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Temps de lecture : 05'30''
29 juin 2022
Paul Lê, co-fondateur de la Belle Vie

Paul Lê (La Belle Vie) a l’entrepreneuriat dans le sang

[DOSSIER FOODTECH] A la tête d’une entreprise qui emploie 600 à 700 personnes, Paul Lê a réussi dans l’univers de la livraison pourtant chahuté par de nombreux concurrents. Éduqué autour de la valeur travail et marqué par ses études aux Etats-Unis, l’entrepreneur assume ses réussites et ses échecs mettant en avant son intérêt pour le collectif.

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Paul Lê (La Belle Vie) a l’entrepreneuriat dans le sang
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Souriant, calme, accessible, le co-fondateur de la Belle Vie – avec Alban Wienkoop – est à la tête d’une entreprise de livraison qui compte plus de 600 employés et fait partie du classement du FT120. Son crédo : mettre l’humain et l’audace au centre de son business.

Issue d’une famille aux origines indienne et vietnamienne, Paul Lê a toujours baigné dans le monde de l’entrepreneuriat à sa manière. Ses parents, restaurateurs, « ont toujours leur restaurant, c’est le plus vieux d’Evry » , souligne t-il, un brin d’émotion dans la voix. Car ce restaurant, ce n’est pas seulement le gagne pain de ses parents, mais là où il a appris la valeur du travail. « Indirectement, cela m’a inculqué qu’on peut gagner sa vie seul. Cela m’a aussi appris à travailler, mais avec plaisir. C’était une extension de la maison où on ne se contentait pas de travailler, on passait surtout des moments ensemble » , confie t-il. Imprégné par cette atmosphère familiale qui a entouré cette première expérience, Paul Lê essaie de le transmettre dans son entreprise aujourd’hui.

Le collectif, c’est une valeur essentielle pour l’entrepreneur qui joue au rugby depuis ses 10 ans. « Les valeurs du rugby c’est l’entraide, l’humilité, le combat. A chaque fois, je dis que le rugby est très poétique, car c’est un jeu où tu fais toujours la passe en arrière. Ca signifie que tu fais confiance à la personne derrière toi pour faire avancer le collectif, alors que toi tu ne peux plus, développe t-il. C’est la philosophie de la Belle Vie. Je fais tous les jours des passes en arrière à des personnes plus fortes que moi. » Il avoue d’ailleurs qu’être un solo-entrepreneur, ce n’est pas pour lui. 

Faire tomber les étiquettes 

Issu d’Essonne où il habite toujours avec sa famille, Paul Lê est parti faire ses études à l’étranger. « Je suis le seul entrepreneur de banlieue du FT120 qui y vit encore. Je commute, je prends le RER et la voiture » , s’amuse t-il. Il est fier de parler de son enfance, des ses racines. « Les entrepreneurs des banlieues ne sont pas assez nombreux. Les entrepreneurs sont là pour changer des paradigmes forts de notre économie » , et il est dommage de se couper d’une partie de ses talents, regrette t-il. Même s’il est néanmoins confiant sur le fait qu’ils seront bien plus nombreux d’ici à 15 ans. Mais aujourd’hui encore, c’est difficile de se tracer un chemin. « Quand on sort des banlieues, on est complexé, on ne connait pas les codes de l’entrepreneuriat et on n’a pas forcément le réseau. »

Paul Lê a lui-même été confronté à sa propre étiquette. « Cela m’a peut-être donné envie de sortir de la ville, de faire mes études à l’étranger » , reconnaît-il. Pendant ses études, il part aux Etats-Unis, un voyage qui sera presque initiatique. « Les Etats-Unis m’ont permis de me décomplexer. Avant, j’étais un gars issu des banlieues. Là bas, je suis devenu le Français, je suis passé d’une petite case à une grande case, explique t-il. Voyager m’a permis de m’épanouir, de m’ouvrir et finalement d’enlever le plafond de verre que je me mettais tout seul. Je suis revenu plein d’ambition. »

Les Etats-Unis accueillent aussi un de ses deux « role models » : Elon Musk, le second étant Jack Ma. Pour la petite anecdote, il a même donné leurs prénoms à ses enfants.

