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16 septembre 2022

Chief of staff, ce nouveau métier en vogue dans la French Tech

Importé des Etats-Unis et du monde politique, le métier de chief of staff se fait une place dans les rangs des jeunes pousses françaises. Véritable bras droit du CEO, ce poste à géométrie variable nécessite d’être polyvalent.

Sur LinkedIn, les offres d’emploi de chief of staff fleurissent. La tendance, comme souvent, arrive des Etats-Unis – où le métier est déjà entré dans les mœurs. « Son émergence en France s’explique par la maturité de l’écosystème, explique Grégoire Kopp, ancien chief of staff chez OVH entre 2017 et 2020. Les entrepreneurs français ont désormais l’ambition de penser leur développement à l’échelle européenne, voire mondiale, dès le lancement de leur startup. La nécessité de déléguer des missions à un bras droit s’impose donc rapidement aux CEO. »

Les fonds d’investissements ne sont pas étrangers à ce phénomène. « Il y a eu un apport culturel des fonds américains – copiés ensuite par les européens et les français – qui ont déjà pu mesurer la valeur ajoutée d’un chief of staff. Ils incitent les CEO à en recruter pour faire grandir plus sereinement l’entreprise », poursuit-il. Chez Grégoire Kopp, l’idée de lancer une formation sur le sujet germe d’ailleurs suite à la demande de Jean de La Rochebrochard, associé de Kima Ventures (fonds d’investissement de Xavier Niel), d’avoir des chief of staff en poste dans les entreprises dans lesquelles il investit. Baptisée BeCos, la formation a été lancée en janvier 2022 avec l’organisme Seven.

Couteau suisse

Ce métier relève de l’acrobatie. Couteau suisse, homme à tout faire… Autant de synonymes possibles pour le décrire, tant ses missions sont difficiles à résumer. « La richesse des projets fait l’intérêt du poste, estime Nicolas Moreau, chief au staff chez Nickel depuis huit mois. Cela va de la définition du plan stratégique au suivi des indicateurs de performances, en passant par des missions transverses à mener sur plusieurs mois – comme de la coordination de plusieurs départements sur un projet précis. Il y a aussi la préparation, l’animation et la participation aux instances dirigeantes : comité de surveillance, comité de direction… » 

Selon les entreprises, le chief of staff peut aussi faire la communication interne et externe, remonter au CEO les sujets sensibles ou encore, exercer une fonction de représentation de l’entreprise. Il imite ainsi les postes de directeur et de chef de cabinet chers au monde politique, qui nécessitent de gérer les dossiers tant sur le fond que sur la forme. Ce poste, à géométrie variable, est intimement lié à la personnalité de celui qui l’occupe, tout comme celle du dirigeant. « Selon les moments, le chief of staff peut être perçu aussi bien comme le numéro 2 de la boîte qu’un secrétaire de direction. C’est un peu les deux ! », s’amuse Grégoire Kopp. « L’idée est d’être le bras droit de CEO pour doubler son temps de cerveau. Il faut qu’un lien de confiance très fort puisse s’établir. »

La clé du succès pour un binôme efficace : jouer sur la complémentarité des profils. « Par exemple, un CEO ingénieur et geek préférera souvent un chief of staff plus à l’aise avec les relations publiques, et inversement », illustre-t-il. Si le chief of staff rapporte toujours au dirigeant, il n’a pas nécessairement d’emprise hiérarchique sur les autres managers. Ce poste, à la fois stratégique et opérationnel, exige « rigueur, curiosité et grande capacité d’adaptation pour pouvoir monter en compétence très rapidement sur les sujets afin d’être légitime », juge Nicolas Moreau, pour qui « le poste évolue en permanence ».

Un poste prisé des licornes

Si le chief of staff est prisé parmi les scaleups et les licornes en raison de l’hypercroissance qu’elles connaissent, il peut tout aussi bien se justifier pour une jeune startup de dix salariés et plus. Car en fonction de la maturité de l’entreprise, les besoins évoluent. En cas d’hypercroissance, un chief of staff dédié à l’organisation est utile et un profil type consultant de cabinets de conseil est privilégié. Il peut aussi s’agir de personnes venant du monde de la finance, notamment lorsque la startup est dans un cycle de levées de fonds, ou encore, un collaborateur qui monte en interne. « Cela fait sens car avec une certaine ancienneté, il y a une vraie attache qui est déjà créée avec l’entreprise et les collaborateurs », souligne Nicolas Moreau, qui a été pendant deux ans chargé de développement des partenariats avant de devenir chief of staff.

Etant donné la diversité des profils, le salaire, lui aussi, est très variable. « Cela va de 45.000 à 250.000 euros annuels », chiffre Grégoire Kopp. Une large fourchette, confirmée par le cabinet de conseils en recrutements Avizio, pour qui cela va de 40.000 à 150.000 euros annuels, selon une fiche métier publiée sur son site.