Décryptage#greentech
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7 juillet 2022
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Les startups de la French Tech East misent sur l’impact

C’est à la fois un refrain permanent et un sujet on ne peut plus contemporain : l’avenir de notre monde. Les enjeux sont nombreux, les leviers d’action aussi. Dans le monde de l’entreprise, cela se traduit par un concept de plus en plus présent, notamment chez les startups : l’impact.

Réfléchir à un avenir plus radieux, plus efficient et responsable, c’est ce qui incombe à une génération d’entrepreneurs qui, dans le cadre de leur projet d’entreprise, cherchent à impacter positivement le monde. L’écosystème tech du Grand Est, composé de plus de 540 startups et d’une vingtaine de structures d’accompagnement pour plus 220 Millions d’euros levés en 2021, porte, soutient et valorise des startups de la Tech for Good. La GreenTech locale aura ainsi un rôle décisif dans les évolutions à venir. Focus sur trois types d’enjeux incarnés par trois entreprises pleinement impliquées dans cette dynamique.

Botcup : L’éco-conception pour éviter la surproduction (Lorraine)

Festivals, colloques, salles de concerts, les gobelets réutilisables consignés sont aujourd’hui de tous les événements. Répondant à la volonté d’en finir avec le plastique jetable, il porte en lui une contradiction : en se démocratisant autant, il est devenu un objet amplement produit, souvent personnalisé, parfois collectionné. Pour dénouer cette contradiction, Botcup a développé un produit en trois parties : le gobelet, son couvercle pour en faire une bouteille, puis le bouchon pour rendre le tout hermétique et étanche. Le produit d’un côté, la chaîne de valeur de l’autre : la startup lorraine a également lancé une plateforme pour mutualiser les besoins en gobelets des acteurs de l’événementiel (entre autres) et ainsi encourager à produire au plus juste et à réutiliser l’existant. Une manière d’influencer positivement le comportement des organisations autant que celui des individus.

Et l’un ne va pas sans l’autre, selon Jules Colin, fondateur de Botcup : « Il est important de réfléchir au comportement individuel, aux petits gestes du quotidien, aussi parce que c’est ce qui infuse le comportement des entrepreneurs. » En outre, poursuit-il, ces changements passent plus facilement par les nouvelles générations d’entrepreneurs et entrepreneures : « D’une part, les nouvelles générations ont grandi avec l’émergence dans le débat public des problématiques telles que l’environnement et la gestion de déchets. D’autre part, il est plus compliqué pour une entreprise déjà installée de casser les lignes, d’adapter tout son cycle de production, tandis qu’une startup se base sur un nouveau projet, un nouveau modèle. Elle a tout à construire. »

Rozoé : repenser notre consommation pour lutter contre le suremballage (Champagne-Ardenne)

L’évolution des modes de consommation est aussi le leitmotiv de Rozoé, qui associe le bon produit et la bonne plateforme. Pour la startup champenoise, il s’agit d’un kit permettant de faciliter l’achat de produits en vrac, et d’une plateforme mêlant bonnes pratiques, conseils utiles, fiches produits ou encore recettes de cuisine, toujours autour de la consommation de produits en vrac. Le but ? Dépoussiérer l’image de ce mode d’achat, en vanter les vertus et faciliter son apprivoisement par la population la plus large possible. Le vrac permet ainsi de lutter contre le suremballage jetable des produits de consommation, tout en présentant un prix d’achat moyen, à qualité équivalente, “d’environ 15% inférieur aux produits préemballés” précise Fanny Lefevre, fondatrice de Rozoé.

Comme beaucoup de changements profonds des habitudes, celui proposé par Rozoé nécessite, de l’aveu même de sa fondatrice, beaucoup de pédagogie. C’est ce qui lui a donné l’envie de créer du contenu pédagogique pour accompagner son kit : “Le vrac est un peu méconnu. Tantôt cantonné à une poignée d’écologistes de la première heure, ou à l’inverse très “bobo parisien”. Or il présente de nombreux avantages, dès lors qu’il s’accompagne d’une bonne organisation. C’est ce que je voulais présenter pour que le public comprenne qu’il s’agit d’un changement pour le meilleur, pour eux comme pour la planète. Ce n’est pas qu’une tendance, et ce n’est pas qu’un acte d’achat, c’est une démarche globale”. Un changement qu’elle sent mieux compris par les générations actuelles et futures : “Nos générations sont plus sensibles aux enjeux de notre planète. Les générations suivantes le sont encore plus. Les entreprises à impact sont le meilleur moyen d’agir sur ces enjeux, d’être dans l’action, d’avoir une vraie influence.

Filboost : L’impact au service du bien-être des travailleurs et travailleuses (Alsace)

La notion de productivité est souvent associée, à tort ou à raison, à une organisation plus rigoureuse de travail, à une forme de répétition. Plus rarement à une considération plus globale de l’équilibre vie privée, vie professionnelle, au temps pour soi… C’est pourtant exactement au carrefour de ces deux notions que se trouve la solution proposée par Filboost. En développant une application répertoriant des sons et univers sonores qui agissent directement sur notre cerveau, la startup Alsacienne permet à ses utilisateurs de gagner en efficience, en concentration, et donc en productivité. Réduire le « bruit » avec du son, pas le plus intuitif, mais scientifiquement prouvé.

Pour Myriam Blouet, cofondatrice de Filboost, cette création d’un environnement en forme de bulle devient de plus en plus nécessaire : « Le poids de la charge de travail, allant parfois jusqu’à une forme de détresse psychologique, en plus de toutes les sollicitations contenues dans un écran, nuisent énormément à la concentration, et ainsi à la vie professionnelle et personnelle des équipes. Le fait de créer un environnement plus propice à la productivité permet de mieux répartir le temps professionnel et le temps personnel. » L’imagination de cette solution est venue de manière naturelle au duo créateur-créatrice de Filboost, notamment après une recherche infructueuse. C’est d’ailleurs l’une des raisons qui justifie le recours à l’innovation dans les startups, poursuit Myriam Blouet : « Les jeunes entreprises se fondent souvent sur une ambition et sur un manque. Je ne trouvais pas d’outil pour m’aider à améliorer ma productivité, du coup j’ai eu l’idée de le créer. Depuis, nous développons l’application avec notre équipe à taille humaine, de la façon dont on le souhaite, avec des retours permanents de nos clients et utilisateurs. Cette agilité nous offre une liberté dont ne peuvent pas toujours profiter les plus grands groupes. »

Identifiés comme les enjeux phares pour organiser la transition vers un monde plus responsable, les 17 Objectifs Développement Durable de l’ONU sont autant de sujets que portent les créateurs et créatrices d’entreprises aujourd’hui. Une chose est sûre, les entrepreneurs et entrepreneures de demain passent de la théorie à la pratique, ne se contentant plus de simples paroles, pour aller vers un monde meilleur. Car après tout, pour reprendre la contrepèterie proposée en son temps par Francis Blanche : « Face au monde qui change, il vaut mieux penser le changement que changer le pansement ».

Maddyness, partenaire média de French Tech East.