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30 septembre 2022

Est-ce à l’entreprise d’assumer la responsabilité de la santé mentale des salariés ?

Le sujet de la santé mentale au travail se démocratise dans les organisations. Anxiété, burn-out, stress, voire dépression, ces maux et mots ne sont plus tabous dans la sphère professionnelle. Est-ce pour autant à l’entreprise d’assumer la responsabilité de ce sujet qui préoccupe de plus en plus les collaborateurs ? Maddyness tente de répondre à cette question épineuse.

Avec la pandémie et l’isolement des collaborateurs, le sujet du bien-être et de la santé mentale des salariés s’est popularisé. Guillaume d’Ayguesvives, co-CEO de Moka.care, expliquait à Maddyness, en 2021, qu’une évolution : « des mentalités s’est amorcée il y a longtemps déjà, mais de manière très graduelle. Les salariés sont prêts à faire un travail sur eux, les clichés sur le fait de se faire suivre par un psychologue se sont estompés. D’autant qu’il y a eu un effet d’accélération avec les confinements successifs ».

Une étude réalisée en 2021 par OpinionWay revient sur ce phénomène. Après une année complexe liée à la crise sanitaire, 45 % des salariés interrogés indiquaient être en détresse psychologique. Le taux de dépression nécessitant un accompagnement médical était passé à 36 %.

Santé mentale des salariés : sujet pro ou perso ?

C’est la grande interrogation qui préoccupe entreprises et collaborateurs : à qui revient cette responsabilité ? D’après le premier baromètre sur la santé mentale au travail d’OpenUp, société spécialisée sur ce sujet, il semblerait que les deux partis se renvoient la balle. L’enquête révèle que, pour 74 % des salariés interrogés, c’est à l’employeur de prendre en main la question de la santé mentale. De leur côté, les managers sont 69 % à juger qu’il s’agit d’une préoccupation personnelle et non professionnelle.

L’enquête de Moka.care, publiée à la fin de l’été 2021, soulignait le manque de moyens accordés par les entreprises sur cette problématique. En effet, seuls deux établissements sur dix avaient déployé des dispositifs dédiés à la santé mentale. Pourtant, lorsque des plateformes sont mises en place par les employeurs, le baromètre d’OpenUp démontre que moins d’un tiers des salariés (29%) profite de ces outils.

Le sujet de la santé mentale en entreprise a beau s’être démocratisé, il n’en demeure pas moins tabou entre les quatre murs d’une société. D’après l’étude d’OpenUp, 45 % des collaborateurs désirent parler de leurs problèmes avec une personne externe à leur organisation. Pourtant, les managers de moins de 35 ans disent à 66 % être ouverts à l’idée d’accompagner leurs employés sur ce sujet.

Prendre soin de la santé mentale des salariés, un atout majeur pour les entreprises

Si certaines entreprises ont décidé de déployer des outils pour préserver la santé mentale de leurs salariés, c’est aussi parce que ce sujet a un impact direct sur la performance des organisations. Le baromètre d’OpenUp révèle que 91 % des RH sont alignés sur cet enjeu.

Aujourd’hui, il est avant tout demandé aux entreprises d’être proactives sur la question de la santé mentale et de prévenir les risques. D’après le ministère du Travail, les mauvaises relations professionnelles, le manque d’autonomie ou une surcharge de travail sont autant de facteurs qui peuvent conduire au burn-out.

Nicolas Merlaud, cofondateur de Teale, écrivait dans une tribune publiée récemment qu’il était important de faire appel à la technologie afin de personnaliser la prévention et le traitement des problématiques de santé mentale. Il précisait notamment qu’une « simple ligne d’écoute ou une simple mise en relation passera à côté de l’essentiel » et affirmait que le « coût de la non-prise en charge de la santé mentale pèse [financièrement] sur les sociétés. Il est estimé à 2000 euros par employé par an ». Ainsi, si la charge de la santé mentale n’est pas prise en compte par les entreprises, elle peut mener à des résultats catastrophiques, tant en termes de performances que financiers.

Les solutions pour préserver la santé mentale des salariés

Aujourd’hui, de nombreuses solutions et startups se sont construites autour de cet enjeu crucial pour entreprises et salariés. Après avoir racheté Jour, Alan, spécialiste de l’assurance santé, a lancé Alan Mind, un outil qui accompagne les collaborateurs sur le sujet de la santé mentale. Moyennant 5€ par mois, les utilisateurs de cette plateforme peuvent par exemple bénéficier de rendez-vous avec des spécialistes.

De son côté, Teale propose un accompagnement sur-mesure pour les employés, en évaluant des critères aussi précis que l’estime de soi, l’épanouissement ou encore les relations positives. Cette solution a été adoptée par de grands groupes publics et privés, à l’image de Sanofi, Station F, Nestlé ou encore Pôle Emploi.

Mais c’est aux États-Unis que les solutions en matière de santé mentale des salariés sont les plus développées. Plusieurs licornes ont émergé, à l’image de Calm, KRY ou BetterUp, une startup qui a récemment recruté le prince Harry en tant que Chief Impact Officer. Si certaines de ces sociétés proposent des solutions B2B, beaucoup ont pris le parti de développer un outil destiné aux entreprises qui proposent ces services à leurs collaborateurs, démontrant leur capacité à assumer la responsabilité de la santé mentale des salariés.