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12 août 2022

« Les plus belles carrières de demain seront dans l’industrie », Nicolas Dufourcq

Depuis 2015, le phénomène de la désindustrialisation s'est arrêté en France. Encore mieux, les ouvertures d'usines sont aujourd'hui plus nombreuses que les fermetures, selon la Banque Publique d'investissement. Une tendance portée par les 1600 startups industrielles françaises que compte déjà l'Hexagone. Pour Maddyness, Nicolas Dufourcq, directeur général de Bpifrance, lance un appel solennel à la jeunesse à choisir l'industrie.

Nous sommes arrivés au point de paradoxe suivant : tout le monde est d’accord pour dire que la désindustrialisation récente de la France, beaucoup plus grave qu’à l’étranger, est un drame national, dont les conséquences n’ont pas fini de se faire sentir, en terme d’équilibre des territoires, de balance commerciale, d’emploi, et donc de recettes fiscales pour notre Etat-providence. Tout le monde est d’accord également pour constater que les jeunes générations, Bac +2, +4 ou +8, veulent participer à une aventure qui ait du sens, sinon elles s’écartent d’elles-mêmes et se laissent tenter par des solutions de macération déclinistes.

Or la réindustrialisation, avec des entreprises technologiques qui seront nativement vertes, est un projet qui a du sens, beaucoup de sens. Il est bon pour le pays, il est bon pour l’individu. Il donne de la fierté à notre peuple, qui se sent souverain. Il donne des emplois à quantité de Français qui n’ont pas comme ambition de travailler toute leur vie devant un écran, mais qui ont l’intuition que les métiers qui mobilisent la tête et la main sont plus adaptés à leur génie. Il équilibre les territoires, et projette l’image de la France dans le Monde. C’est un projet politique explosif !

Mais ce projet n’a aucune chance de réussir si l’on ne comprend pas que notre seul avantage compétitif dans le choc mondial des pays industriels est, précisément, notre jeunesse.

Avec son inventivité, sa liberté créative, ses valeurs, son insolence, bref le génie français. Nous pouvons nous éreinter à doubler l’automatisation de notre industrie par les robots, cela ne suffira pas à nous donner une place dans le monde. Les Vietnamiens et les Mexicains le font déjà. Nous n’avons de ressource que notre intelligence manufacturière, qui remonte à plusieurs siècles, et notre fécondité dans l’invention des produits de demain. Et cela, c’est l’humain. L’industrie d’aujourd’hui, c’est le grand atelier des créateurs. La FrenchFab [organisation créée en 2017 par le Ministère de l’Economie, des Finances et de la Relance pour fédérer les acteurs de l’écosystème industriel français, N.D.L.R], c’est le grand mouvement des inventeurs.

Donc c’est clair : pour réussir, nous avons besoin de l’énergie et de l’intelligence de nos jeunes, plus ou moins diplômés. Il nous faut des techniciens de maintenance, des ingénieurs méthodistes, des automaticiens, des spécialistes de protection cyber des usines, il nous faut des ingénieurs en microfluidique, en chimie, en métallurgie, des spécialistes de l »impression 3D.

Il nous faut des jeunes qui aient envie de résoudre des problèmes très complexes, car l’industrie est un jeu d’échec en 3D. Des jeunes qui aient envie de faire sauter des étapes à l’industrie, comme Musk l’a fait.

Il nous faut des jeunes qui croient aux pas de géant du progrès technologique et qui ont le bon sens d’anticiper que dans un monde décarboné, il y aura toujours de l’industrie. Il nous faut unifier les jeunes de la Fab et de la Tech, pour qu’il n’y ait pas deux France. Il nous faut des jeunes qui ont envie de manipuler des objets et des machines, d’inventer des recettes de fabrication industrielle comme on crée des recettes dans Top Chef. Il nous faut la génération Top Fab ! Une génération qui dira que Zola est mort depuis longtemps, et qui assumera de vouloir contribuer, par l’industrie, à sortir le pays de son ornière.

Par pitié, n’allez pas toutes et tous travailler dans des cabinets de conseil ! Chers amis et amies, les plus belles carrières de demain seront dans l’industrie.