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22 octobre 2021
Photo par Morgan Housel via Unsplash

La France mise sur ses cerveaux pour s’imposer dans la BrainTech

Une étude réalisée par le fonds d'investissement Newfund explore le marché en plein essor de la santé mentale sur lequel l'Europe a une carte à jouer.

Les entrepreneurs et entrepreneuses sont de plus en plus nombreux à investir le champ de la santé mentale. Il faut dire que le marché est porteur : 1 personne sur 5 souffrirait d’une affection mentale, postule un rapport sur la BrainTech réalisé par Anne-Sophie Nedellec, partner du fonds d’investissement Newfund. Les confinements successifs ont, partout dans le monde, aiguisé les besoins de solutions efficaces disponibles rapidement et facilement. Mais au-delà des plateformes de mise en relation des patients avec des personnels médicaux qualifiés qui ont foisonné pendant la crise, le « capital cerveau » (ou brain capital, en anglais), qui « englobe à la fois les compétences et la santé du cerveau », utilise des technologies de haute volée, explique l’étude Brain Technology Revolution : La prochaine vague technologique, que Maddyness a pu consulter,

« Le numérique seul ne pourra pas traiter les maladies mentales, tranche d’emblée Anne-Sophie Nedellec. La France et l’Europe ont une carte à jouer en combinant sciences et technologies. Nous sommes ainsi très bons en méta-génomique, qui permet le séquençage des microbiotes afin de comprendre ce qui se passe dans nos intestins et développer des micro-biothérapies pour soigner les personnes atteintes de problèmes de santé mentale. »

Les États-Unis précurseurs, l’Europe à la pointe

Avec des cerveaux de grande qualité et plus de 160 startups, l’Europe est bien placée pour être à la pointe de la recherche en matière de BrainTech. Comme dans beaucoup de secteurs, les États-Unis ont cependant pris une longueur d’avance dans la course aux capitaux. Ainsi, parmi les 15 plus importants tours de table du secteur (depuis 2015), 13 ont été réalisés par des startups américaines et pour des montants que l’Europe n’atteindra probablement pas dans un horizon proche – le plus important tour de table atteint 675 millions de dollars.

Une donnée qu’Anne-Sophie Nedellec balaie d’un revers de manche : « beaucoup de levées de fonds ont été réalisées par des startups qui se sont lancées sur des sujets très basiques mais rien n’a été mesuré, testé ». Ainsi, l’Américain Lyra Health, qui caracole en tête du tableau des levées de fonds, a développé une plateforme B2B qui permet aux salariés de trouver la solution de santé mentale qui leur convient. « Les Américains ont le sens du business, ils ont été très opportunistes au moment du Covid. Mais l’Europe n’est pas du tout en retard par rapport aux États-Unis. » Sur les 3,5 milliards de dollars d’investissements qui devraient être atteints en 2021, l’Europe devrait parvenir à en capter 700 millions, soit 20%.

Un peu en retrait sur le sujet, la France n’a pas encore vu de champion émerger dans ce segment de marché. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y en aura jamais. « Le sujet restait tabou jusque-là, même si beaucoup de sociétés travaillaient déjà sur la santé mentale, souligne Anne-Sophie Nedellec. Certaines disaient travailler sur des applications neurologiques pour ne pas évoquer spécifiquement la santé mentale. La crise a changé les choses, le sujet est entré dans les conversations. » D’autant que les technologies sont (déjà) au rendez-vous : « on utilise déjà le big data ou l’intelligence artificielle pour traquer les biomarqueurs en oncologie, par exemple mais ces technologies ne sont pas encore utilisées en santé mentale parce que les entrepreneurs ne se rendaient jusque-là pas compte de la taille du marché et que les financements ne suivaient pas ».

Des opportunités de marché à explorer

Parmi les quatre grandes familles de startups identifiées par Newfund dans la BrainTech, certaines connaissent déjà un certain succès. Les diagnostics et traitements professionnels, par exemple, combinent un important intérêt des investisseurs avec une certaine maturité technologique des solutions proposées – à l’exception des thérapies numériques, moins développées ; mais aussi les solutions pour entreprises qui présentent les mêmes caractéristiques. « Les entreprises ont pris conscience que les problèmes de santé mentale allaient leur coûter très cher : pré-Covid, ils représentaient déjà 30% des congés longue durée. Les solutions apportées ont un cycle de vente plus court, avec une mise sur le marché possible en moins de 18 mois », liste Anne-Sophie Nedellec pour expliquer l’essor de ce segment.

Au contraire, les outils au service des praticiens restent les parents pauvres du secteur : les logiciels d’aide à la décision et les traitements complémentaires, encore trop peu performants, ne rencontrent pas l’engouement des investisseurs.

Pour autant, il reste des opportunités à saisir dans pratiquement toutes les verticales. « Les meilleures solutions technologiques ne sont pas encore sur le marché », estime ainsi l’étude au sujet des solutions personnelles B2C. Les objets connectés – appliqués notamment au textile – pourraient bien changer la donne dans les années à venir. Et, en matière de thérapies numériques, « je crois beaucoup aux partenariats avec les big pharmas », révèle Anne-Sophie Nedellec, notamment pour simplifier l’accès aux utilisateurs et réduire les dépenses de commercialisation. Une chance : les big pharmas sont aussi françaises et les perspectives de rachat pourraient doper encore l’intérêt des investisseurs pour les solutions de santé mentale.