Décryptage#culture / médias
Temps de lecture : 06'02''
31 août 2022
Maddyness

Quand la tech et l’art mettent notre patrimoine en lumière

[DOSSIER ICC 2/5] Témoins du passé et conteurs du présent, les œuvres d’art brossent le portrait de notre histoire. Mais, dans une société où le divertissement et l’expérience sont rois, ce monde doit évoluer pour répondre aux attentes des nouvelles générations. Les nouvelles technologies peuvent être un atout pour mettre l’art en lumière.

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Des millions de visiteurs, français et étrangers, s’amassent chaque année en France pour découvrir les châteaux de la Loire, effleurer du regard les Nymphéas de Monet ou scruter les sculptures de Rodin. Loin d’être un simple loisir, la culture a prouvé leur caractère essentiel durant la pandémie.

Pour garder un lien avec leur public, certains ont d’ailleurs proposé, gratuitement, des visites virtuelles de leur collection permanente. Comme dans de nombreux secteurs, la pandémie a accéléré la transformation numérique du secteur. Gare à ne pas croire, cependant, que le rapprochement entre technologie et art est soudain ou récent, les deux milieux se côtoient depuis longtemps déjà.

Les nouvelles technologies s’immiscent un peu plus dans les musées en soutenant ce patrimoine à travers trois axes : « La préservation des œuvres, la médiation et le tourisme » , explique Margherita Balzerani, directrice du Louvre Lens Vallée, accélérateur dédié aux innovations culturelles.

Ouvrir la voie à de nouvelles expériences

De nouvelles expériences mêlant technologie et art se développent. L’Atelier des Lumières, installé à Paris, permet aux spectateurs une immersion et à grande échelle dans certaines œuvres. En parallèle, la réalité virtuelle trouve des débouchés dans les domaines du cinéma, du jeu vidéo et de l’art de manière plus générale. L’Institut du monde arabe propose actuellement à ses visiteurs d’explorer de « fond en comble les entrailles de la pyramide de Kheops et ses chambres et passages les plus secrets » , détaille la structure sur son site.

Le visiteur, autrefois passif, devient ainsi un voyageur spatio-temporel capable de dépasser les frontières du temps et de l’espace. Une solution qui démocratise, indirectement, l’accès à l’art également, en le rendant plus accessible aux personnes à mobilité réduite ainsi qu’aux résidents des Ehpad (Établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes).

« Ces technologies permettent de vivre des expériences qu’il serait impossible de vivre sans elles. On se défait de l’apesanteur, on peut explorer les grottes de Lascaux ou des sites détruits » , constate avec enthousiasme Margherita Balzerani. La responsable du Louvre Lens Vallée voit dans ces technologies la possibilité « d’offrir une expérience supplémentaire et puissante aux visiteurs » sans pour autant leur faire perdre la magie et la beauté d’une œuvre. « L’expérience de cette dernière reste incroyable » , assure-t-elle. 

Plus qu’une expérience, ces technologies répondent aux attentes des jeunes générations. « Les musées doivent évoluer avec leur temps et avec les nouveaux usages qui se développent. Les visiteurs cherchent une expérience dès l’acte d’achat » , constate la CEO du Louvre Lens Vallée. Qui ajoute : « Les Millenials sont plus nombreux que la génération de leurs grands-parents. Ce sont eux qui imposent les nouveaux codes. » 

La réalité virtuelle n’est pas la seule technologie à pouvoir offrir de nouvelles expériences aux visiteurs. En pointant la caméra de leur smartphone sur une œuvre, l’application Museopic donne accès à sa fiche d’information (artiste, date de création, histoire, etc.) aux visiteurs et leur permet de garder leurs œuvres préférées en mémoire. Cette startup utilise également la réalité virtuelle pour proposer d’autres services et permet de créer des parcours (famille, enfants, mouvements artistiques) dans les musées.

