Décryptage#web3
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6 décembre 2022

Les NFT en berne ?

Crise des cryptomonnaies, faillite de la célèbre plateforme FTX, engouement spéculatif... la cryptosphère semble bien agitée, entraînant dans son giron les Non Fongible Token (NFT) dont la valeur est adossée à celle des monnaies numériques. Mais malgré la crise, l'intérêt pour les NFT ne faiblit pas.

« C’est justement maintenant qu’il faut acheter des NFT car nous sommes dans un cycle baissier », alerte Margaux Klein, fondatrice de la plateforme heritages spécialisée dans les NFT d’investissement. « La question n’est pas de savoir s’il est toujours intéressant d’investir mais quand ? Ce secteur reste très porteur et attire de plus en plus de secteurs », jure cette experte. Alors que les volumes d’achat de NFT baissent et que les cours des différentes cryptos chutent (l’Éthereum qui totalise 80 % des achats de NFT s’est effondré à son plus bas niveau en deux ans depuis la faillite annoncée de FTX le 10 novembre dernier), le site expert de ce marché, nonfungible.com ( qui évalue le volume annuel du marché des NFT à 18 milliards de dollars en 2021, 250 millions en 2020 et 63 millions en 2019 reste optimiste. « Si certains évoquent une explosion de la bulle, pour moi, c’est une correction de marché qui est nécessaire », estime son co-fondateur Gauthier Zuppinger.

Son dernier rapport trimestriel mentionne un volume de ventes qui a baissé de 15 % entre les deuxième et troisième trimestres, et un prix moyen qui a diminué de 75 %. Avec une tendance qui se dessine : après un pic sur les “collectibles” (les objets virtuels à collectionner tels que les cartes et les images) en 2021, le marché des token s’orienterait vers des usages utilitaires comme les noms de domaine, la billetterie, l’adhésion à des clubs. Sortirait-on de l’ère spéculative ?

C’est ce que s’accordent à dire de nombreux spécialistes comme Owen Simonin, fondateur de la chaine YouTube Hasheur, qui prédit que sur le moyen et long terme, « les NFT vont tendre vers des usages et plus seulement vers de la spéculation artistique. Le marché, jusque là essentiellement porté par les “collectibles” et les jeux vidéo évolue ».

L’art numérique : une valeur toujours sûre ?

« Le marché du crypto-art, né vers 2016-2017, est le premier à avoir attiré les investisseurs NFT » , rappelle Olivier Marian, co-fondateur d’Arteïa et spécialiste de la technologie blockchain. L’engouement pour ce marché a toutefois été porté par une démarche spéculative qu’il déplore. « Ce sont des informaticiens qui ont par exemple créé les CryptoPunks et les Singes, pas des artistes. Il y a eu de la spéculation avec des sommes immenses en jeu, sur des oeuvres qui ne sont pas de l’art ». En effet, les portraits pixélisés CryptoPunks qui sont davantage des “collectibles” n’existent qu’en 10.000 exemplaires et l’un d’entre eux a été adjugé à 11,8 millions de dollars par Sotheby’s en juin 2021.

Pour Olivier Marian, qui a fait entrer la Blockchain au Louvre et dans les grands musées, son souhait est d’attirer vers l’art ceux qui investissent dans les NFT. Ce grand collectionneur d’art et investisseur en token y voit un avenir bien prometteur. « C’est un marché naissant qui va maturer. C’est une technologie encore jeune et l’art digital, le vrai, se développe vite. D’autre part, les investisseurs sont plutôt des jeunes et la jeune génération va t-elle préférer à terme avoir un tableau digital sous forme de vidéo interactive ou un Picasso ? Je pense que le marché des NFT dans l’art va beaucoup croître car les gens qui créent le marché, les collectionneurs, eux aussi, changent ».

Les NFT : le nouvel eldorado des marques de luxe

Patrice Van de Velde, fondateur de Unblocked (une startup créatrice de blockchain et de NFT) constate que cette technologie sied particulièrement aux marques de luxe qui ont accéléré leur transition digitale et ont repensé leur business modèle pour entrer dans le monde du NFT. « C’est un outil très efficace de marketing et de communication car lorsqu’une personne achète par exemple un sac Gucci en NFT, cela lui donne accès à beaucoup de privilèges autour de la rareté et de l’exclusivité ».

Dans une chronique parue dans le Journal du Luxe en avril 2021, Félicie Le Dragon, directrice d’une agence de marketing dans le Web3 prédisait que « demain, on peut imaginer que chaque maison de luxe aura sa propre blockchain retraçant l’historique de ses plus belles pièces. Et aussi sa propre cryptomonnaie. Chaque produit aurait non seulement une vie réelle mais aussi virtuelle, sujette à spéculation. À l’image des sac Kelly ou Birkin, devenus des valeurs d’investissement aussi sûres que l’or ».

Au printemps dernier, l’horloger Jacob & Co a mis aux enchères la première montre NFT de luxe au monde. Prix de départ ? 1.000 euros. Elle s’est envolée pour 100.000 euros finalement… La collection de NFT signée Dolce & Gabbana a rapporté elle, 5.65 millions de dollars. Avec le NFT, l’acheteur est propriétaire de l’image digitale du bijou ou du vêtement qu’il peut ensuite faire réaliser en vrai. Nike a de son côté racheté Rtfkt qui créé des baskets virtuelles et des séries de collectibles. Et la liste est longue… témoin d’un marché très prometteur.

De l’argent public pour soutenir les acteurs du NFT

Malgré les aléas des cours des cryptomonnaies, le marché des NFT suscite un intérêt grandissant. Au point que le gouvernement français est prêt à soutenir les acteurs du NFT avec de l’argent public. « Avec les acteurs mondiaux de la culture, des jeux vidéo et de l’industrie du luxe, la France a tous les atouts pour devenir une plate-forme européenne et mondiale des NFT. Il faut que l’on accompagne ce mouvement avec le soutien de l’argent public. Ce soutien aurait lieu dans le cadre du plan d’investissement “France 2030”, lancé l’an dernier par le président Emmanuel Macron », dixit le ministre délégué à la Transition numérique, Jean-Noël Barrot en octobre dernier.