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2 décembre 2022

Néolithe passe à la vitesse supérieure et veut réinventer le traitement des déchets

Basée à Chalonnes-sur-Loire, près d'Angers, l’entreprise de 130 salariés lance la phase industrielle de sa technique de fossilisation des déchets ménagers ou professionnels destinés d’ordinaire à l’incinération ou l’enfouissement.

130 salariés en cette fin d’année, contre une trentaine en janvier. Puis de nouvelles embauches en série dans les prochains mois pour atteindre 250 employés à la fin 2023. La startup Néolithe, basée à Chalonnes-sur-Loire (Maine-et-Loire), à 20 kilomètres au sud-ouest d’Angers, passe à la vitesse supérieure en lançant la phase industrielle de son projet. Après trois levées de fonds rassemblant 23 millions d’euros en trois ans, une quatrième doit en réunir 100 millions d’euros d’ici à la fin de l’an prochain.

La technologie mise au point depuis 2019 consiste en un inédit processus de « fossilisation », protégé par brevet et secret industriel, qui peut remplacer l’enfouissement ou l’incinération des déchets ménagers ou professionnels : « La pierre calcaire de tuffeau [typiquement angevine, NDLR] a été formée géologiquement par des restes d’organismes et de fragments de roches qui datent du crétacé, il y a environ 100 millions d’années. Nous utilisons un procédé analogue, mais de manière rapide et industrielle », vulgarise Nicolas Cruaud, 26 ans, président de la startup co-dirigée avec Clément Bénassy, directeur général, et William Cruaud, directeur général adjoint et père de – qui a eu l’idée du procédé.

Dans un “fossilisateur” de 500 mètres carrés, qui se branche sur l’usine de traitement des déchets, quatre étapes s’enchaînent. D’abord les déchets non inertes non dangereux se réduisent en une sorte de farine, de 500 microns de granularité maximum. Des liants minéraux s’ajoutent afin de constituer une pâte minérale. Elle est ensuite extradée sous forme de granulats de 10 à 15 mm. Le processus total de fabrication du granulat prend 30 minutes auxquelles il faut ajouter une semaine pour fixer sa pleine résistance. Le rythme de traitement d’une unité s’élève à 10.000 tonnes par an. C’est sur l’exploitation de ses “fossilisateurs” et la revente des granulats que la startup base son modèle économique.

Réemploi dans le BTP

« 10 à 15 mm, c’est la taille idéale pour un réemploi dans le BTP en substitution du béton », affine Nicolas Cruaud. La solution affiche même « un bilan carbone négatif puisque la fossilisation n’émet pas de CO2 et en séquestre une partie. À titre comparatif, un incinérateur [13 millions de tonnes de déchets ménagers y terminent chaque année en France, NDLR] c’est autant d’émissions de CO2 qu’une centrale à charbon ». Néolithe a pour l’heure signé des contrats d’installation avec des entreprises de déchets et de matériaux (privées) et bientôt des syndicats de traitement des collectivités (publics ou parapublics).

25 unités doivent être déployées l’année prochaine dans l’Hexagone alors que les trois premiers “fossilisateurs” le sont à Chalonnes-sur-Loire, Avrillé (Maine-et-Loire), et Toulon (Var). De son côté, la startup va déménager de quelques kilomètres l’année prochaine, sur un vaste terrain de 11 hectares à Beaulieu-sur-Layon, toujours dans le Maine-et-Loire. « Je n’arrête pas de répéter aux autres startups industrielles d’arrêter de se coller les unes aux autres à Paris ou dans les grandes métropoles. Trouvez-vous votre coin, même en zone rurale. Les élus vous accueillent à bras ouverts, vous êtes aidés par tout le monde et vous avez de la place », conseille le cofondateur Nicolas Cruaud.