Décryptage
Temps de lecture : 04'34''
21 avril 2022
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© Myriam Tirler / Hans Lucas via AFP

Numérique : les divergences entre les programmes de Macron et de Le Pen

Soutien aux entreprises, financement de l’innovation, souveraineté technologique, Gafam, cybersécurité… Maddyness a passé au crible les propositions pour le numérique des deux finalistes de l’élection présidentielle, Emmanuel Macron et Marine Le Pen.

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Numérique : les divergences entre les programmes de Macron et de Le Pen
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VivaTech 2017. Fraîchement élu président de la République, Emmanuel Macron rend hommage à la France « hyper-innovante ». À l’adresse des nombreux étrangers présents, le nouveau chef de l’État lâche en anglais : « I want France to be a startup nation. » L’expression est restée, et Emmanuel Macron a réitéré ses propos auprès de Maddyness en juin 2021.

À quelques jours du second tour de la présidentielle, l’écosystème French Tech est sur le qui-vive. Nombre de ses membres ont pris position en faveur de la réélection d’Emmanuel Macron, notamment au sein d’une tribune rédigée par des entrepreneurs et investisseurs, parue dans Les Échos. Et pour cause : face au président sortant, Marine Le Pen prône une souveraineté technologique et un contrôle extrêmement strict des investissements étrangers en France, au moment où Business France vient de relever que les investissements étrangers avaient atteint des records. De son côté, Emmanuel Macron articule son programme autour de deux grandes idées : la poursuite d’un soutien massif de l’État à l’innovation, d’abord ; la volonté de proposer un « numérique pour tous », ensuite.

Même s’il reste des efforts à faire en matière de diversité et de mixité, l’écosystème entrepreneurial français se porte bien : les startups françaises ont connu une forte croissance ces dernières années et attirent de plus en plus d’investisseurs. En janvier 2022, la French Tech a même enregistré avec Exotec sa 25e licorne, soit la 25e entreprise de la tech valorisée à plus d’un milliard de dollars. Une prouesse, mais surtout une victoire pour Emmanuel Macron qui avait, dès 2019, affiché le cap de 2025 pour atteindre les 25 licornes en France. « On nous disait que c’était impossible et que la startup nation, comme beaucoup ont dit, c’était du vent. Mais collectivement, nous y sommes arrivés, et avec trois ans d’avance », s’enthousiasmait au début de l’année le chef de l’État, dans une vidéo partagée sur Twitter. Maddyness fait le point sur les programmes respectifs.

Concernant la fracture numérique 

Emmanuel Macron (La République en marche)

– Achever la couverture numérique du territoire par la fibre d’ici à 2025.

Renforcer les téléconsultations pour lutter contre les déserts médicaux. Emmanuel Macron surfe, ici, sur la vague de la télémédecine, une pratique qui s’est très largement répandue lors de la crise du Covid-19. Pour les patients atteints de maladie chronique, il envisage « un accompagnement personnalisé et connecté », en prenant l’exemple de la télésurveillance de la glycémie. 

Marine Le Pen (Rassemblement national)

– Réduire la fracture numérique. Comme le président sortant, Marine Le Pen promet la disparition des zones blanches, non connectées.

En matière d’indépendance technologique

Marine Le Pen

Mettre en place un fonds souverain français à l’automne 2022, pour favoriser l’émergence et le développement d’acteurs français du numérique. Placé sous l’égide de la Caisse des dépôts, il visera à « mettre l’épargne des Français au service de l’économie productive, la rémunérer et proposer aux Français qui se souhaitent de devenir actionnaires de la Maison France »

Recourir à des fournisseurs français « pour la commande publique dans les domaines militaires et de sécurité nationale, et pour le reste de la commande publique, une priorité accordée à des fournisseurs européens ». Cela concernera les matériels informatiques, de télécommunication, les logiciels et les services, notamment d’hébergement en nuage (cloud).

