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30 mars 2022
rubiks cube

Ce que nous apprend l’inventeur du Rubik’s Cube sur l’innovation

Il est le casse-tête le plus populaire du monde, et sans doute l’un des plus difficiles à résoudre. Depuis sa naissance dans les années 1970, le Rubik’s Cube fait tourner les têtes, virevolter les doigts, jusqu'à rendre addict. Mais d’où vient-il ? Comment expliquer son succès planétaire ? Son créateur - l’Hongrois Ernő Rubik - livre, dans l'ouvrage Le Cube qui a conquis le monde, un récit inspirant pour oser inventer.

On connait tous cet objet iconique : le Rubik’s Cube. Depuis 1974, il fait partie des meilleures ventes de jouets de tous les temps avec Barbie et les soldats G.I. Joe. Ce casse-tête très complexe – il possède 43 trillions de combinaisons différentes – n’a pourtant pas toujours connu le succès. Et son créateur Ernő Rubik, adepte des puzzles, le sait mieux que personne.

Dans Le Cube qui a conquis le monde (Flammarion), il retrace la folle aventure de son invention, du prototype initial au triomphe planétaire. Au fil des pages, le designer et architecte hongrois livre une réflexion sur les mécanismes du jeu, les vertus de la concentration, et nous montre surtout que son « Cube » est bien plus qu’un simple passe-temps. Mieux, il est la preuve que tout le monde peut oser inventer.

L’amateurisme a du bon

Avoir fait Harvard ou travailler chez Google n’est pas la voie royale pour créer et inventer les solutions révolutionnaires. Au contraire, c’est l’amateurisme qui pousserait à davantage de créativité selon l’inventeur.  « Un amateur est libre, indépendant et ouvert, avec le risque de faire des découvertes par hasard – mais c’est aussi la récompense. Les amateurs tendent à être immergés dans un état permanent de curiosité. Ils ont la joie de voir s’épanouir le processus de création et ressentent à la fin une grande fierté devant le résultat final », souligne Ernő Rubik.

« En repensant à l’histoire de l’invention du Cube, je peux dire par expérience que vous pouvez réussir en étant amateur. Quand je l’ai créé, je n’étais pas un dessinateur industriel et je n’avais aucune expérience dans le domaine des jouets. » 

Pour l’inventeur du Rubik’s Cube, c’est certain : le manque de professionnalisme stimule l’imagination et conduit parfois à des découvertes fortuites. « Même si j’avais une profession, j’étais et je suis toujours un amateur. On différencie souvent amateurs et professionnels par leur formation. Certes, les professionnels sont formés pour leur spécialité, et la plupart des amateurs se sont entraînés tout seuls dans le domaine qui stimule leur imagination et suscite leur intérêt. Paradoxalement, ceux qui sont au sommet de leur profession ont, comme les amateurs, la passion de leur travail. »

La curiosité nourrit la création

La créativité est un muscle qu’il faut entraîner. Comment ? En restant curieux, estime Ernő Rubik : « La curiosité est la flamme qui permet à la création de s’embraser. » Mais au fond, qu’est-ce que cela signifie ? Comment développer sa curiosité ? Là encore, le designer a la réponse. « Être curieux, c’est ne rien accepter, ne jamais cesser de revenir sur des questions fondamentales. (…) C’est la capacité à être surpris et à essayer ensuite de comprendre ce qui en a été la cause. On est curieux devant quelque chose d’inhabituel. C’est presque un paradoxe de dire que l’on peut rencontrer les questions les plus profondes et les plus difficiles dans les choses les plus communes, que l’on prenait comme allant de soi. Trouver le truc d’un magicien est bien plus facile que de comprendre pourquoi une pomme tombe de l’arbre. »

C’est d’ailleurs en voulant créer un objet tridimensionnel pour faire réfléchir ses étudiants de l’Université d’arts appliqués de Budapest qu’Ernő Rubik a inventé le Rubik’s Cube. Sa création lui a pourtant causé de nombreux casse-têtes. Le Hongrois a notamment passé des heures à concevoir le noyau du cube, trouver les meilleurs ressorts ou arrondir les arrêtes des faces du produit : « J’ai dû le faire 312 fois », assure-t-il.

« La curiosité est comme la soif, une envie de remplir un vide, de répondre en quelque sorte à une démangeaison intellectuelle et émotionnelle. Elle vous rend certain que quelque chose existe, sans savoir exactement quoi. Il y a un désir intérieur à suivre, et une sorte de promesse que peut-être on découvrira quelque chose de caché, et que l’on pourra être le seul à voir. On veut comprendre ce qui se dissimule sous la surface. En ce sens, nous ne sommes pas des créateurs, mais des découvreurs. »

L’échec fait partie du jeu

On ne cessera de le répéter mais l’échec est la clé du succès. Charles Darwin, Roger Federer, Oprah Winfrey, J.K. Rowling… Tous ont accumulé les ratés avant de connaître la réussite. L’entrepreneuriat et l’innovation ne font bien sûr pas exception à la règle. Dans la Silicon Valley, on vante même le « fail fast, learn fast » : plus vous échouez tôt, meilleure sera votre future réussite. Et visiblement, Ernő Rubik est aussi de cet avis. « Échouer n’est jamais plaisant, certes, mais cela fait partie de toute expérience, de toute tentative innovante. C’est toujours positif intellectuellement, même si c’est parfois une épreuve émotionnellement. Il n’y a rien de plus instructif dans la vie que l’échec. »

Le père du Rubik’s Cube va encore plus loin. Lui considère même que le succès est souvent moins enrichissant que l’échec. « Il faut avoir le courage de commettre des erreurs pour arriver à faire les choses parfaitement. Dans la plupart des cas, il est impossible de distinguer l’élément déterminant d’un échec, tant les composantes du processus créatif sont nombreuses. Avec le recul, il est finalement plus facile de déterminer les raisons d’un échec que de comprendre les causes rationnelles d’un succès. Et ce pour la simple raison qu’une part importante du succès est due à la chance. Je sais bien que les Américains disent qu’on se crée soi-même sa chance, mais je pense que ce n’est pas toujours le cas. » Il ne reste plus qu’à se lancer !