Décryptage
Temps de lecture : 04'42''
1 décembre 2021
@Techfugees

« Le talent des réfugiés ne doit pas être sous-estimé »

Maddyness s'est entretenu avec Raj Burman, CEO de Techfugees, pour comprendre comment l'organisation mène un programme qui offre des opportunités dans la tech aux personnes réfugiées.

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« Les réfugiés sont des êtres humains sur lesquels on peut investir » , déclare Raj Burman, CEO de Techfugees, une organisation à but non lucratif qui réunit une communauté de développeurs, d’humanitaires et d’entrepreneurs sociaux favorisant l’inclusion des personnes déplacées, avant de préciser sa pensée : « On peut investir sur ces personnes réfugiées parce qu’en traversant une crise – au travers de leur parcours principalement – ils sont incroyablement innovants car la nécessité est la mère de toute invention. »

Selon le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), il y a plus de 84 millions de personnes réfugiées dans le monde aujourd’hui. Mais malgré un réservoir croissant de talents inexploités, les réfugiés sont souvent considérés comme un fardeau et un gouffre pour les ressources économiques d’un pays. Techfugees s’efforce de changer cette vision.

Pour ce faire, l’association se rapproche des entreprises et géants du numérique tels que Google, afin de créer davantage d’opportunités pour les réfugiés dans ce secteur, en les dotant de compétences numériques. L’organisation s’est récemment associée à la société américaine de logiciels Chili Piper pour lancer un nouveau programme intitulé « Citizens of our Planet » . Le programme – qui a vu le jour en réponse à la nécessité d’installer d’urgence les réfugiés afghans – dispose d’un million de dollars pour faciliter l’embauche des réfugiés et soutenir leur intégration, tout en leur assurant un revenu récurent.

« Nous assistons à des changements de paradigme intéressants avec des entreprises qui voient la réelle opportunité de travailler avec des organisations comme la nôtre » , commente le CEO de Techfugees.

La crise du Covid crée des opportunités dans le numérique

Selon Raj Burman, la pandémie a créé de nouvelles opportunités dans le numérique pour connecter les entreprises à des réfugiés, aux compétences inexploitées, qui sont « avides d’améliorer et de renouveler leurs compétences numériques pour répondre à une pénurie » . Et d’ajouter : « Les anciennes règles pour faire des affaires ont vécu car, pour survivre dans le monde post-pandémique, il faut inventer de nouvelles règles d’engagement » .

L’organisation à but non lucratif a récemment lancé un programme international entre le Canada et le Liban, soutenu par Western Union, afin de connecter les personnes marginalisées à de nouvelles opportunités de carrière. « Le Canada a une pénurie de talents dans le numérique, et le Liban en a beaucoup, explique le CEO de Techfugees. Nous aidons des réfugiés au Liban à mettre à niveau leurs motivations et compétences de base. Mais surtout, nous créons un corridor qui permet de lier la migration avec la rencontre de startups tech au Canada » .

Une communauté de bénévoles partout dans le monde

L’organisation a été lancée en 2015 suite à un appel à l’action sur Facebook du rédacteur en chef de Tech Crunch, Mike Butcher. La viralité du réseau social a fait le reste, avec des antennes dans près de 50 pays. Grâce à des groupes de volontaires installés dans le monde entier, Techfugees peut mettre en relation des personnes déplacées avec de nouvelles opportunités dans le secteur de la tech, où qu’elles se trouvent dans le monde.

L’organisation s’est également associée à Google pour distribuer 100 bourses d’études numériques, permettant aux réfugiés d’être « prêts à travailler » . Au Kenya et en Ouganda, des volontaires travaillent avec BuffaloGrid, une entreprise basée à Belfast, dans le but de fournir des centres de connexion numérique permettant aux réfugiés d’accéder à des contenus éducatifs adaptés à leurs besoins.

Ce projet vise à aider 1,2 million de personnes au cours des trois prochaines années. « Nous étudions le type de contenu que nous pouvons apporter aux enfants qui n’ont pas pu aller à l’école, souligne Raj Burman. Nous réfléchissons également à la possibilité d’apporter aux femmes des compétences et des connaissances en matière d’éducation financière, de violence sexuelle ou de Covid. Des choses qui résonnent avec les préoccupation des gens » .

« Notre mission est de nous assurer que nous faisons tout ce que nous pouvons faire collectivement pour ne laisser personne à la traîne »

« Le récit doit changer »

Mais malgré certains changements dans la volonté des organisations et entreprises de tendre la main aux talents inexploités, Raj Burman estime que cela ne va pas assez loin. Actuellement, 1 % de la population mondiale est déplacée, principalement en raison des conflits. Mais ce chiffre est appelé à augmenter avec les effets du changement climatique, des données récentes prévoyant que 1,2 milliard de personnes seront déplacées de force d’ici à 2050. « Nous vivons dans un monde frappé par le climat, mais nous sommes connectés grâce au numérique. La perception selon laquelle les réfugiés ne sont pas connectés est tellement dépassée. »

Pour comprendre le potentiel, le dirigeant milite pour un changement significatif dans la manière dont les réfugiés sont perçus aujourd’hui. Cela signifie que les entreprises et organisations doivent reconnaître non seulement la « valeur du travail collaboratif » , mais aussi le potentiel de cette base de compétences inexploitées des personnes déplacées. Pour étayer son propos, il évoque la nécessité d’un « changement culturel pour que les gens comprennent le côté positif et la richesse des personnes, qu’elles contribuent activement à la société et ne sont pas un fardeau. »

En tant qu’entrepreneur avec une expérience dans les technologies numériques, l’entreprise sociale et le développement durable, et issu d’une famille de réfugiés, Raj Burman défend l’idée que l’énorme base de talents au sein des réfugiés « ne doit pas être sous-estimée. »

« Ces personnes quittent les camps, surmontent les obstacles, traversent les frontières internationales et s’assurent que leurs familles sont en sécurité, souligne-t-il. Ils ont une vision du monde, et cette vision du monde est ancrée dans leur solution. Ils ont une ténacité et une persévérance incroyables, et c’est exactement le genre d’ingrédients dont vous avez besoin pour faire la différence. »

Texte original : Abby Wallace / Maddyness UK

Article écrit par Abby Wallace
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