Faire vivre le patrimoine

Dans une autre dimension, certaines startups ont choisi de lier expérience et patrimoine. On peut citer​​, de manière non exhaustive, Timescope et Rendr. La première société assure travailler avec plus d’une centaine d’institutions et de territoires pour mettre en lumière leur histoire. Sa solution : une borne statique utilisant la réalité virtuelle pour immiscer le visiteur dans le passé. En 2019, deux bornes installées au Musée d’Orsay plongeaient le spectateur dans un timelapse relatant l’évolution du bâtiment sur près de 100 ans – de son statut de gare à son abandon, jusqu’à sa restauration et reconversion en musée en 1986. La startup a également développé pour Magnicity une application permettant de repérer et découvrir le nom des monuments autour de soi, grâce à son smartphone et la réalité augmentée. 

Partenaire d’Orange depuis 2018, la startup Rendr mise aussi sur la reconstitution historique. « 70 % du patrimoine historique en France est inaccessible au public car détruit, fermé ou endommagé » , souligne la startup sur son site. Certaines œuvres restent également en réserve faute de place dans les musées ou en raison de leur fragilité, confirme Margherita Balzerani. Expert de l’image, Rendr travaille avec des historiens et des archéologues pour réaliser des reconstitutions d’une époque précise de l’histoire. La startup insiste sur sa volonté d’offrir une expérience à la fois éducative, ludique et conforme à la réalité de l’époque. Parmi ses réalisations, on peut citer celle du centre ville de Honfleur ou encore du château d’Alençon. Les casques proposés par ses clients sont réalisés pour réduire leur impact sur l’environnement.

En parallèle, la société a développé l’application Legendr dédiée au tourisme. Celle-ci se distingue des simples guides classiques grâce aux trois fonctionnalités suivantes : des reconstitutions historiques avec des images de synthèse, des visites de lieux fermés au public grâce à des prises de vue à 360° et des jeux de piste et des chasses au trésor pensés pour les plus jeunes.

Pour capter un public plus jeune, quelques musées se mettent aussi à la page des réseaux sociaux en réalisant de courtes vidéos TikTok par exemple. Rien de bien étonnant en réalité. « L’art est quelque chose qui se partage » , rappelle Margherita Balzerani et la technologie permet de le faire facilement.

Conserver une trace

Au-delà de l’aspect purement touristique, certaines sociétés ont également choisi de faire de la technologie un outil de sauvegarde de la mémoire de ce patrimoine historique. Le passé nous a montré et prouvé que les guerres et le temps peuvent altérer certaines œuvres, que ce soit des tableaux ou des monuments. La cité de Palmyre en est un parfait exemple.

En 2017, Iconem et la Direction Générale des Antiquités et des Musées de Syrie ont travaillé ensemble sur la numérisation de sites classés au patrimoine commun de l’Unesco d’Alep, alors en proie à de nombreuses attaques. « En employant des drones, notre équipe a scanné des milliers de mètres carrés. Ces données ont été utilisées pour reconstruire un modèle 3D de la vieille ville, des modèles 3D individuels de la citadelle, du souk et de la mosquée, ainsi qu’une carte orthophoto du centre de la ville, détaille la société sur son site. Ces sources documentent l’état actuel des dégâts. Ils sont des outils cruciaux à l’évaluation architecturale et sont indispensables pour les projets de reconstruction. » Une manière de conserver une trace de ce patrimoine et de sauvegarder dans la mémoire collective et pour les générations futures les vestiges d’un passé et d’une histoire.

L’intérêt des musées pour ces technologies se traduit par la création d’incubateurs et d’accélérateurs comme ceux du Louvre Lens Vallée, qui cherche des candidats pour sa nouvelle cohorte. « Depuis le mois de février 2022, nous avons décidé de réorienter la stratégie du Louvre Lens Vallée en en faisant un accélérateur de talents créatifs » , insiste Margherita Balzerani. Les projets ainsi soutenus bénéficient d’un accès au FabLab de l’accélérateur et d’un accès privilégié aux musées pour bêta-tester leurs solutions.

Le centre des monuments nationaux a, lui aussi, ouvert son propre incubateur. Une manière de soutenir des idées innovantes et d’ouvrir petit à petit les portes de ses musées à la technologie, même si « la temporalité des musées n’est pas toujours la même » , constate Margherita Balzerani. Malgré cette différence de calendrier, nul doute que la technologie devient un nouveau médiateur au service de l’art. À condition que les technologies utilisées fassent également preuve de sobriété, souligne la directrice du Louvre Lens Vallée.

Article écrit par Anne Taffin
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