– Contrôler les investissements étrangers en France. Dans son livret consacré au numérique, la candidate RN s’engage à imposer le contrôle strict « avec faculté d’interdiction pour des intérêts étrangers ou non européens de racheter des entreprises françaises de pointe du secteur du numérique stratégique, dans l’esprit du décret Montebourg ».

Mettre en place une fiscalité « juste », au niveau de l’Union européenne ou de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), pour « mettre un terme au scandale du paiement de montants dérisoires d’impôts en France d’entreprises étrangères qui y ont pourtant des activités et y réalisent des profits ».

Rendre obligatoire l’hébergement des données des Français, entreprises françaises et services publics en France ou dans l’Union européenne, par des opérateurs français ou européens.

Emmanuel Macron

Investir pour ne plus dépendre des entreprises américaines ou chinoises. Le candidat LREM propose un plan d’investissement de 30 milliards d’euros dans « les secteurs d’avenir », parmi lesquels il cite les semi-conducteurs, le quantique, le cloud ainsi que l’intelligence artificielle, afin de ne plus dépendre d’autres pays comme les États-Unis ou la Chine, et ainsi « assurer l’autonomie technologique » de l’Europe.

Concernant les Gafam et Big Tech

Marine Le Pen

– Imposer aux entreprises étrangères du numérique exerçant dans le pays « une ouverture de capital », voire « une cession partielle de leurs activités » dans le cas où une société ne respecterait pas les normes françaises.

– Leur faire payer des impôts correspondant à l’activité qu’elles y ont et aux profits qu’elles y font, notamment en ce qui concerne les cryptoactifs qui doivent être placés sous le régime commun des marchés financiers.

– Mettre un terme à toutes leurs pratiques anticoncurrentielles.

Accorder le statut de salariés aux chauffeurs et livreurs des plateformes numériques, « la situation actuelle créant une injustice sociale et économique pour les prestataires employés en détournant le statut d’auto-entrepreneur », s’inquiète Marine Le Pen.

Obliger les Gafam à « collaborer avec les services de police », dans le cadre d’enquêtes ayant trait au harcèlement en ligne, à la diffamation, à la contrefaçon et à tout crime ou délit.

Emmanuel Macron 

– Envisager un démantèlement des Gafam. « Il ne faut pas exclure un démantèlement [des grandes entreprises technologiques], si cela se révélait nécessaire, a déclaré Emmanuel Macron, dans l’entretien-fleuve qu’il a accordé au Point. Il y a des précédents. Theodore Roosevelt, il y a un peu plus d’un siècle, a renforcé la législation antitrust et poursuivi la Standard Oil, ce qui a mené à son éclatement. »

Concernant les réseaux sociaux

Marine Le Pen

Mettre fin à la « censure » opérée par certains réseaux sociaux, du type Twitter ou Facebook (qui ces derniers mois ont décidé de fermer des comptes, en fonction de leurs propres règlements). Seuls les tribunaux devraient avoir ce droit de fermeture d’un compte, affirme Marine Le Pen. « Je n’hésiterai pas à faire établir et gérer un réseau social public, libre et gratuit si les réseaux sociaux privés devaient persévérer dans leurs pratiques : le débat public ne peut pas être confisqué », soutient la candidate, sans jamais citer le nom de Donald Trump, qui avait été exclu de ces réseaux après la présidentielle américaine de 2020.

Créer à l’échelle européenne d’un réseau social libre et gratuit non attentatoire à la liberté d’expression et à la sécurité des données personnelles.

Emmanuel Macron 

Mettre en place le « contrôle parental des écrans par défaut » et renforcer la lutte contre le harcèlement sur l’Internet.

En matière d’éducation aux outils numériques

Emmanuel Macron

Mettre à disposition 20 000 accompagnateurs pour lutter contre l’illectronisme et aider les Français qui en ont besoin dans la maîtrise des outils numériques et leurs démarches quotidiennes. Une mesure qui vise à accompagner la numérisation des services publics en France, renforcée par Emmanuel Macron dès 2017 et qu’il s’engage à accélérer en cas de réélection.