« Je manquais de role model dans l’entrepreneuriat. Ceux qui me faisaient rêver, c’étaient les entrepreneurs américains qu’on voyait dans Capital sur M6 le soir, se remémore t-il. Elon Musk est un vrai humaniste. On peut lui coller l’étiquette d’arrogant et ce n’est peut être pas faux mais il est audacieux et humaniste. »

Quant à Jack Ma, il a connu plusieurs échecs avant de réussir.

La Belle Vie et ses difficultés 

De retour des Etats-Unis, Paul Lê n’embraye pas immédiatement sur l’entrepreneuriat. « J’ai débuté à Marseille puis je suis rentré à Paris où j’ai rejoint une startup. Le fondateur [devenu depuis son associé, NDLR] avait mon âge et ne venait pas du sérail parisien. Je me suis dit que j’étais en retard » , lance t-il avec un sourire. S’il estime n’avoir pensé à devenir entrepreneur qu’à 25 ans, il en parle comme d’une chose naturelle qui serait marqué dans l’ADN familial.

Il lance une première boite, mais le succès n’est pas au rendez-vous. « Ca a été une période très compliquée, admet-il. A ce moment-là, on ne pense pas aux échecs de Jack Ma. C’était ma faute, je n’ai pas réussi à créer une équipe unie qui fonctionne. »  Mais son optimisme et son courage lui ont permis de rebondir. « Je pense qu’un bon entrepreneur est une personne hyper positive et ce n’est pas une compétence technique que l’on acquiert. On l’est ou on ne l’est pas » , explique t-il. Poursuivant : « Quand j’investis dans des entreprises, je détecte immédiatement les entrepreneurs lumineux et très solaires qui permettront à leur entreprise de gérer les hauts et les bas. A l’instant T, il broie du noir, mais il tient le cap. » Lui-même a endossé ce rôle difficile entre 2017 et 2018. 

En 2013, Paul Lê lance la Belle Vie avec Alban Wienkoop. « J’aurais pu entreprendre dans la tech, mais Alban Wienkoop a eu cette idée » , reconnaît le CEO. Quatre ans après le début de l’aventure, l’entreprise réalise une levée de fonds difficile avant de connaître une période complexe. En difficulté financière, les fondateurs doivent licencier plusieurs personnes. « C’était une période extrêmement difficile, on faisait du 8h-23h pour essayer de sauver l’entreprise. On s’est accroché et c’est passé de justesse, explique t-il. On appelle ça la vallée de la mort dans l’écosystème et c’est vraiment ça. » L’entreprise a tenu grâce à des choix difficiles et les fonds levés en amont. Durant cette période, ses parents l’ont soutenu. « Ils ne m’ont jamais demandé d’abandonner. Ils savaient qu’entreprendre est difficile, ils m’ont toujours poussé à tenir le coup et c’est important » , confie t-il.

Aujourd’hui, la Belle Vie a bien relevé la tête. « Après avoir vécu ça, tous les moments paraissent bons, relativise t-il. Nous avons réussi à obtenir ce local en plein coeur du XIIe arrondissement, alors qu’il y avait beaucoup de concurrence à côté. » Une manière d’avoir sa revanche sur les moments difficiles qu’il a pu connaître. 

Garder les pieds sur terre 

Papa heureux de deux enfants, l’entrepreneur affirme faire de sa famille sa priorité. « Sur mon Insta, qui est privé, on voit beaucoup de photos de moi en famille. Je travaille de 9h à 19h mais ensuite, je me consacre à mes proches sans toutefois couper mon téléphone » , admet-il. Si son entreprise est de sa responsabilité, il estime que l’éducation de ses fils aussi. « C’est beaucoup plus facile de gérer ma boîte que d’éduquer mes enfants pour en faire de bons adultes, estime t-il. C’est important de passer du temps avec eux. » Une manière de leur donner également le goût d’entreprendre ? Pourquoi pas, confie Paul Lê. « On dit souvent avec mon associé qu’on veut créer une dynastie pour s’amuser. Bien sûr que j’aimerais qu’ils entreprennent, mais c’est leur choix. »

Article écrit par Anne Taffin
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