Décryptage#cybersecurité
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31 mai 2022

Quand les entreprises du numérique s’impliquent pour construire une cybersécurité européenne

La cybersécurité est un enjeu capital pour tous les acteurs du numérique. C’est pourquoi de grands groupes corporate et institutionnels, alliés à différents fonds d’investissement, financent la future souveraineté de l’écosystème cybersécurité en Europe. Explications.

Évalué à 50 milliards de dollars à l’horizon 2025 par le cabinet IDC, le marché européen des produits et services de cybersécurité reste encore largement fragmenté. Alors que les entreprises européennes sont de plus en plus en demande d’une offre locale et souveraine, le secteur est toujours porté par des entreprises américaines ou israéliennes. L’Europe n’a pas encore réussi à faire émerger de leader mondial.

Le plus gros fonds européen de la cybersécurité

À travers ses activités de corporate ventures, Sopra Steria entend soutenir les startups qui participent à la souveraineté numérique du vieux continent. En ce sens et afin d’accompagner la croissance et la structuration de l’écosystème européen de la cybersécurité, le Groupe est notamment impliqué dans le fonds Brienne III, opéré par Tikehau Ace Capital depuis 2019 et qui dispose de 175 millions d’euros. Celui-ci investit dans des entreprises françaises et européennes du secteur, en séries A, B et C, avec des tickets compris entre 5 et 20 millions d’euros. En deux ans, le fonds a déjà investi dans dix PME et les investissements se poursuivent.

Brienne III compte une trentaine de souscripteurs, dont quatre partenaires stratégiques qui apportent leur expertise secteur : Sopra Steria, EDF, Naval Group, et Crédit Agricole. Nous sommes le plus gros fonds européen spécialisé en cybersécurité”, explique Quentin Besnard, Executive Director de Tikehau Ace Capital.

“Il y a de la place pour une offre européenne, avec de nombreuses opportunités pour créer des produits de confiance”, constate ainsi Jean-Luc Gibernon, directeur du développement cybersécurité et partner Corporate Ventures chez Sopra Steria, acteur européen de la Tech reconnu pour ses activités de conseil, de services numériques et d’édition de logiciels. Une vision confirmée par son collègue Yannic Lacomme, directeur des programmes Cyber Sécurité chez Sopra Steria : “La demande de nos clients est de plus en plus forte sur les enjeux de souveraineté.

En collaborant avec le fonds Brienne III, à la fois en tant qu’investisseur et en tant que partenaire stratégique, l’Entreprise de Services Numériques (ESN) veut ainsi accélérer le développement d’une offre souveraine pour répondre aux attentes de ses clients. “L’ambition est d’arriver à accompagner un maximum de projets, très en amont, en les aidant à accélérer leur mise sur le marché”, résume Jean-Luc Gibernon.

Nous avons des réunions quasiment mensuelles avec les équipes de Sopra Steria, pour étudier des dossiers d’investissement ensemble. Elles nous font remonter des sociétés qu’ils connaissent et rencontrent. Leur avis est extrêmement important pour nous, car Sopra Steria a une vision très large du marché. La technologie et l’équipe comptent bien sûr dans nos décisions d’investissement, mais l’adéquation avec le marché est tout aussi cruciale », précise Quentin Besnard.

Outre le regard de ses partenaires stratégiques, l’équipe d’investissement de Brienne III s’appuie également sur l’expertise de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI) et du Ministère des Armées, qui comptent tous deux des représentants au sein du comité consultatif du fonds.

Complémentaires, pas concurrents

Les réunions avec les équipes de Sopra Steria sont aussi l’occasion de passer en revue les différentes sociétés du portefeuille – une dizaine actuellement – pour identifier les synergies possibles. “Pour une startup ou une PME, s’appuyer sur un grand groupe comme Sopra Steria a de la valeur : quand on la présente à un client, c’est un gage de qualité qui lui permet de sortir du lot. Nous avons des marchés existants, des accords-cadres, des contacts commerciaux : tout cela permet de faciliter l’accès au marché”, explique Jean-Luc Gibernon.

Et de souligner : “Nous sommes complémentaires des startups et PME, pas concurrents.” À travers son rôle de “Managed Services Security Provider”, l’ESN accompagne en effet ses clients sur leurs problématiques de cybersécurité en leur apportant des solutions pour anticiper et réagir aux attaques, mais sans pour autant chercher à développer ses propres solutions en la matière. Elle joue alors un rôle d’agrégateur.

Glimps, une preuve de succès

Dans ce cadre, Sopra Steria intègre les services développés par les startups dans son offre. C’est notamment le cas de Glimps, une entreprise dans laquelle le fonds Brienne III a investi 6 millions d’euros en série A en 2020. “À l’époque, nous avions apprécié le niveau d’expertise et de conseil apporté par le fonds, grâce à sa spécialisation cyber. Nos interlocuteurs ont une vraie maîtrise du sujet, et cela nous a mis en confiance. Depuis, nous n’avons pas été déçus !”, raconte Cyrille Vignon, le co-fondateur de Glimps.

Sa startup édite notamment une solution anti-malware qui s’appuie sur un algorithme d’apprentissage profond qui reproduit la capacité de conceptualisation du cerveau humain. Depuis 2021, ce produit est intégré dans l’offre de gestion de crise cyber que Sopra Steria propose à ses clients. “Chez nous, il n’est pas question de marque blanche : le partenaire est clairement mis en avant auprès de nos clients, on considère que cela participe à la création de valeur”, souligne Yannic Lacomme.

Mais les apports du grand groupe ne s’arrêtent pas là. “Nous avons eu très tôt accès à l’expertise business de Sopra Steria. Ils nous ont accompagnés dans la structuration de l’entreprise, avec un coaching pour affiner notre stratégie. Depuis, leurs retours réguliers sur le produit nous permettent d’améliorer l’expérience utilisateur. Tout cela est très précieux”, ajoute Cyrille Vignon.

Depuis l’investissement de Brienne III et le développement des liens avec Sopra Steria, Glimps connaît un beau succès : “De quatre co-fondateurs en octobre 2019, nous sommes passés à 28 employés aujourd’hui et notre objectif est de continuer à croître pour être une centaine d’ici quatre ans”, explique le cofondateur de la startup. De son côté, Quentin Besnard réfléchit déjà à la constitution du prochain fonds, toujours avec l’ambition d’accélérer la structuration de l’écosystème européen de la cybersécurité.

Maddyness, partenaire média de Sopra Steria.