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28 septembre 2022

EdTech : quelles sont les tendances du marché ?

Après deux confinements qui ont rebattu les cartes de l’éducation, le marché de l’EdTech a dû s’adapter et proposer de nouvelles solutions. Et la croissance est au rendez-vous. Tour d’horizon des nouvelles tendances sur ce marché porteur.

L’utilisation croissante du numérique bouleverse une éducation scolaire et professionnelle fragilisée par la pandémie. Le marché de l’EdTech entend en effet développer des solutions technologiques innovantes pour aider les enseignants, formateurs, élèves ou employés qui souhaitent transmettre ou apprendre de nouvelles compétences. Un développement accéléré qui conduit à une croissance du secteur, comme le rappelle Guillaume Bonneton, partner chez GP Bullhound, cabinet de conseil et d’investissement : « On constate une croissance de 9 à 10% par an sur le marché de l’EdTech, avec des points de sur-croissance dans certains domaines comme la réalité augmentée (entre +30 et +60%) ».

Repenser l’apprentissage asynchrone

La tendance majeure de l’EdTech, c’est sans aucun doute l’apprentissage asynchrone qui permet aux utilisateurs d’apprendre quand et où ils le souhaitent. Plus besoin de cirer les bancs de la fac ou d’un centre de formation, les apprenants peuvent se connecter depuis chez eux, sur leur téléphone ou leur ordinateur, et travailler le soir ou le week-end s’ils le souhaitent. L’apprentissage asynchrone offre ainsi une formation à la carte où chacun est maître de son temps.

Le contenu même des formations a changé pour s’adapter aux nouveaux enjeux. « Le problème aujourd’hui, et tous les élèves l’ont vécu avec le confinement, c’est celui de l’attention, explique Guillaume Bonneton. On peut dire que l’EdTech a créé le problème de l’inattention, et qu’elle le résout en même temps par d’autres biais comme la gamification ou la réalité augmentée ». S’il est plus difficile de se concentrer sur un écran pour suivre un cours en ligne, alors le contenu du cours doit s’adapter pour retenir l’attention de l’utilisateur. Et dans ce domaine, l’intelligence artificielle et la gamification règnent.

Intelligence artificielle et gamification

Depuis quelques années déjà, la gamification est en forte croissance. Et pour cause, les formations gamifiées sont de plus en plus plébiscitées par les employés notamment, comme le révèle l’étude de GP Bullhound. Si 28 % des employés sont motivés par une formation, ce pourcentage passe à 83 % pour une formation gamifiée. Une évolution frappante. D’ailleurs, le marché mondial de la gamification dans l’éducation était évalué à 697 millions de dollars en 2020 et devrait atteindre 4,1 milliards de dollars d’ici 2027 selon le cabinet de conseil.

« En ce qui concerne l’intelligence artificielle, nous n’en sommes qu’aux prémices et on constate déjà de grands bouleversements à venir, détaille Guillaume Bonneton. On voit de premières applications pour la correction des devoirs sous forme de QCM ou l’apprentissage des langues étrangères par exemple ». Sur ce dernier domaine, de nombreuses startups se positionnent comme Gymglish qui se sert de l’intelligence artificielle pour enseigner le français, l’anglais, l’espagnol, l’italien ou encore l’allemand par mail à plus de 6 millions d’utilisateurs. L’adaptative learning crée ainsi une approche unique de l’apprentissage en ligne. Et avec 99% des éducateurs américains qui estiment que l’IA est cruciale pour la compétitivité d’une institution, selon GP Bullhound, le secteur connaîtra encore une forte croissance dans les années à venir.

Un marché encore largement dominé par les États-Unis

La privatisation de l’éducation engendre une hausse exorbitante des coûts d’inscription. Alors, si les États-Unis dominent largement le marché de l’EdTech, c’est parce que cette dernière représente une alternative peu coûteuse à une éducation privée devenue hors de prix. « La privatisation de l’éducation favorise la croissance de l’EdTech, c’est pourquoi les marchés américains, anglais ou hollandais sont plus importants que le nôtre, constate Guillaume Bonneton. Mais dans le secteur de la formation en entreprise, la France dispose de très belles boîtes comme 360 Learning, Open Classrooms et Skill and You. L’avantage de ces solutions de formations et de micro-certifications, c’est qu’elles collent beaucoup mieux à la flexibilité du travail d’aujourd’hui. Il est maintenant beaucoup plus facile de se spécialiser grâce à des formations en ligne ».

Que ce soit dans la formation scolaire ou professionnelle, la France a encore de nombreuses cartes à jouer. Car, comme le précise Guillaume Bonneton, « nous n’en sommes qu’au tout début de l’EdTech. L’évolution sera vraiment palpable le jour où mes enfants suivront leur cours dans une classe interactive en 3D ». Le rendez-vous est pris.