– Généraliser l’enseignement du code informatique à partir de la 5e. « Dès le collège, on veut pouvoir systématiser l’équivalent de la deuxième langue étrangère dès la cinquième, où des jeunes pourront choisir le code », a avancé le candidat LREM lors d’une réunion publique à Poissy, évoquant la nécessaire formation des citoyens aux usages numériques.

Marine Le Pen

Développer les dispositifs déjà existants de guichet numérique et mobiliser les acteurs de la médiation numérique administrative ou associative, pour lutter contre l’illectronisme.

En matière de cybersécurité

Emmanuel Macron

– Recruter 1 500 cyberpatrouilleurs.

Mettre en place un filtre anti-arnaques, qui avertira en temps réel tous les usagers de l’Internet avant qu’ils ne se rendent sur un site potentiellement piégé. Sollicité par Next INpact, le député Eric Bothorel (LREM) a précisé qu’il s’agissait d’un système qui filtrera « préventivement les adresses web correspondant à des sites malveillants connus, afin d’éviter qu’un internaute peu averti ne télécharge des logiciels infectés (rançongiciels, virus, spyware dispositifs de phishing) ou ne reçoive par la suite des emails piégés ».

Mettre en place un numéro, joignable en permanence, pour être conseillé et accompagné en matière de cybermenaces.

Augmenter les moyens de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (Anssi), afin de « renforcer la capacité de lutte et de soutien cyber aux entreprises françaises ».

Marine Le Pen

Maîtriser le cyberespace via le renforcement des capacités de l’Anssi, ceux de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) et les capacités militaires dans ce domaine.

Créer des « commandos numériques », chargés de réagir à des attaques et de mener des simulations d’offensives numériques.

Sur la fiscalité et le financement des entreprises

Marine Le Pen

Faire passer le taux de prélèvement obligatoire sous la barre des 40 % d’ici à huit ans (contre 44,5 % en 2020), et supprimer la cotisation foncière des entreprises « dont l’impact est plus fort pour les indépendants, les TPE et les PME ».

Baisser les cotisations patronales pour les PME dès 2022, pendant cinq ans. Dans le cadre d’un contrat d’entreprise, pour toute hausse de salaire de 10% accordée à l’ensemble des salariés gagnant jusqu’à trois fois le Smic, les entreprises seront exonérées de cotisations patronales sur cette augmentation, promet Marine Le Pen dans une tribune publiée dans Les Échos.

Supprimer l’impôt sur les sociétés pour les jeunes entrepreneurs de moins de 30 ans pendant les cinq premières années pour éviter leur départ à l’étranger après leurs études et leur proposer de bénéficier d’une dotation en fonds propres, portée par un fonds souverain, « égale à ses propres apports ».

Emmanuel Macron

Supprimer la CVAE (cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises). Le candidat LREM a annoncé la suppression de cette cotisation, s’il est élu, afin d’augmenter la compétitivité des entreprises, en particulier dans le secteur industriel. Une réforme dont il évalue le coût à sept milliards d’euros. Pour les indépendants, il propose de baisser les charges de manière à ce que « le revenu augmente de 550 euros par an quand on gagne l’équivalent du Smic ».

Quant au futur et à l’innovation

Emmanuel Macron

Bâtir un « métavers européen ». Emmanuel Macron a pour ambition d’investir dans ces lieux qui mêlent virtuel et réel et qui sont le nouvel apanage de géants de la tech, tels que Meta. Ces innovations pourraient proposer « des expériences en réalité virtuelle, autour de nos musées, de notre patrimoine et de nouvelles créations, en protégeant les droits d’auteur et droits voisins ».

Investir encore et toujours dans l’innovation. Pour accompagner ce qu’il appelle « la 3e révolution agricole », le président sortant compte réaliser un « investissement massif dans l’innovation : robotique, numérique, sélection variétale ». Il a aussi l’intention de former « 1 million de personnes aux métiers d’avenir (intelligence artificielle, énergie, transition écologique, etc.) dont plus de 400 000 spécialistes informatiques », d’ici à 2030.

Marine Le Pen

Néant.

Article écrit par Segolene Forgar
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