologie 

Pour autant, les dirigeants de Linkurious se refusent à verser dans le solutionisme technologique. « Nous voulons construire une solution qui sert à l’humain, un outil de visualisation comme aide à la décision. Le terrorisme se réorganise très vite, ils sont très intelligents. Or, les algorithmes se basent sur le passé et ne sont donc pas adaptés à ces futures attaques. Pour continuer à se défendre, il faut associer humain et technologie » , estime l’entrepreneur. Et donner plus d’ampleur à la data analyse. « Il faut largement investir dans ce secteur. Nous en sommes encore à l’âge de pierre de l’analyse de données visualisées. Nous avons besoin d’un plan massif pour investir ce sujet, il faut aussi l’enseigner dans les masters » , conclut-il.