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Temps de lecture : 03'58''
29 novembre 2021
phare Bretagne
William Bout

Que font les fonds ? Le portrait de Breizh Up

Dans le paysage de plus en plus foisonnant de l’investissement, les fonds se multiplient… et ne se ressemblent pas. Parce qu’une levée, ce n’est pas simplement encaisser de l’argent, nous avons décidé de brosser le portrait des fonds pour aider les entrepreneurs à s’y retrouver et à choisir le bon investisseur. Au tour de Breizh Up.

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Combler le vide qui subsiste dans le financement de ses jeunes sociétés innovantes. C’est l’ambition de la région Bretagne avec son fonds d’investissement Breizh Up, qui a pour but de stimuler l’injection de capitaux privés dans l’économie locale. « Il y a un trou dans la raquette, avec des entreprises qui ne peuvent avoir des difficultés à réunir des sommes comprises entre 250 000 et 750 000 euros » , explique notamment à Maddyness Stéphane Lefèvre-Sauli, gérant du fonds. Opéré par UI Investissement pour le compte de la région, Breizh Up n’intervient pas seul sur les levées auxquelles elle participe. « Nous cherchons à provoquer un effet de levier. Pour un euro d’argent public mis sur la table par Breizh Up, nous voulons collecter au moins un euro d’argent privé » , indique Stéphane Lefèvre-Sauli, qui avance qu’il s’agit d’un « relai social et économique pour bâtir la Bretagne de demain ».

Investir les secteurs historiques et d’avenir

Créé en 2015, le fonds affiche une capacité d’investissement totale de 20 millions d’euros. Ses financeurs sont la région Bretagne et le Fonds européen de développement régional (Feder). Il investit au stade de l’amorçage, jusqu’à 2 millions d’euros. « Le plus souvent, le ticket initial est compris entre 100 000 et 500 000 euros. Si nous investissons à nouveau, cela sera compris entre 1 et 1,2 millions, expose ainsi Stéphane Lefèvre-Sauli, qui affirme adopter une stratégie classique dans le monde du VC. C’est comme un entonnoir : nous réinvestissons seulement dans les meilleures sociétés. » Breizh Up dispose actuellement de 28 sociétés en portefeuille, dont 11 ont bénéficié d’un second investissement. Elle peut même en suivre jusqu’en série B « lorsqu’un accompagnement dans la durée est requis ».

C’est le cas de la SpaceTech rennaise Unseenlabs, qui évolue dans un secteur d’activité nécessitant un développement sur le temps long. « Nous occupons une place au conseil d’administration. Si nous sommes dans une démarche proactive en matière de conseil, nous n’endossons pas de rôle opérationnel » , pointe Stéphane Lefèvre-Sauli, qui estime que les sociétés dans le portefeuille de Breizh Up et celles financées par les autres fonds d’UI Investissement à « partager leurs expériences et mettre en commun leurs canaux de distribution » . L’intérêt : se confronter rapidement au marché, dans l’un des cinq domaines couverts par le fonds – les économies maritime et numérique, l’agro-alimentaire, la santé et l’industrie 4.0. Des créneaux qui recoupent aussi bien les métiers historiquement associés à la région que les nouvelles tendances observées à l’échelle mondiale.

« Ne pas rechercher la rentabilité à tout prix »

Le fonds, qui compte depuis peu une analyste en plus de son gérant, a établi une liste de financeurs auxquels s’associer dans le cadre des tours auxquels il participe. Il peut s’agir aussi bien de réseaux locaux de business angels que de fonds nationaux d’envergure – comme Anaxago, Demeter, Seventure, 360 Capital –, en passant par des fonds régionaux – tels que Web West Valley ou We Positive Invest. « Décrocher les meilleurs partenaires permet d’optimiser l’accélération de la jeune pousse en portefeuille. De notre côté, nous réalisons un sourcing très en amont. Avoir un acteur local comme co-investisseur peut, par ailleurs, être rassurant pour un fonds national » , relève ainsi Stéphane Lefèvre-Sauli.

Les critères d’investissement de Breizh Up ne diffèrent pas de ceux appliqués par les plus gros fonds généralistes : les innovations technologiques, organisationnelles ou de rupture sont recherchées, tout comme la capacité des fondateurs à structurer une équipe. « Il faut qu’ils sachent recruter les expertises métiers adéquates et fidéliser les compétences au sein de l’entreprise, ce qui leur permettra aussi à terme à déléguer » , note le gestionnaire. Bien sûr, la contrainte principale pour prétendre à un financement de la part de Breizh Up est géographique : le siège social de l’entreprise candidate doit nécessairement se situer sur le territoire de la Bretagne administrative – départements du Finistère, Côtes-d’Armor, Morbihan et Ille-et-Vilaine. « L’entreprise doit aussi avoir le réflexe de l’étude de marché et mener de premières discussions avec des industriels » , indique Stéphane Lefèvre-Sauli, précisant « co-construire la stratégie go-to-market » avec la startup dans un second temps.

Parmi les startups bretonnes qui ont bénéficié d’un investissement de sa part figurent, par exemple, l’expert de la cybersécurité Glimps, les AgriTech Tibot, Microbs et Algo Paint ainsi que la PropTech Buldi. « Plusieurs réinvestissements sont prévus en 2022 » , confie le gérant de Breizh Up, estimant être « habitué aux temps de développement longs pour des technologies en matière de robotique ou de matériaux » . Si le fonds fixe une clause de sortie « à 5 ou 6 ans » dans le cadre de ses accords de financement, il affirme « ne pas rechercher la rentabilité à tout prix ». Une seule sortie a, d’ailleurs, eu lieu. L’expert du tatouage numérique ContentArmor a été racheté par Synamedia, une ancienne division de l’Américain Cisco. « Une opération rentable, qui nous permettra d’investir dans quatre ou cinq nouveaux premiers tours » , pointe Stéphane Lefèvre-Sauli. Et le fonds ne compte pas s’arrêter en si bon chemin : il devrait être amené à renforcer sa capacité d’investissement.

Article écrit par Arthur Le Denn
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